Collecte des ordures ménagères à Kasserine : Le porte-à-porte ne fait pas ses preuves !

 

A Kasserine, les citoyens ont remarqué la disparition des conteneurs poubelles qui s’étaient toujours imposés dans notre paysage urbain. La municipalité a nettoyé leurs emplacements et a opté pour le ramassage des ordures ménagères au porte- à- porte. Si nous partageons tous un constat et une réflexion commune sur l’état des rues qui croulent encore sous les déchets, il semble que la solution envisagée n’est pas appropriée aux caractéristiques de la ville.

Faut-il sortir ou rentrer la poubelle ?

La collecte des ordures ménagères sur le mode du porte-à-porte est faite par des camions municipaux après avoir enlevé les conteneurs dans la plupart des quartiers. Cependant, les habitants n’ont pas connaissance des horaires de passage des camions  qui peuvent varier ou même s’absenter pendant deux ou trois jours successifs. Ils font sortir les poubelles à l’avance, la veille, au soir ou très tôt le matin. Si elles persistent devant la porte jusqu’à la fin de la matinée, c’est que la tournée est annulée ce jour et les ouvriers ne viendront pas les ramasser.

Il faut donc rentrer les sacs à l’intérieur et patienter jusqu’à la prochaine collecte habituelle pour les ressortir. Ainsi, sortir ou rentrer les poubelles devient-elle une véritable problématique. Il faut accepter de voir les sacs s’entasser dans son jardin. Autrement, pour ceux qui les laissent continuellement devant chez eux, ils les verront rapidement éventrés par les chats et les ramasseurs de plastique.

Les habitants du quartier, qui se trouvent alors incommodés par les odeurs fétides et la vue répugnante des ordures ménagères sur les trottoirs, sont condamnés à les évacuer par eux-mêmes. Pour s’en débarrasser,  ils les jettent aux pieds des arbres, devant des chantiers de construction près de chez eux, ou les prennent en voiture pour les déverser dans les routes de ceinture.

Dépotoirs à perte de vue !

Ce n’est pas parce que les poubelles sont ramassées le matin à la porte de chaque maison qu’elles ne s’empilent pas au cours de la journée. En effet,  les agents de la municipalité  font un tour pour collecter des sacs d’ordures déposés la veille. En début d’après-midi, en sillonnant les rues et les quartiers de Kasserine, on peut s’apercevoir que les ordures s’entassent de nouveau au pied des façades des maisons, dans les coins de rues et les abords de la ville.

Par conséquent, ce tour de ramassage semble insuffisant. Le problème prend plus d’ampleur quand les camions s’absentent.  La population des quartiers ne sait que faire des déchets qui s’accumulent partout. Ainsi assiste-t-on à une prolifération de dépotoirs de déchets, partout, sur les voies et espaces publics, le long des oueds et dans des terrains vagues aux environs. Ceci étant, un tel état des lieux aussi insalubre que malsain altère la qualité de la vie des habitants et pollue la nature.

Pire, les éboueurs mettent plus de temps et d’effort à ramasser les ordures éparpillées ici et là et déversées en dehors des sacs. Les sachets en plastique, papiers épars et cartons, mêlés aux poussières, s’envolent au gré du vent. Quant aux oueds, qui s’obstruent par les déchets solides, les récentes pluies font craindre une catastrophe environnementale et sanitaire.

Des répercussions sanitaires et sociales

Un grand nombre d’habitants pauvres de la ville vivent de la récupération des déchets. Ce sont généralement des femmes, des enfants, des personnes âgées ou des chômeurs qui avaient l’habitude de fouiller dans les grands conteneurs à la recherche de vieux habits, de plastique ou d’autres objets pouvant être vendus.  La collecte des déchets au porte- à- porte qui ne cesse de gagner du terrain a réduit considérablement les moyens de subsistance de ces fouineurs qui font des activités de recyclage informel. Avec la suppression des bacs à ordures dans les quartiers, ils se trouvent obligés de se rendre aux décharges anarchiques, à leurs risques et périls. Sans sécurité sociale ni assurance maladie.

De plus, à défaut de pouvoir nettoyer les ordures jetées à ras le sol, on choisit de les brûler à l’air libre. Cette pratique qui nuit à la qualité de l’air est extrêmement nocive pour la santé humaine, l’environnement et le climat. L’inhalation de la fumée provenant de la combustion des ordures peut accroître les problèmes respiratoires et cardiaques. Elle affecte également l’aspect esthétique de la ville qui veut progresser dans le tourisme écologique.

Doit-on remettre les conteneurs poubelles…

Le conteneur poubelle roulant, qui permet de rassembler les rebuts, en vue de leur collecte et de leur valorisation, constituait le pivot de la logistique des déchets dans toutes les activités résidentielles,  industrielles, hospitalières..

Malgré d’importantes campagnes de sensibilisation, les Kasserinois maintiennent une certaine insatisfaction par rapport à la disparition des bacs à ordures installés jadis en différents points fixes et qui étaient accessibles à l’ensemble de la population. Même s’ils débordaient souvent et qu’ils étaient entourés de déchets à même le sol, ils prévenaient d’avoir les mêmes scènes sur les trottoirs et devant les maisons. Les municipalités déjà engagées dans la logistique de collecte des déchets au porte-à-porte font face à l’appréhension de la population qui préfère les dépôts anarchiques sur l’entassement des poubelles devant chez elle. Il faut avouer que les habitants, souvent accusés à tort d’incivisme, sont eux-mêmes qui en payent le plus lourd tribut à force de voir leur ville se transformer en un immense dépotoir.

La mise à disposition de conteneurs et le déplacement dans des points de collecte collectifs pour jeter les déchets ménagers semblent alors plus efficaces devant l’insuffisance du service public de collecte à domicile. Les gens qui jettent les déchets dans les rues, parfois même par les fenêtres des voitures se montreront plus disciplinés en allant vers les nouveaux bacs.

D’ailleurs, de nombreuses communautés européennes ont marqué leur retour à cette  pratique, jugeant les conteneurs plus facilement manipulables par les agents grâce aux roues et bien résistants aux intempéries. Il faut juste veiller à éviter  leur débordement, en  augmentant leur nombre et en multipliant les tournées des camions qui les vident.

En somme, à choisir entre le ramassage des poubelles à domicile et les points de dépôt collectifs, il est essentiel de penser à une gestion efficace et appropriée des déchets solides pour atteindre les Objectifs du développement durable (ODD) et préserver notre santé, notre environnement et notre économie.

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