Enfants autistes et scolarité : Une place à l’école, svp !

 

Trouver une école primaire qui accepterait l’inclusion d’un enfant autiste ressemblerait, pour bon nombre de parents, au fait de chercher une aiguille dans une botte de foin. Les parents des enfants autistes galèrent pour que leurs progénitures puissent sortir de la sphère de l’isolement qui les accable et s’ouvrir, enfin, aux autres, à eux-mêmes et à leur environnement. A la vie, autrement dit.

L’école, ce petit cosmos juvénile où l’on apprend les abc de la sociabilité et du savoir, leur est hélas inaccessible, et ce, en dépit d’une législation favorable et d’une intention collective — en apparence — favorable.

Un parcours du combattant !

En effet, la loi encourage l’intégration des enfants autistes dans le milieu scolaire. Elle le recommande même, quitte à alléger le nombre des élèves par classe en substituant cinq enfants par un enfant autiste. Tous les slogans scandent, haut et fort, l’intérêt de l’autiste. Cependant, la réalité semble être toute autre !

S.H est le père de C.H, enfant autiste âgée de dix ans. Tous les deux mènent, ensemble, ainsi que la maman, un parcours du combattant. Si sa fille a eu la chance d’être intégrée dans un jardin d’enfants où le cadre éducatif présentait des atouts à son inclusion, et ce, depuis la gestion de l’espace, du nombre des enfants jusqu’à la conviction des animatrices et des responsables quant à l’impératif de la soutenir dans son évolution, la petite n’a pas eu toutes les chances de son côté pour trouver une école qui daignerait l’accueillir à bras ouverts. « Ma fille a rejoint les bancs de l’école à l’âge de sept ans. Pour ce, il a fallu que je ne lâche pas prise… J’avais plaidé, des mois durant, pour son droit à la scolarité auprès d’une commission spécialisée, en vain. J’avais donc dû la réintroduire dans le jardin d’enfants, afin qu’elle ne reste pas isolée le temps que je trouve une solution », se rappelle le papa.

Ce n’est qu’à l’année scolaire suivante qu’il a réussi, enfin, à lui décrocher une place dans une école. Certes, l’intégration n’était point optimale, comme c’était le cas pour le jardin d’enfants. Cela dit, face à l’obligation de la changer d’école — vu que celle trouvée a fermé ses portes —, le père de C.H devrait remonter la pente. «La démarche consiste à prendre un rendez-vous chez le psychologue, relevant de la délégation régionale. Dans le gouvernorat de Tunis, trois psychologues se chargent des dossiers des enfants autistes, soit un pour chaque région. Aussi, vu la charge du travail et le nombre important des dossiers à traiter, les délais des rendez-vous prennent-ils beaucoup de temps, au détriment des enfants », souligne-il.

Un droit que l’on paie cher !

A l’instar de beaucoup d’enfants autistes et autres à besoins spécifiques, sa fille se fait accompagner en classe, chaque jour, par un AVS, auxiliaire de vie scolaire. Il s’agit d’une personne ayant suivi une formation spécialisée pour accompagner un enfant à besoins spécifiques en classe. « C’est le parent qui doit trouver l’AVS et le payer. Les AVS reçoivent, en moyenne, entre 600 et 700 d par mois », renchérit le papa de C.H.

Encore faut-il souligner que seules les écoles primaires du secteur privé acceptent l’intégration d’un enfant autiste à condition, évidemment, d’être accompagné par un AVS, et ce, grâce au nombre des élèves par classe, lequel n’excède pas une vingtaine. Dans le secteur public, par contre, l’encombrement joue au détriment de cette intégration pourtant plus que légitime.

Et notre interlocuteur de souligner, « l’Etat est vivement appelé à venir en aide aux parents des enfants autistes car la prise en charge de ces enfants nécessite beaucoup de moyens. Un autiste a besoin d’être intégré à l’école mais aussi de faire des activités qui, dans son propre cas, relèvent du nécessaire et non du facultatif, notamment la natation, l’équitation, les sports, les séances d’orthophonie, de pédopsychiatrie, etc. Et pour certains parents à faibles et à moyens revenus, même les frais des déplacements posent problème ».

