Accès aux emplois : Les travailleurs formels gagnent plus que les travailleurs informels

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Dans le secteur privé, les travailleurs salariés formels gagnent, en moyenne, 16 % de plus que les travailleurs informels par heure travaillée, surtout grâce à leurs caractéristiques. L’écart de salaire horaire conditionnel formel-informel est estimé à 16,2%, en moyenne, en 2019.

Dans son dernier rapport sur le «Paysage de l’emploi en Tunisie», la Banque mondiale est revenue sur la problématique de l’accès aux emplois formels dans les secteurs public et privé, qui se fait difficilement chez certains groupes démographiques.

Le constat n’est pas surprenant, mais mérite d’être souligné car il confirme encore une fois la fragilité de la situation économique et sociale du pays et surtout l’inégalité des chances qui est d’abord sociale.

Les femmes plus susceptibles d’obtenir un emploi dans le secteur public

Le document rendu public récemment indique que les  groupes vulnérables sont plus exposés au phénomène de l’informalité et ont moins de chances de décrocher un emploi dans le secteur public ou un emploi formel dans le secteur privé. Les femmes sont plus susceptibles d’obtenir un emploi dans le secteur public (32,4%) ou un emploi formel dans le secteur privé (33,6%). Les jeunes de 15 à 24 ans sont plus susceptibles de travailler de manière informelle contre salaire par rapport aux travailleurs d’âge mûr et moins susceptibles d’être employés comme fonctionnaires. Les travailleurs âgés de plus de 65 ans viennent gonfler les emplois non salariés, et plutôt dans le travail informel, que dans les emplois salariés.

Dans le secteur public, l’enseignement supérieur est essentiel pour accéder aux emplois et, selon les chiffres annoncés, près d’un travailleur sur deux, employé dans le secteur public, est titulaire d’un diplôme universitaire, contre 21,6 % des salariés du secteur formel et 7 % des salariés du secteur informel. Cependant, les travailleurs ayant suivi un enseignement supérieur contribuent, également, à une part importante des emplois formels non salariés.

Les travailleurs jeunes et moins instruits ont des difficultés à accéder aux emplois formels des secteurs public et privé et ne sont donc pas protégés contre les risques couverts par l’assurance sociale (santé, vieillesse, chômage, invalidité…).

26,8 % des ménages dans l’informel…

Sur un autre plan, le rapport précise que le travail informel est corrélé à un risque de pauvreté plus élevé. La pauvreté est un concept qui se situe au niveau des ménages et qui exige donc de passer à une perspective de ménage. Les membres du ménage peuvent être employés de manière informelle ou formelle, et les ménages comptant plus d’un membre employé peuvent présenter un degré d’informalité variable.

Outre les ménages dont aucun membre n’a d’emploi qui, en Tunisie, représentaient environ 22 % de l’ensemble des ménages en 2015, environ 56 % des ménages évoluaient entièrement dans le secteur formel, 26,8 % étaient entièrement dans l’informel et 16,8 % exerçaient dans une zone mixte, c’est-à-dire que certains membres occupaient un emploi formel et d’autres un emploi informel.

Par rapport à la moyenne nationale de 15,1%, le taux de pauvreté des ménages entièrement dans le secteur formel était considérablement plus faible, à 9,5%, tandis que les ménages entièrement dans l’informel étaient beaucoup plus susceptibles d’être pauvres (26,7%), et le taux des ménages de la zone mixte était estimé à 12,4%.

16 % de plus que les travailleurs informels

Bien qu’une grande partie de la prime salariale publique s’explique par les différences de caractéristiques des travailleurs du secteur public et du secteur privé, des caractéristiques inobservables et une structure salariale différente jouent également un rôle. Pour la période 2012–2019, les travailleurs salariés du secteur public ont été payés, en moyenne, environ deux fois plus que les travailleurs du secteur privé par heure travaillée. Après avoir contrôlé les différences dans leurs caractéristiques, telles que l’âge, le niveau de scolarité, le sexe, le type de profession, le secteur industriel et le type de contrat, environ 40 % de l’écart est, en moyenne, lié à des caractéristiques inobservables ou à une structure salariale différente dans les deux secteurs.

En revanche, environ 60 % s’expliquent, en moyenne, par des différences de caractéristiques, la profession et les autres caractéristiques de l’emploi jouant le rôle le plus important, suivies du niveau de scolarité.

Dans le secteur privé, les travailleurs salariés formels gagnent, en moyenne, 16 % de plus que les travailleurs informels par heure travaillée, surtout grâce à leurs caractéristiques. L’écart de salaire horaire conditionnel formel-informel est estimé à 16,2%, en moyenne, en 2019. Environ 84 % de la différence est attribuable à des différences dans les caractéristiques observables. En particulier, les caractéristiques de l’emploi, notamment le lieu de travail, le type de contrat, la taille de l’entreprise et le type de profession, ainsi que le niveau de scolarité, expliquent ensemble plus de 90 % de la composante explicable.

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