Interdiction aux hommes d’affaires de voyager : La guerre anticorruption entrave-t-elle l’investissement ?

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Les mesures exceptionnelles qui régissent la vie politique nationale depuis le 25 juillet dernier autorisent, entre autres, d’interdire à certains opérateurs économiques de voyager, et ce, conformément à ce que prévoit la campagne nationale anticorruption. Certes, beaucoup parmi les intéressés ou parmi les observateurs sont compréhensifs quant à ces mesures. Toutefois, ils appellent à la publication de la liste des personnes frappées d’interdiction de voyage et à l’actualisation de la liste des personnalités ayant profité de crédits non remboursés sous le régime déchu

A la lumière des mesures exceptionnelles instaurées par le Président Kaïs Saïed dans le cadre de son activation, le 25 juillet 2021, des dispositions de l’article 80 de la Constitution du 27 janvier 2014 lui permettant de mettre en exécution les décisions qu’il estime les plus appropriées afin de faire face au danger imminent qui menace la sécurité, l’intégrité territoriale et aussi la souveraineté ainsi que la décision nationale (sans que le même article ou un autre article ne définisse ces mêmes mesures exceptionnelles laissant, de fait, au Chef de l’Etat la possibilité et la compétence de les définir lui-même sans que personne n’ait le droit de contester ce que le Président met en application en usant des pouvoirs que lui confère l’article en question de la Constitution), s’est posée, quand les décisions exceptionnelles ont été mises en exécution, une équation que beaucoup d’observateurs, d’analystes et d’experts considèrent comme difficile à résoudre.

Cette équation est simple, claire et concise, sauf que la réponse qu’elle appelle n’est pas aussi facile ou accessible comme le font répandre beaucoup parmi ceux qui s’interrogent sur l’opportunité, la rentabilité économique, politique, voire civilisationnelle de ces mesures dont en premier lieu celle relative à l’interdiction faite aux hommes d’affaires de quitter le territoire national sans leur opposer de justification juridique permettant à la police des frontières de partir en voyage dans les pays où ils entretiennent des relations d’affaires avec leurs partenaires étrangers.

Et la question que ces mêmes personnes ainsi que les analystes se posent avec insistance, sur les réseaux sociaux ainsi que via plusieurs communiqués publiés aussi bien par certains partis politiques, notamment Ennahdha et le Courant démocratique (Attayar), que par des organisations autoproclamées protectrices du produit national et des promoteurs en quête d’accords de partenariats étrangers est la suivante : «Interdire aux hommes d’affaires de voyager à l’étranger en invoquant les contraintes imposées par la lutte contre la corruption ne sert-il pas, in fine, à entraver l’investissement tant national qu’international, à lancer des messages inquiétants aux investisseurs de l’intérieur et aussi à ceux de l’extérieur qui veulent participer à la réussite de «la dynamique salvatrice du mouvement du 25 juillet 2021, et à menacer sérieusement le climat des affaires et d’investissement en Tunisie, lequel a plus que jamais besoin d’un coup de pouce qui pourrait lui donner les moyens de recouvrer la confiance et la motivation des décideurs économiques tunisiens ou étrangers.

Certes, nombreuses sont les voix qui se sont élevées pour critiquer les décisions orales d’interdiction de voyage auxquelles sont confrontés quotidiennement les acteurs économiques et à déplorer certaines pratiques «humiliantes» subies par ces mêmes acteurs ainsi que «des comportements inacceptables» de la part de ceux chargés d’appliquer les restrictions qu’impose la situation.

Toutefois, il reste à souligner que «l’état exceptionnel» actuel par lequel passe le pays exige «un effort de compréhension», comme le précise la Conect «dans la mesure où il faut faire la part des choses entre l’homme d’affaires patriote, d’une part, et les faux investisseurs qu’on est en droit de qualifier de corrompus, d’autre part.

Force est aussi de prendre en considération les observations des économistes qui soutiennent avec vigueur la guerre anticorruption, appellent vivement les autorités publiques, c’est-à-dire le Chef de l’Etat, à prendre les mesures urgentes à même de relancer la machine économique et d’encourager les investisseurs à adhérer à la dynamique du 25 juillet.

Il serait également très productif de leur prêter une oreille attentive et d’accéder à leurs propositions en mettant en œuvre une plateforme électronique où seraient publiés les noms des hommes d’affaires interdits de voyage d’une part et décider, d’autre part, d’actualiser la liste des hommes d’affaires accusés de corruption et d’avoir bénéficié des largesses de l’ancien régime, sans oublier également ceux qui ont trempé dans la malversation au cours des années 2011-2021.

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