Une évasion banale et mystérieuse

Editorial La Presse

Le monde a enfin pris conscience de la tragédie des Palestiniens qui remonte à plus de 75 ans. Rien ne peut nous détourner de cette bouleversante et traumatisante guerre qui fauche tous les jours des centaines de vies humaines à Gaza. Rien, si ce n’est un événement grave qui a défrayé la chronique nationale, que cette évasion de cinq prisonniers radicalisés qui ont pris la tangente en bande organisée, mardi 31 octobre, à l’aube. Cinq détenus dangereux, incarcérés dans ladite imprenable prison de La Mornaguia, se sont évadés sans être interceptés, ni au cours ni après la fuite, et sont toujours en cavale.

Les détenus au pedigree lourd, dont des condamnés à mort, sont accusés d’attaques terroristes et d’assassinats politiques, et sont tous à l’isolement. A moins donc d’anesthésier un grand nombre du personnel pénitentiaire ; les gardiens à l’intérieur de la prison, ceux derrière les caméras et ceux postés au mirador, techniquement l’on ne parvient pas à établir le modus operandi du club des cinq.

Parmi les évasions dignes des plus grands polars, celle de Rédoine Faïd qui s’est évadé de la prison de Réau, en France, en juillet 2018. Un hélicoptère — excusez du peu — s’était posé dans la cour d’honneur de la prison. A bord, les proches de Faïd, qui n’en est pas à son premier coup d’essai, ont embarqué leur fils et sont repartis ! L’évasion qualifiée de « méthodique », « hors norme », « spectaculaire » a duré 10 minutes, montre en main, sans qu’aucun coup de feu n’ait été tiré.

A contrario, les cinq fugitifs n’ont pas fait preuve de grandes performances. Leur évasion n’est pas ahurissante d’intelligence et d’effronterie. Elle est désespérément banale. Par la porte ou par la fenêtre, il semblerait qu’ils se soient fait la belle sans être inquiétés, laissant derrière eux des cellules vides, une corde qui pendouille et des interrogations… Et se sont évanouis dans la nature.

Mais voilà que deux éléments de la bande sont soupçonnés d’avoir braqué une banque de la banlieue sud de Tunis, vendredi matin, deux jours après « la grande évasion ». Si elle s’avère vraie, cette nouvelle est paradoxalement bonne. Les fuyards n’auraient pas encore quitté le territoire, du moins pas tous, comme le laissaient croire certaines rumeurs.

En revanche sur l’évasion elle-même, très peu d’éléments ont filtré. Les autorités gardent le silence, pour ne pas compromettre l’enquête en cours, nous dit-on. Quelques têtes sont tombées.

Or, l’opinion publique doit savoir ce qui doit être su. Le risque, c’est de voir un des médias étrangers publier en temps « opportun », les tenants et les aboutissants de cette mystérieuse et grave affaire, après une enquête d’investigation, en réalité, comme c’est souvent le cas, après avoir été instruits par les services de renseignements de leur pays.

>>Lire aussi: Évasion de terroristes de la prison de la Mornaguia : L’INP contre toute punition collective

Laisser un commentaire