
La crise du coronavirus, en plus d’être une pandémie, s’est transformée en une colère sociale. Elle a aussi démontré qu’après plus de 64 ans d’indépendance, l’Etat ne connaît pas encore ses pauvres. La ruée de milliers de citoyens vers les sièges des délégations, bravant le danger de la contamination par le virus, en vue de revendiquer le droit aux aides sociales, prouve encore une fois que la pauvreté continue à frapper fort.
On ne le dira jamais assez, une Tunisie exemplaire en matière d’institutions et de démocratie doit aussi être exemplaire en matière de développement et d’inclusion. Car, en rétablissant le niveau de vie des citoyens, c’est tout un rempart contre la délinquance, contre la criminalité, contre le terrorisme que nous restaurons.
C’est pourquoi il est crucial de prendre conscience de l’ampleur de la crise sociale, des conséquences graves qu’elle risque d’avoir sur l’équilibre social et l’unité du pays si un effort suffisant n’est pas accompli, si les moyens nécessaires pour l’enrayer ne sont pas mis en œuvre.
Aujourd’hui, à vue d’œil, on peut facilement avoir une idée de la dégradation des conditions sociales des Tunisiens et de l’angoisse du mal-être qu’elle génère.
La crise nous a montré que pour des pans entiers de la société, la vie est plus dure qu’ailleurs. Dans ces régions reculées, dans ces quartiers chauds, la fierté et la dignité réduisent au silence les gens qui n’ont pas l’habitude de quémander ou de tendre la main. Mais il est des moments, comme cet épisode de pandémie, où l’on se rend compte que tous les handicaps, toutes les difficultés sont concentrés dans ces parties oubliées de la Tunisie où l’on a moins de droits, moins de chances que les autres.
En effet, c’est toujours inquiétant de se sentir rejeté, de vivre dans des quartiers ou des régions où il est plus difficile que partout ailleurs de s’en sortir, de réaliser ses ambitions, ses rêves parce qu’il y a plus de pauvreté, plus de chômage, plus de violence, plus d’insécurité qu’ailleurs.
De ce fait, ce qui a été possible en politique, à savoir la transition démocratique, doit être aussi possible sur le plan social. Car pour que la Tunisie demeure un exemple, il faut montrer que malgré la noirceur et le doute sur l’avenir, il est possible de réussir et de retrouver les voies d’un avenir harmonieux.
C’est dire combien il est important de porter haut et fort les valeurs d’une société équilibrée. Pour cela, il suffit de trouver la voie pour que notre pays se défasse de la désespérance qui le taraude et du défaitisme qui le guette.
Dr. Ezzeddine Moudoud
6 avril 2020 à 21:46
Grand merci si Chorki pour ce rappel…car on peut priver un peuple de pain mais on ne peut JAMAIS le priver de dignité…tôt ou tard il se révoltera….Il faut bien rappeler à tous, surtout à ces « charlatons » des plateaux de television privées…, d’où est partie « NOTRE » Révolution? Des quartiers « chics’ des banlieuxs nord de Tunis? …ou de « Mon plaisir »….??? Combien de « Révolutionnaires » savaient (même aujourd’ui…) où se trouvaient Sidi Bouzid ou la Tunisie Centrale? Nos « pauvres », n’ont jamais tendu la main à personne…même sous la Colonisation qui les a spoliés de leurs terres et de leur dignité…mes grands parents (dans la région de Bouarada…) en faisiaent partis de cette race de « seigneurs »…Après l’independance, le « Contrat Social » auquel ils ont cru a été brisé après 69 et le « chacun pour soi » est devenu la LOI. Donc, je ne peux qu’être d’accord avec vous. Il nous faut trouver le moyen pour restaurer la confiance dans l’avenir de notre pays, surtout auprés de ceux dont la fiérté et la dignité ont été constamment baffoués, par les vulgaires nouveaus riches, qui savent tout expliquer… Seul un « CONTRAT SOCIAL », en quelque sorte… version adaptée bien sûr, peut répondre à votre espérance…et la mienne. Merci encore.