Moyen-Orient : Et si Daech était le proxy de l’entité sioniste?

Ces dernières semaines, le mot «proxy» a occupé le devant de la scène de l’actualité internationale, notamment avec les craintes de propagation du conflit israélo-palestinien dans d’autres pays de la région.

Avec la montée en puissance des rebelles «Houthis», poil à gratter pour Washington et Londres, et la menace que représente l’entrée en guerre du Hezbollah à travers un nouveau front au nord de l’entité sioniste les mouvements de l’«Axe de la Résistance » anti-israélienne, dont le Hamas et le Jihad islamique palestiniens, sont considérés par l’intelligentsia occidentale comme étant des « proxys» de l’Iran.

Idem en Irak pour l’organisation « Badr », le mouvement «Al-Noujaba», les Brigades du Hezbollah — «Kataëb Hezbollah», en arabe — le «Hachd al-Chaabi » (une coalition d’anciens paramilitaires chiites) qui sont considérés comme des groupes à la solde du régime des mollahs et opposés à la présence des troupes américaines au pays du Tigre et de l’Euphrate.

Cette stratégie des «proxys», dont le principal architecte est la Force «Al-Qods» — unité spéciale d’élite détachée du Corps des Gardiens de la révolution islamique (Cgri) — repose sur un soutien politique, logistique, opérationnel et capacitaire à des organisations non gouvernementales, dont certains peuvent avoir été créés par l’Iran tandis que d’autres sont des sous-traitants de circonstances.

Après avoir connu d’indéniables succès en Syrie et en Irak face au groupe État islamique, dit Daech, et même au Yémen contre l’intervention saoudienne, les «proxys» n’en doivent pas moins aujourd’hui faire face à des défis de taille : la confrontation avec les États-Unis et leurs alliés, principalement le Royaume-Uni.

Toutefois, la dialectique stratégique de l’entité sioniste et son parrain américain a tendance à persuader certains pays arabes sunnites que les «proxys» de l’Iran représentent une menace commune.

D’ailleurs, en pleine guerre contre le mouvement de la résistance palestinienne à Gaza, les avions de chasse et les drones de l’État hébreu n’ont cessé de bombarder les aéroports de Damas et d’Alep ainsi que la banlieue de la capitale syrienne pour annihiler l’aide logistique et tactique de Téhéran à ses sentinelles dans la région, entre autres le mouvement chiite libanais Hezbollah et les forces loyales au président Bachar Al-Assad.

Ce fut le cas le 25 décembre quand trois missiles de l’armée israélienne ont visé le quartier de Sayyida Zeinab, au sud de Damas. Les «pasdarans» (Corps des Gardiens de la révolution islamique) avaient accusé l’entité sioniste d’avoir assassiné le brigadier général Razi Moussavi, l’un des conseillers les plus expérimentés de la Force «Al-Qods», socle nébuleux et tentaculaire de la politique étrangère de l’Iran. Ce haut gradé iranien aurait été le «commandant chargé de la logistique» et «avait joué un rôle clé dans l’approvisionnement» de l’armement pour les forces pro-Téhéran «dans la région du Levant, de la Syrie et du Liban à la Palestine», selon le quotidien iranien Farhikhtegan.

Parallèlement, il suffit de suivre l’actualité de la région, récemment, pour réaliser que les raids aériens de l’État voyou (Israël) en Syrie ont coïncidé comme par hasard avec une résurgence des attaques de l’EI contre les membres de l’armée arabe syrienne.

Mardi dernier, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (Osdh) — une ONG basée au Royaume-Uni et qui dispose d’un vaste réseau de sources en Syrie —  a annoncé la mort de neuf soldats syriens dans une attaque du groupe Etat islamique (EI), dit Daech, depuis la «badia», le vaste désert syrien où les jihadistes sont repliés après la perte en 2019 de vastes territoires qu’ils contrôlaient dans ce pays.

Toujours, selon l’Osdh, début février, cinq autres membres des forces loyales au gouvernement syrien, ont été tués par Daech.

Le 9 janvier, une autre attaque du groupe terroriste avait causé la mort d’au moins 14 militaires dans l’est de la province de Homs, toujours selon l’Osdh.

Pis encore, le groupe ultraradical a revendiqué l’attentat du 3 janvier (le plus meurtrier depuis 1978, peu avant l’avènement de la République Islamique, quand un incendie criminel dans un cinéma d’Abadan avait fait plus de 470 morts-Ndlr), responsable de 91 morts, survenu lors d’une cérémonie commémorative à Kerman, dans le sud du pays, près de la tombe du général Qassem Soleimani [1].

Or, qui dit «proxy», dit guerre par procuration contre un ennemi commun comme le définit si bien l’expression latine «Amicus meus, inimicus inimici mei» («mon ami, l’ennemi de mon ennemi») qui se traduit par le célèbre proverbe : «L’ennemi de mon ennemi est mon ami».   

Dans sa guerre hybride [2] qui cherche à «anéantir» ses ennemis déclarés, particulièrement, la Syrie et l’Iran, l’entité sioniste n’aurait pas trouvé mieux que Daech —  comme «proxy» — pour faire triompher ses sombres desseins.

Après tout, les massacres génocidaires d’Israël dans la bande de Gaza et les tueries du groupe État islamique (EI) sont les deux faces d’une même pièce : le terrorisme.

[1] Le général Qassem Soleimani : il fut l’un des acteurs clefs de l’influence grandissante de l’Iran au Moyen-Orient et commandant de la Force «Al-Qods» du Corps des Gardiens de la révolution islamique (Cgri). Il a été tué à Bagdad dans une frappe de drone ciblée et menée par le Pentagone, lors de la crise américano-iranienne de 2019-2020.
[2] La guerre hybride : Il s’agit d’une stratégie militaire qui allie des opérations de guerre conventionnelle, de guerre asymétrique (appelée également «guerre irrégulière»), de cyberguerre et d’autres outils non conventionnels tels que la désinformation.

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