Absence de mécanismes et de volonté

L’appel de S.H est soutenu par toutes les personnes mues par le principe de l’équité et de l’égalité des chances. M. Abdelaziz Fadhli, président de l’Association «  Amal » de l’autisme à Médenine, montre du doigt l’écart faramineux entre les lois, d’une part, et leur mise en application, d’autre part. Il s’agit d’un véritable blocage qui revient, à son sens, à la non-acceptation des enfants autistes. « Certains s’entêtent à penser que la place digne des enfants autistes n’est autre que les centres spécialisés. Ces gens-là ne croient pas à la différence et encore moins à l’acceptation de l’autre. Et pour imposer leur point de vue stérile et discriminatoire, ils recourent à toute sorte de prétextes », indique-t-il.

Il saisit l’occasion pour passer en revue toutes les lacunes qui entravent l’intégration effective, responsable et efficiente des enfants autistes dans les établissements de l’enseignement primaire. « L’intégration des autistes dans les écoles est à dominante anarchique. Elle l’est en raison de l’absence des mécanismes et des outils nécessaires à l’application de la loi. Aussi, remplacer cinq enfants sains par un enfant autiste en classe constitue-t-elle une règle inappliquée », dénonce-t-il. M. Fadhli semble perplexe sur la compétence de certains AVS dont les honoraires, non seulement, accablent les budgets des parents mais dépendent d’un vif marchandage entre eux.

Le président de l’association évoque aussi le laxisme et la nonchalance des enseignants pour lesquels un élève autiste accompagné par un AVS en classe ne mérite pas l’attention, sinon peu…Certains l’ignorent, d’autres le maltraitent ou le provoquent, afin qu’il jette l’éponge et quitte l’école.  « La situation reste floutée même au niveau des critères sur lesquels sont fondées les décisions des commissions spéciales ; des décisions improvisées qui ne tiennent aucunement compte des rapports éducatifs qui devraient être, pourtant, remis et rédigés par les spécialistes et portant sur les aptitudes de l’élève. Les commissions ne se concentrent, bizarrement, que sur l’enfant. Elles ne se soucient guère de son état, de ses perturbations dues à l’attente, à l’ennui… », renchérit-il.

Place aux conditions favorables

Pour attirer l’attention des parties concernées sur les défaillances à combler et sur la situation emblématique des enfants autistes en âge de scolarité, le président de l’association appelle à la formation des enseignants, afin d’acquérir les compétences nécessaires à l’encadrement des élèves autistes. Il insiste sur le droit des enfants autistes à l’intégration scolaire, et ce, sur pied d’égalité que les autres enfants. Mieux encore, leur inclusion dans les établissements de l’éducation primaire doit être entourée par une panoplie de conditions qui leur sont, purement, favorables. « Il n’est plus tolérable qu’un élève autiste reste à la maison rien que parce que son auxiliaire de vie scolaire est tombé malade ! Le ministère de tutelle et le cadre enseignant doivent être responsabilisés à cet effet et soutenir l’élève dans son parcours », ajoute M. Fadhli, recommandant que les dossiers des enfants soient évalués, d’abord, par un spécialiste, avant d’être remis à la commission pour validation ou refus.

Interaction des enfants : impact salutaire voire précieux

L’intégration scolaire des enfants autistes est, indéniablement, un droit qui doit être acquis. Il constitue, en outre, un pilier incontournable du traitement voire de l’initiation à la sociabilité.

Mme Chema Ouertani, orthophoniste, reconnaît le rôle de l’entourage dans le développement de l’enfant autiste et dans le renforcement de son aptitude à verbaliser. «  Les pré-autistiques ou les enfants qui présentent un degré minime d’autisme, ou encore qui sont prédisposés à l’autisme, sont dans le besoin d’être entourés et soutenus afin de parvenir à sortir de leur isolement et communiquer avec autrui. Si, à l’âge de dix ans, et en dépit des efforts multidisciplinaires fournis, l’enfant ne parvient toujours pas à parler, il doit par conséquent être inscrit dans un centre spécialisé. C’est dire l’importance de l’intégration préscolaire et scolaire des autistes », explique la spécialiste.

Elle reçoit beaucoup de patients qui fréquentent les écoles privées, accompagnés qu’ils sont par des AVS. Néanmoins, ce n’est point le cas de tout le monde. «Ceci est quasiment impossible dans le secteur étatique. D’autant plus qu’un AVS nécessite un salaire de 500 dt pour accompagner un enfant en classe, et ce, de 8h00 à 12h00 », poursuit-elle.

Pourtant, le rôle des enfants dans l’interpellation des autistes est des plus précieux. « La spontanéité des enfants et leur manière instinctive de s’entraider et de communiquer sont susceptibles de contribuer, grandement, au traitement et au développement psychoaffectif et cognitif de l’enfant autiste », conclut Mme Ouertani.

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