
Avec la pandémie, les effets de ciseaux se feront ressentir sur la croissance avec des points en moins et donc des recettes fiscales en chute libre. Par conséquent, une grande partie des dépenses inscrites au Budget de l’Etat ne sera pas honorée cette année, selon le ministre des Finances.
Dernier intervenant lors de la plénière du jeudi à l’ARP, le ministre des Finances a tiré la sonnette d’alarme. L’Etat tire le diable par la queue, les caisses sont vides et il est presque incapable de payer ses dettes. Avec un franc parler choquant, il a sans détours ni ambages décrit la situation catastrophique des finances publiques. Le ministre a également fustigé la méthode éculée de préparation de la Loi de finances et du Budget de l’Etat. Une méthode qui, selon lui, ne reflète pas la réalité. Car elle ne prend pas en compte les engagements hors budgétaires les dettes des entreprises publiques. Elle ne fait pas apparaitre non plus les crédits d’impôts aux entreprises privées.
Les entreprises publiques
Il aborde avec courage le sujet « tabou » des entreprises publiques que l’Etat traine comme un boulet depuis des années. « La majorité de ces entreprises affichent des capitaux propres négatifs », a-t-il révélé. « Va-t-on les préserver ?», s’est-il interrogé. Il en cite à titre d’exemple : Tunisair, Transtu et la Sncft. Et même si on réinjecte de l’argent à Tunisair, le résultat sera le même avec un grand nombre d’employés pour une vingtaine d’avions, a-t-il asséné aux députés l’air hébétés.
Déjà, avant la crise du coronavirus, la situation était difficile, a-t-il souligné. Avec la pandémie, les effets de ciseaux se feront ressentir sur la croissance avec des points en moins et donc des recettes fiscales en chute libre. Par conséquent, une grande partie des dépenses inscrites au Budget de l’Etat ne sera pas honorée cette année, selon le ministre.
D’ailleurs, dans le même sillage, le ministère de l’Equipement, de l’Habitat et de l’Aménagement du Territoire a déclaré hier que l’Etat serait obligé de reporter la réalisation de certains projets d’infrastructure de base programmés cette année suite aux impacts de la pandémie du Covid-619 sur l’économie du pays.
Action
Et au ministre de lancer aux élus « le temps n’est plus aux tiraillements politiques, il est à l’action et vite ». Pour lui, ce serait commettre une erreur stratégique que de se focaliser sur la crise de coronavirus. « Il y a deux guerres, deux combats », a-t-il indiqué. Celle du corona et celle économique et financière du pays. Il recommande aux députés de classer l’idée du report du paiement des prêts octroyés à la Tunisie. « Il ne faut même pas y songer », a-t-il conseillé. « Il en va de l’image et de la réputation du pays », a-t-il rappelé. En effet, la Tunisie doit rester solvable. Alors il faut aller vers des solutions structurelles. « Nous devons changer de process et de méthode », estime le ministre. Pour cela, l’arme de l’article 70 doit être employée, non seulement pour affronter la crise mais pour inventer des solutions, selon le ministre. Car des solutions « il y en a», selon lui. En l’occurrence, la facilitation des procédures administratives, Sl’encouragement à l’exportation, l’allègement de la pression fiscale, la lutte contre la contrebande et le commerce parallèle, l’incitation à l’investissement, la restructuration des entreprises publiques, le recours au PPP et la limitation de la circulation des devises et du cash dans des les circuits clandestins.