l’équipe de tunisie veut gagner en afrique : On a besoin de grands joueurs…

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Le maintien ou le départ de Giresse n’est pas la question centrale, c’est la qualité des acteurs sur le terrain et leur attitude mentale qui font la différence.

Les jours de Giresse en sélection sont comptés, nous dit-on. C’est une question de temps même. Il peut rester oui, mais c’est la thèse la moins plausible et la moins évidente dans les coulisses de la sélection. On attend un successeur tunisien, mais est-ce que cette donne peut à elle seule aider l’équipe nationale à gagner à l’avenir? Non, absolument pas. Pour atteindre le palier de l’Algérie, du Sénégal et des autres ténors africains, on a besoin d’une autre trempe de joueurs. De grands et exceptionnels joueurs, du moins 4 ou 5 qui peuvent entraîner avec eux les autres. De bons joueurs sans une formule intelligente, c’est très difficile qu’ils aillent jusqu’au bout.

Que valent-ils?
Si on compare la valeur marchande de nos joueurs sur le mercato avec ceux du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et maintenant de l’Algérie, on trouvera bien évidemment des écarts conséquents. Les meilleurs joueurs africains ont atteint une cotation de 150 millions d’euros (Salah et Mané), et de 120, 100, et 80 millions pour de «grands joueurs» courtisés par les plus grands clubs européens.
Regardez où évoluent les Salah, Mané, Koulibaly, Pépé, Mahrez, Slimani, pour vous rendre compte de cette grande valeur marchande. Avant la CAN, le meilleur joueur tunisien, Khazri, avait une cotation de 16 à 20 millions d’euros et les autres cadres et stars tunisiens ne dépassaient pas l’intervalle entre 2 et 6 millions d’euros ! Toute la différence est là ! On a de bons joueurs, oui (pas tous bien sûr), mais ils ne sont pas tous exceptionnels et la CAN l’a prouvé. C’est vrai que, par affection et par nationalisme, on a tendance à les surestimer et malheureusement on se fait piéger. On attend trop d’eux, on attend qu’ils fassent autant que les stars de la CAN, mais ils ne le peuvent pas. Un bon groupe peut gagner, avec un entraîneur rusé et motivé, mais c’est délicat. Il faut deux, trois, quatre éléments d’exception.

Hauts et bas…
Msakni version 2019 est l’illustration d’un joueur doué qui avait un talent fou, mais qui, sur le coup de blessures et de mauvais choix techniques dans sa carrière, a abordé la CAN 2019 avec peu d’arguments. Il était exceptionnel dans le temps, mais aujourd’hui c’est un bon joueur, pas plus. Il a besoin de beaucoup de travail pour retrouver ses sensations. Dans l’équipe de Giresse, on a Sassi, lui aussi joueur intelligent et influent, mais, il n’a pas pu évoluer autant que Guedioura, Bennacer, Koyaté et d’autres milieux défensifs hors normes. Seliti, Khazri, Meriah, Khenissi, Skhiri ont été bons dans l’ensemble, mais pas «impressionnants».
Mais ils n’ont pas l’étoffe de joueurs de très haut niveau qui peuvent prendre les choses en main dans les moments-clefs.
Néanmoins, aussi bons, aussi collectifs qu’ils soient, ils ont été irréguliers. Tout le monde a eu des hauts et des bas inquiétants. Parfois, on avait du mal à comprendre et à prévoir ce que peut faire notre équipe nationale. Et cela pèse lourd par la suite. C’est, en grande partie, une question de joueurs et non de sélectionneur.

L’équité et le sens du groupe
Peut-être que ça ne plaît pas beaucoup à certains, mais on pense que la valeur des joueurs de l’équipe de 78 reste encore la meilleure. Même l’équipe qui a remporté le sacre continental en 2004 n’avait pas, à notre humble avis, la même valeur technique. Chetali, en connaisseur et en entraîneur charismatique et tacticien innovant, a disposé de grands joueurs qui pouvaient être utiles dans n’importe quel schéma. De plus, on voyait un sens de groupe, des joueurs qui s’appréciaient et qui se donnaient sans calcul. Dans cette CAN 2019, cette notion de groupe on l’a perdue et tout le monde le sait. Les vestiaires n’étaient pas sains. Des joueurs jouaient non par le mérite, mais par leur poids et leur renommée, à la place d’autres qui étaient meilleurs.
Que Giresse reste ou parte, ce n’est pas le vrai problème. Loin de là. C’est même un faux problème. On a intérêt à y aller directement : les joueurs et le «mode de management» de ces joueurs. On a besoin probablement d’une autre génération de joueurs plus techniques, plus solides mentalement. C’est l’inévitable point de départ pour en arriver aux questions tactiques. Les joueurs forts, les costauds ceux qui ne calent pas au moindre pépin, ceux qui gardent le même élan et la même réussite, sont ceux qui peuvent fondre dans les concepts tactiques de haut niveau. D’où les ramener? C’est là l’énorme et insoutenable épreuve.
Notre championnat, «pauvre» et pas producteur en grands joueurs, n’est pas la bonne destination. Il faudrait des années pour l’améliorer. Il y a donc la piste des expatriés, et ça, c’est un éventail large et même fastidieux si on n’a pas le bon œil et les détecteurs de talents. C’est le seul moyen de bâtir une sélection qui peut faire comme l’Algérie. Encore une fois, on a besoin de grands joueurs, de gagneurs qui ne se lassent jamais. C’est peu abondant, mais c’est là le nœud du problème!

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