L’essentiel | Prévenir la pénurie d’eau en temps de sécheresse

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La Tunisie est un pays à stress hydrique, le fait est bien connu. Elle connaît ces dernières années des épisodes de sécheresse annonciatrice de carence en eau potable. Il faut dire qu’au fil des ans, le pays a pris du retard pour négocier ces dangereux virages imposés par une situation hydrique critique, conséquence directe du réchauffement climatique que connaît la planète.

Le stress hydrique est devenu tellement inquiétant qu’il s’est imposé comme priorité majeure dans les plans d’action des ministères de l’Agriculture et de l’Environnement. La situation actuelle est jugée difficile pour ne pas dire critique. En témoigne l’état inquiétant des réserves hydriques au niveau des barrages dont le taux de remplissage n’est que de 29%. En l’absence de précipitations, le risque d’une sécheresse, selon les prévisions météorologiques, n’est pas à écarter.

Une précédente étude du ministère de l’Environnement sur les répercussions du changement climatique sur l’économie prévoyait que la Tunisie souffrirait d’une grave pénurie de cultures céréalières en raison de la sécheresse, à raison d’un tiers de la superficie cultivée, pour atteindre seulement un million d’hectares en 2030.

Le constat étant établi, les pouvoirs publics font désormais face à l’impérieuse nécessité de trouver des alternatives à la raréfaction de l’eau. Si le stress hydrique impose à court et moyen termes des restrictions dans la distribution de l’eau potable, il ne laisse plus d’autre choix que de trouver des alternatives à la faible pluviométrie.

L’analyse de la situation des barrages en septembre 2022 montre une situation nettement alarmante des ressources en eau. Selon l’Onagri, les faibles taux de remplissage des barrages et celui de la pluviométrie pour réalimenter les réserves  risquent de perdurer. Selon l’Observatoire tunisien de l’eau: “Le nombre d’alertes reçues sur le site de l’Observatoire tunisien de l’eau pour le mois d’août a atteint 255 alertes citoyennes signalant un problème lié au droit à l’eau. Le gouvernorat de Sfax arrive en tête de la carte de la soif avec 30 alertes, suivi de Gafsa avec 23 alertes et Ben Arous avec 21”. Parmi ces alertes, 17 concernaient la potabilité et 196 concernaient des coupures. Le quotidien est fortement impacté par ce manque, qui ne fera qu’augmenter suite au réchauffement climatique et aux prévisions du rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).

D’après Zouheir Hlaoui, professeur en climatologie à l’université de Tunisie et membre de l’Association tunisienne des changements climatiques et du développement durable (2C2D), la première inquiétude concerne les besoins des citoyens. «D’après l’OMS, chaque habitant doit pouvoir disposer de 1000m3 d’eau par an (quantité d’eau mobilisée divisée par la population). Aujourd’hui, en Tunisie, nous sommes à environ 400m3 par an par habitant. Ainsi, selon l’OMS, nous sommes dans une phase de stress hydrique. Sous l’effet des changements climatiques, ce ratio peut encore se dégrader pour passer sous la barre des 400m3. Si cela continue, d’ici 2100, le citoyen tunisien pourrait ne plus satisfaire ses besoins en eau », précise l’expert.

La sécheresse qui frappe la Tunisie peut également entraîner des déséquilibres intersectoriels, entraînant la priorisation de la distribution de l’eau entre les citoyens, les agriculteurs, le secteur touristique ou encore l’industrie. « Pour le moment en Tunisie, la priorité est donnée à l’eau potable, mais jusqu’à quand ? », s’interroge l’expert.

Et d’ajouter qu’il faut déclarer aujourd’hui l’état  d’urgence hydrique ou climatique, car des chocs importants menacent la sécurité alimentaire de la Tunisie. « Nous l’avons déjà vécu en 2021 avec une hausse extrême des températures et les incendies qui en ont découlé. A ce moment-là, il y a eu un renversement de la carte puisque les régions du nord ont été plus chaudes que les régions du sud, qui sont situées aux portes du désert ».

Les agriculteurs ont été lourdement impactés par une sécheresse sévère, au cours des mois de novembre et décembre 2022, ce qui a porté atteinte au cheptel et aussi à leurs capacités d’exploitation. L’apport en eau est d’une utilité importante, particulièrement pour assurer un bon démarrage de la saison. Faut-il dans cette situation s’attendre à une bonne récolte ? La réussite de la saison reste désormais conditionnée par les conditions météorologiques des prochains mois, notamment janvier, février et mars.

Globalement, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord sont extrêmement vulnérables aux impacts du changement climatique, avec un risque très élevé de pénurie d’eau et de nourriture, a alerté l’ONG Greenpeace.

Selon une étude publiée en septembre dernier, le Moyen-Orient se réchauffe à un rythme quasiment deux fois supérieur à celui de la moyenne mondiale, ses 400 millions d’habitants se trouvent menacés de vagues de chaleur extrêmes, de sécheresses prolongées et d’une élévation du niveau de la mer.

Cette étude, qui confirme que la région se réchauffe à un taux accéléré de 0,4 degré Celsius par décennie depuis les années 1980, soit «près du double de la moyenne mondiale», se concentre sur six pays : le Liban, l’Algérie, l’Egypte, la Tunisie, le Maroc et les Emirats arabes unis.

Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord dépendent largement des importations de denrées alimentaires, une dépendance qui pourrait être exacerbée en cas de sécheresse et de pénurie d’eau. Les agriculteurs et les personnes les plus pauvres sont «particulièrement exposés à la hausse des températures, à la raréfaction de l’eau et aux phénomènes météorologiques extrêmes», souligne Greenpeace, en raison de leurs faibles revenus et de leur dépendance «disproportionnée» à l’agriculture locale.

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