En clair | Le dinar, monnaie africaine la plus performante : Aujourd’hui et plus que jamais, des réformes en faveur de la croissance

 

À l’issue d’une analyse rigoureuse, le courtier «forex FXOpen» (leader mondial en pleine expansion dans le courtage) a récemment dressé une liste des devises africaines les plus fortes par rapport au dollar américain. Le dinar tunisien (code ISO : TND) représente, en effet, la monnaie la plus forte d’Afrique. En effet, 1 dollar américain vaut 3,2 TND seulement ; par contre, 1 TND s’échange contre 43 dinars algériens. La position du dinar tunisien est essentiellement due à la politique de conservation édictée par le gouvernement tunisien, de l’avis de l’universitaire Jihad Meddeb. «L’exportation comme l’importation de la devise tunisienne sont des pratiques illégales, la conversion en d’autres devises également», précise l’économiste.

Il va sans dire qu’en matière de commerce international, le taux de change est un indicateur clé pour évaluer la performance économique d’un pays. Il témoigne de la force d’une monnaie face à une autre, en l’occurrence le dollar américain qui sert souvent de référence.

Si le dinar tunisien se veut encore résilient malgré les difficultés qu’a connues le pays durant plus d’une décade, c’est que l’économie nationale est elle aussi résiliente et pourrait, à bien des égards, repartir de plus belle.

Un scénario serait de là très probable. L’on verrait la Tunisie lancer des réformes et réussir à générer de la croissance. Cela pourrait résoudre son problème d’endettement, de l’avis de l’expert économiste. « Un programme national de réformes pourrait réduire le coût de l’ajustement tout en attirant de nouveaux financements. Une façon d’y parvenir serait d’attirer de nouveaux financements de la part des banques multilatérales de développement et de soutenir un tel programme par une restructuration anticipée de la dette privée et bilatérale», explique-t-il.

Un programme de réformes favorables à la croissance, laisse entendre l’économiste, comprendrait un ajustement macroéconomique, une libéralisation des marchés, une concurrence loyale et une réforme du secteur public. Ce programme tirerait parti des nouvelles possibilités de délocalisation en Europe, ainsi que des énergies vertes.

Zone de troubles et résistance

La Tunisie a été au bord de la crise depuis plusieurs années, mais son économie a fait preuve d’une grande résilience. De nombreux observateurs estiment que la cause de ses difficultés est éminemment politique et que le progrès passe avant tout par des réformes politiques. Le soulèvement de 2011 a fini par aggraver la situation économique du pays.

C’est qu’après 2011, les progrès sur le plan politique se sont faits au détriment de l’économie. Le système politique désordonné et compétitif qui a émergé a donné la priorité à la sécurisation de la transition vers la démocratie et a dû répondre aux demandes d’augmentation des salaires, d’emploi dans le secteur public et d’amélioration du niveau de vie. En conséquence, les treize gouvernements qui ont suivi le soulèvement n’ont pas réussi à équilibrer les comptes, ce qui a entraîné d’importants déficits budgétaires tout au long de la période et une augmentation de la dette publique. Le mécontentement de la population qui en a résulté a conduit à un système incapable de mettre en œuvre les réformes impopulaires qui permettraient à la Tunisie de développer pleinement son potentiel économique.

Développements économiques et conséquences politiques

Cela dit, il est important de rappeler que le soulèvement de 2011 était motivé par des griefs économiques. L’ancien  régime était incapable de créer les milliers d’emplois nécessaires chaque année pour absorber une population plus éduquée. Poussé par une logique de survie, le régime n’avait pas non plus réussi à réformer les entreprises publiques qui perdaient de l’argent et le système de subventions qui devenait de plus en plus lourd. Le système concurrentiel qui a suivi a hérité de ces problèmes structurels, mais a dû se concentrer sur des défis à court terme, de sorte qu’il n’a pas été en mesure de moderniser l’économie en mettant en œuvre les réformes économiques nécessaires. L’actuel gouvernement semble être à nouveau confronté à des pressions similaires à court terme.

Sortir de la catégorie des pays à revenu moyen

Les défis auxquels la Tunisie doit faire face pour améliorer ses conditions économiques continueront de peser sur son évolution politique à moyen terme. Ces conditions sont elles-mêmes liées au défi éminemment politique de sortir du «piège du revenu moyen» — l’incapacité à gérer la transformation économique et à sortir de la catégorie des pays à revenu moyen, selon la Fondation Carnegie pour la paix internationale.

Pour progresser, souligne la même source, il faut aller au-delà d’une croissance économique de rattrapage et d’un renforcement des institutions. Il faut plutôt une action collective pour améliorer la qualité de l’éducation, stimuler la productivité du travail, accroître le niveau d’innovation, de recherche et de développement et, plus généralement, gravir les échelons des chaînes de valeur mondiales. Toutes ces réformes sont politiquement difficiles et nécessitent une grande dose de confiance entre les éléments constitutifs de la nation ainsi qu’une coordination et un leadership politiques solides.

Actuellement, la Tunisie dispose d’un vecteur d’opportunité pour faire des progrès importants dans l’amélioration de ses perspectives de croissance en exploitant ce qui peut rendre la réforme économique utile. L’Union européenne (UE) et le Conseil de coopération du Golfe tentent de rapprocher la production des chaînes de valeur mondiales stratégiquement importantes. La Tunisie est bien placée pour bénéficier de ce plan d’action. En se concentrant sur les réformes économiques, elle pourrait en profiter plus que par le passé, faisant des réformes en faveur de la croissance un pari plus attrayant qu’auparavant.

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