Patrimoine | Plaidoirie en faveur du transfert de l’Assemblée dans les locaux de l’ancien Sénat : Saïed fera-t-il justice du préjudice causé à notre mémoire ?

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Une décision politique a dicté l’installation de l’Assemblée dans les murs du palais du Bardo. Une autre décision politique pourrait réparer ce dommage. Aujourd’hui y suffirait un décret présidentiel ! Kaïs Saïed restituera-t-il à la Tunisie un pan entier de son histoire et en réhabilitera-t-il des pages lumineuses qui seront au service de la mémoire collective et du développement d’un pôle économique basé sur la culture et les loisirs ?

Depuis plus de dix mois, le musée national du Bardo est fermé. C’est l’une des multiples retombées de la crise politique qui paralyse bien des secteurs depuis le 25 juillet de l’an dernier. Il est facile de deviner le coût économique d’une telle situation en se référant aux réalisations moyennes en termes de recettes provenant des droits d’entrée au musée durant la période d’avant le Covid-19; beaucoup plus difficile serait l’évaluation du déficit subi en termes d’image de marque en matière de promotion de la destination Tunisie.

«Politique». Le mot a été dit. C’est sur une décision politique que l’Assemblée constituante a été installée en 1956 dans l’enceinte de l’ancien palais beylical du Bardo, alors qu’elle aurait pu siéger en bien d’autres espaces et cela juste pour humilier les anciens gouvernants. Et c’est sur une autre décision politique que, l’été dernier, le vaste périmètre accueillant l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et son voisinage immédiat a été déclaré zone interdite.

Nous parlons en particulier du musée national du Bardo, principale institution muséographique du pays, premier d’Afrique du Nord (au moins !) en termes d’ancienneté et de contenu et haut lieu de la mémoire historique et patrimoniale du pays.

Outre le musée lui-même, il s’agit là d’un complexe monumental comprenant une partie de l’ancienne enceinte de défense de toute une cité princière, d’installations résidentielles d’un haut degré de raffinement décoratif, de locaux administratifs, militaires, cultuels et édifiés sur une période s’étalant sur huit siècles, offrant un large éventail de styles architecturaux et de savoir-faire artisanaux ancestraux. L’opportunité semble toute trouvée à la faveur de la présente situation pour transformer cet ensemble en pôle culturel et touristique qui fait tant défaut au pays et dont les retombées tant scientifiques qu’économiques seraient considérables pour la commune du Bardo et pour tout le pays.

Le rêve d’Abderrazak Chéraït à portée de main

Entrepreneur visionnaire et pleinement engagé dans le combat pour la reconstruction nationale, Abderrazak Chéraït, artisan de la résurrection du Jérid, a lancé depuis les bancs de l’ARP du temps où il siégeait dans cette institution en tant que député un appel retentissant en vue de restituer, dans sa grandeur et sa splendeur originelles, un ensemble architectural d’exception; notre Topkapi à nous, après le transfert de l’Assemblée dans les locaux de l’ancien Sénat, vides depuis une dizaine d’années et qui, du reste, ont servi à cet usage durant la période de la pandémie de Covid-19».

Si, à l’époque, cet appel a pu paraître irréaliste aux yeux de quelques-uns, aujourd’hui le rêve de Chéraït est à portée de la main. Une décision politique a dicté l’installation de l’Assemblée dans les murs du palais du Bardo. Une autre décision politique pourrait réparer ce dommage. Aujourd’hui y suffirait un décret présidentiel ! Kaïs Saïed restituera-t-il à la Tunisie un pan entier de son histoire et en réhabilitera-t-il des pages lumineuses qui seront au service de la mémoire collective et du développement d’un pôle économique basé sur la culture et les loisirs ?

Une opportunité historique s’offre au Président de la République pour opérer cette reconversion dont les effets bénéfiques seront inestimables. Tout peut se faire dans le laps de temps qui nous sépare de l’intronisation de la nouvelle assemblée qui ne devrait pas siéger avant le début de l’année prochaine. En tout cas, un mouvement d’opinion s’est déjà amorcé au sein d’un groupe de citoyens en faveur d’une telle opération. Une initiative sera bientôt annoncée dans ce sens.

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