Gouvernement de «compétences indépendantes» : Les tractations du dernier quart d’heure

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A une journée de la séance plénière au Parlement consacrée au vote de confiance au gouvernement de «compétences indépendantes»,  Habib Jemli fourbit ses dernières armes et Ennahdha joue ses ultimes cartes pour barrer la route à certains scénarios qui augurent l’échec de Montplaisir et de Dar Dhiafa

Ennahdha et son président, Rached Ghannouchi, président également du Parlement (le rappel a une importance symbolique avérée qu’on ne se lassera jamais de souligner), ont-ils décidé de chauffer les tambours et d’annoncer «la mobilisation générale de toutes leurs forces» dans le but d’étouffer dans l’œuf la réconciliation Qalb Tounès-Tahya Tounès avant qu’elle n’éclate au grand jour et ne menace d’écroulement toute la donne politique née à l’issue des législatives du 6 octobre dernier et plus particulièrement à la faveur des résultats auxquels a abouti le processus de la formation du gouvernement Habib Jemli dit de compétences indépendantes et surtout non partisanes» mais qui attendent toujours que leur indépendance politique, leur compétence professionnelle et leur intégrité morale soient avalisées par les députés, demain, vendredi 10 janvier, au cas où la séance plénière prévue pour cette même date serait maintenue ?

En d’autres termes, la problématique à laquelle Ennahdha doit trouver une solution radicale avant la journée fatidique du vendredi 10 janvier est bien la suivante : comment convaincre Youssef Chahed de renoncer à son projet de conclure ce que certains observateurs appellent déjà «la paix des braves» avec Nabil Karoui, président de Qalb Tounès, et comment faire revenir aussi Mohamed Abbou, secrétaire général d’Ettayar, à la table des négociations en vue de le séduire, de lui faire sûrement de nouvelles promesses sur les postes ministériels que son parti exige en contrepartie de son soutien au gouvernement Jemli et du vote de ses députés ?

Mohamed Abbou a annoncé, en répondant aux questions lors de l’émission principale de talk-show sur la radio Mosaïque FM, que le chef de gouvernement désigné l’avait convoqué à une rencontre hier après-midi, mais sans préciser l’ordre du jour ou les sujets qu’il devait examiner avec Habib Jemli.

En parallèle, une dépêche de l’agence TAP répercutée, le jour même, indique que Youssef Chahed, le chef du gouvernement chargé de la gestion des affaires courantes et président du parti Tahya Tounès, est lui aussi invité à Dar Dhiafa pour rencontrer le chef de gouvernement désigné.

Et même si la dépêche en question, œuvre sûrement du département communication relevant de Habib Jemli, ne souffle aucune précision ou piste sur ce que Jemli aura à discuter successivement (séparément ou peut-être en commun) avec Abbou et Youssef Chahed, il ne faut pas être un grand stratège ou prétendre être au parfum de ce qui se passe à Dar Dhiafa ou dans les hôtels luxueux du Lac pour deviner qu’il s’agit des promesses que donnera Ennahdha, par le biais de Habib Jemli, à Mohamed Abbou pour qu’il parvienne à convaincre ses lieutenants récalcitrants et les amène à accepter de faire partie du gouvernement (qui sera remodelé d’ici demain ou au plus tard mardi prochain) ou au moins de faire en sorte qu’une partie des députés tayaristes accordent leur confiance au gouvernement Jemli.

Quant à Youssef Chahed, qui crie quotidiennement et sans que personne ne le lui demande (comme s’il se sentait obligé de se dédouaner d’un engagement dont on l’accuse de trahir) qu’il n’est «concerné par aucun poste, ni par la présidence du gouvernement, ni par le poste d’ambassadeur, ni celui de chef de cabinet», il aura sûrement à traiter avec Jemli sur les assurances que son parti et lui-même obtiendront en contrepartie de leur éventuel soutien au gouvernement Jemli dans sa composition actuelle ou peut-être de leur participation à la composition révisée du gouvernement promise par Habib Jemli mais bien après l’obtention de la confiance des députés.

La promesse en question a été faite par Jemli à l’issue de son dernier entretien avec le Président Kaïs Saïed à qui le chef de gouvernement désigné a assuré «être prêt à revoir certains noms de l’équipe proposée s’il est prouvé qu’ils ne répondent pas aux critères fixés».

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