Biopic pour la télévision «Saliha»… : De la gloire à la déchéance

 

Saliha, chanteuse des années 50/60 au destin exceptionnel, a connu la gloire puis la déchéance dans un parcours qui l’a conduite de son village natal du Nord-Ouest à la capitale. Un film portant son nom lui est consacré.

Les biopics sur les stars de la musique et de la chanson sont légion  dans le cinéma international. En Tunisie, le répertoire du cinéma compte un seul film sur l’illustre chanteuse Habiba M’sika : « La danse du feu » (1995) réalisé par Selma Baccar.  Par ailleurs, dans un autre  registre musical, deux autres films documentaires sur le mezzoued : « Cafichanta » (1999) de Hichem Ben Ammar et « L’art du mezzoued » (2010) de Sonia Chamkhi s’intéressent au phénomène de la musique profane en faisant intervenir plusieurs de ses protagonistes. Un autre moyen métrage « Stambali» (1999) de Naoufel Sahab Ettabaâ traite du rituel religieux au rythme de « Gombri » et « Chkachek » propre aux Tunisiens noirs.

Il a fallu Jazira Doc pour produire un biopic sur la vie de la star de la chanson tunisienne Saliha, « la voix de la Tunisie profonde ». Le film « Saliha » signé Samah Mejri, projeté dernièrement en avant-première à la cité de la culture devant une salle pleine, retrace le destin exceptionnel de cette chanteuse de son vrai nom Salouha Ben Brahim, et ce, depuis sa naissance à Nébeur au Kef en 1914 jusqu’à sa mort à Tunis en 1958. Enfant de la balle, elle n’était pas destinée à devenir chanteuse mais la misère et la pauvreté l’ont contrainte à quitter son village pour travailler comme fille au pair dans la famille de Mohamed Bey, frère de Moncef Bey, qui recevait les grands artistes de l’époque pour apprendre aux princesses à chanter et à jouer des différents instruments.

Le film raconte de manière linaire et formatée, selon les standards imposés par la chaîne Al Jazira, le parcours artistique de l’une des plus importantes vedettes de la chanson tunisienne en s’appuyant sur les témoignages  de spécialistes en musique : le violoniste Béchir Selmi qui la qualifie d’ « Etith Piaf tunisienne » ou encore de « Kaoukeb Achark Al-Maghrebi » ; le chercheur Ali Sayari, les écrivains Ahmed Hamrouni et Mokhtar Mestiri et l’historien Abdessatar Amamou, le musicien et critique Fathi Zghonda ainsi que la petite-fille de la Saliha Naima Ben Daly. Chacun, selon sa spécialité, a évoqué le parcours épineux de l’artiste.

Rescapée de la pauvreté et de l’ignorance, Saliha est découverte par l’avocat Hsouna Ben Ammar, redécouverte par Béchir Sardahi musicien-compositeur et directeur de la troupe de Badria qui l’arrache des griffes d’une rivale Badria chez qui elle était servante. Il l’intègre dans sa troupe et lui donne le surnom de Soukeina Hanîm, puis recueilli par Mustapha Sfar, alors Cheikh de la médina de Tunis et fondateur de la Rachidia qui la place au sein dans la troupe aux côtés d’une chanteuse-vedette de l’époque, Chéfia Rochdi. Forte de son succès et de sa popularité, Saliha quitte la Rachidia en 1950 et prend son indépendance pour un nouvel itinéraire. Khemaïs Ternane, Mohamed Triki et Salah Mehdi la prennent en charge et lui concoctent un riche répertoire.

Une narration ronronnante

Le film se contente de dépeindre en surface en omettant une importante partie de la vie sentimentale de l’artiste et ses relations avec sa fille unique Choubeila Rached, elle-même chanteuse, avec les hommes qu’elle a connus et les déceptions qui l’ont conduite à l’alcoolisme, précipitant sa déchéance et sa mort. Le portrait aurait pu être porteur de fantasmes, de nostalgie et même de culte, mais il n’en ait rien. Inconnue au bataillon, l’actrice, qui interprète le rôle de Saliha, est peu crédible, ce qui n’est pas une tare en soi, si la protagoniste principale du film avait su donner de la consistance à son personnage. Malheureusement, faute de charisme, elle est restée une marionnette aux mains de la réalisatrice.

Le scénario est une sorte de compte rendu fidèle ou pas aux événements mais malgré ses faiblesses et l’absence de qualités cinématographiques, il reste un document audiovisuel sur une personnalité qui a marqué le patrimoine musical tunisien. La construction de la narration est élémentaire, ronronnante et suit l’évolution chronologique de la vie de la chanteuse : l’enfance, la découverte, la gloire, la déchéance et la mort.

De son côté, l’image souffre aussi de lacunes. Elle est statique, sans aspérités et sans effets. Les acteurs, quant à eux, traversent le film en cabotinant à tout vent. La plus grosse bévue du film est qu’il est passé à côté de la vie sentimentale et personnelle de l’artiste. Ses relations avec les hommes qu’elle a connus, sa solitude lorsqu’ils l’ont quittée et les déceptions qui l’ont conduite  à sombrer dans l’alcool. Le fait de ne pas dévoiler des vérités qui peuvent être dérangeantes, l’œuvre perd de son charme d’autant plus qu’elle manque de subtilité et d’émotion.

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