Logement et Précarité : Ça coûte cher !

 

Plus de 50% du salaire de Houssem part dans le loyer, et quand il ajoute à cela les études de ses enfants dans une école privée, ce qui n’est plus un luxe mais une obligation, il ne lui reste, à son épouse et lui, que de quoi subsister jusqu’à la fin du mois.

La crise du logement en Tunisie pèse lourdement sur les épaules des locataires, qui se retrouvent pris au piège d’une situation précaire. La quête d’un logement décent à un prix raisonnable est un véritable parcours du combattant pour de nombreux Tunisiens. Les loyers élevés et la rareté des logements abordables rendent cette recherche doublement difficile.

La surpopulation aggravée

Certains locataires se retrouvent dans des logements vétustes, mal entretenus et parfois insalubres. L’humidité, les infiltrations d’eau, les problèmes d’électricité et de plomberie sont monnaie courante. Dans certains quartiers, la surpopulation aggrave encore la situation, avec plusieurs familles partageant un même espace exigu.

«Je loue effectivement pour pas cher, seulement 350 dinars, mais dans un quartier très populaire, sale. L’humidité commence à affecter la santé de mes enfants, même si mes moyens ne me le permettent pas, je vais devoir déménager et payer le double, voire le triple de ce loyer», témoigne Nacer, père de deux enfants. De son côté, Houssem explique que plus de 50% de son salaire partent dans le loyer, et quand il ajoute à cela les études de ses enfants dans une école privée, ce qui n’est plus un luxe mais une obligation, il ne lui reste, à son épouse et lui, que de quoi subsister jusqu’à la fin du mois. En dépit des efforts des autorités pour tenter de résoudre cette crise, le nombre de personnes touchées par le manque de logement décent ne cesse d’augmenter. Les politiques de construction et d’aménagement urbain peinent à répondre à la demande croissante, laissant ainsi de nombreux ménages dans une situation de vulnérabilité.

Investir dans l’aménagement des territoires

Selon les derniers chiffres présentés par Mubawab, en 2023, le marché de la location d’appartements a connu une augmentation significative des prix. En effet, les prix moyens ont augmenté de 11% par rapport à l’année précédente. Par ailleurs, les appartements de taille moyenne, entre 100 m2 et 130 m2, ont été particulièrement prisés, représentant 36% de la demande totale.  C’est une véritable crise du logement qui s’annonce. D’une part, les loyers sont chers et, d’autre part, le prix de l’immobilier, pour ceux qui veulent acheter, grimpe également. En économie, si l’Etat veut faire réduire les loyers, il est nécessaire qu’il investit encore plus dans l’aménagement des territoires, particulièrement dans les régions où la demande est importante. Ainsi en augmentant les offres, l’Etat contribue à la maîtrise des loyers.

Par ailleurs, certains plaident parfois pour une réglementation qui permet de plafonner ou du moins d’encadrer les loyers. Certains pays l’ont fait comme les Pays-Bas ou certaines villes en France. Cependant, c’est un outil à manier avec beaucoup de prudence, préviennent les économistes. En effet, l’encadrement des loyers a souvent un effet contraire à celui escompté. Cette mesure peut entraîner des pénuries de logement, en dissuadant les propriétaires de louer leurs biens. De plus, elle peut contribuer à la dégradation du parc de logements existants, les propriétaires étant moins enclins à investir dans l’entretien et la rénovation de leurs biens si les loyers sont plafonnés.

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