Francophonie économique : Sur la route de Djerba

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La première rencontre des entrepreneurs francophones tenue récemment à Paris, réunissant des délégations patronales ainsi que des chefs d’Etat et des personnalités de premier plan venus de quatre continents qui ont la francophonie en partage, s’est assignée comme objectif de “sceller une communauté francophone d’affaires unique au monde”.

Cet événement, organisé dans le cadre de l’Université d’été du  Mouvement des entreprises de France (Medef), l’un des temps forts de la rentrée politique et économique en France, a été marqué par le lancement d’une plateforme de dialogue des patronats francophones pour renforcer leurs flux d’affaires.

Ayant pris part aux assises de cette rencontre, Samir Majoul, président de l’Utica, a indiqué que la famille des entrepreneurs et des hommes d’affaires des pays francophones,— qui s’apprêtent à participer au Forum économique francophone à Djerba en marge du 18e sommet de la francophonie qu’abritera l’Ile en novembre prochain—, sont appelés à mener conjointement une action louable permettant de rétablir  les relations entre les pays du sud et du nord.

Et d’ajouter que la conjoncture actuelle caractérisée par la propagation de la pandémie du covid-19, et ses conséquences néfastes, nécessite des efforts exceptionnels de la part de tous les pays pour protéger la santé des citoyens et garantir la relance de l’économie dans les meilleures conditions possibles. Le président de l’Utica n’a pas manqué de rappeler que le Sommet de la francophonie sera une opportunité pour les Chefs d’Etat pour accorder plus d’importance à l’économie et à la mise en place de mécanismes visant à renforcer les échanges et les investissements dans l’espace francophone et promouvoir la compétitivité dans les secteurs à haute valeur ajoutée tels que les TIC, l’industrie pharmaceutique, l’agroalimentaire, l’industrie intelligente…etc.

Un atout économique sous-exploité

Alors que 16 % du PIB mondial sont produits en zone francophone,  les organisations patronales signataires de la déclaration commune de Paris sur le renforcement de la francophonie économique,—l’Utica en l’occurrence—, constatent que la francophonie est un atout économique sous-exploité qui doit être porté et structuré par le secteur privé. Et d’affirmer qu’une nouvelle dynamique doit émerger pour bâtir un agenda d’actions concrètes, afin d’agir ensemble pour créer des richesses dans l’espace francophone.

La déclaration finale témoigne de cet objectif commun partagé lors de cette première REF Francophone : créer un électrochoc en matière de francophonie économique et affermir la puissance globale de l’espace francophone et de ses entreprises.

Les organisations patronales francophones ont appelé à cette occasion à la mobilisation des forces économiques francophones dans le cadre du Sommet de Djerba qui se tiendra les 20 et 21 novembre 2021, notamment lors du Sommet économique international.

La francophonie économique peut constituer un levier puissant pour la relance post-covid, a affirmé le président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (Cgem), Chakib Alj. Le choc de la pandémie a fait ressortir l’importance des sous-ensembles, qu’ils soient régionaux ou communautaires, a indiqué le président de la Cgem.

Selon M. Alj, l’espace francophone doit adopter “une posture offensive pour renouer avec la croissance et repenser ses partenariats économiques et commerciaux, pour qu’ils soient plus inclusifs, plus ouverts et plus durables“.

Pour que la francophonie ne soit plus qu’un partage de langue mais plutôt un véritable espace économique, «il faut qu’elle représente un avantage compétitif et qu’elle apporte de la valeur ajoutée palpable pour les entreprises“, a affirmé le président de la Cgem.

Les pays de l’espace francophone ont d’innombrables atouts qui peuvent profiter à leurs partenaires économiques. Si les uns disposent de ressources naturelles abondantes, d’autres sont connus pour leurs avancées technologiques ou encore scientifiques, et d’autres sont plus avantagés par la qualité de leurs ressources humaines qualifiées.

Ainsi, pour profiter de ces complémentarités, les opérateurs économiques francophones sont appelés  à mettre en place “une plateforme francophone de partage des opportunités d’affaires et d’investissement, qui pourrait être consolidée par un mécanisme de financement francophone“.

De l’avis du président du Cgem, “le renforcement de la francophonie économique ne peut se faire sans un engagement fort des secteurs privés francophones, en parfaite harmonie avec l’action des Etats et de la société civile, pour une coopération renouvelée, dans un esprit de partage et de co-construction. Ces ambitions prendront tout leur sens si nous œuvrons ensemble, dès à présent, pour consolider nos acquis et aller au-delà, en traçant une feuille de route économique post-covid conjointe, au service de nos entreprises et de nos populations“.

Stratégie économique pour la francophonie 2020-2025

Au moment où tous les pays accordent la priorité à la relance des économies fortement touchées par la pandémie du covid-19, la francophonie s’est dotée d’une nouvelle stratégie économique 2020-2025. Les projets phares qui en découlent visent à créer les conditions de croissance pour les entreprises en Afrique francophone, renforcer la place des femmes dans l’entrepreneuriat ainsi que l’employabilité des jeunes, stimuler les échanges économiques et commerciaux entre les pays francophones…

Au-delà du lourd bilan humain provoqué par la crise sanitaire qui perdure, «les conséquences économiques et sociales de la catastrophe sont dévastatrices. Provoquant un effet récessif d’une ampleur exceptionnelle, affectant tant la demande que les chaînes de production, elle accélère les tendances de fond déjà à l’œuvre et accroît encore les déséquilibres financiers, économiques et sociaux». Cette crise a brutalement stoppé ou freiné des progrès parfois acquis au fil de plusieurs décennies, en particulier dans les pays en développement plus durement touchés par ses contrecoups socioéconomiques. L’atténuation des impacts socioéconomiques de la pandémie et la relance qui s’impose figurent parmi les principaux défis de cette stratégie quinquennale. «Les efforts extraordinaires qui seront nécessaires pour traverser cette crise constituent, néanmoins, une opportunité de mettre en œuvre un autre modèle de développement, plus équitable, plus durable et plus inclusif».

Dans cette perspective, la stratégie élaborée par l’OIF s’articule autour de quatre grandes transitions : la transition vers une mondialisation mieux régulée, plus équitable, respectueuse des droits de l’Homme et de l’environnement, bénéficiant de manière équilibrée à tous les pays et populations, la transition vers une ère numérique plus mature, plus inclusive et bénéfique à l’humanité. Cette transition reposera notamment sur le développement des compétences des individus pour maîtriser les techniques numériques, leurs finalités et leur dimension transformatrice, soutenir la présence en ligne des entreprises en vue de leur permettre un meilleur accès aux marchés mondiaux.

La troisième transition consiste en des matrices de développement centrées sur l’impératif de la durabilité et la capacité de juguler les effets néfastes du changement climatique, incluant une transition énergétique qui contribue à favoriser un accès abordable à une énergie propre aux agents économiques et enfin la transition cardinale vers un modèle de développement favorisant l’égalité, l’inclusion et l’éradication de la pauvreté. Fidèles à leurs valeurs et visions communes, les Etats et gouvernements membres de l’Organisation internationale de la francophonie, l’Assemblée parlementaire de la francophonie, les opérateurs, les conférences ministérielles permanentes, ainsi que les réseaux institutionnels, le secteur privé, la communauté scientifique et la société civile «souhaitent apporter de la valeur ajoutée et une contribution ciblée à l’action de la communauté internationale en faveur d’un nouveau modèle de développement inclusif et durable, créer un espace de coopération, d’innovation et de mobilité privilégié en renforçant son rôle comme agent facilitateur et stimulateur de coopérations économiques et numériques tant dans une perspective Nord-Sud que Sud-Sud et tripartite».

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