Opportunités d’investissement en bourse : Résistance salutaire

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Tunisie Valeurs a publié une nouvelle note de recherche, dans laquelle l’intermédiaire en Bourse scrute les opportunités d’investissement et expose son portefeuille type pour 2023. Le document comprend un zoom sur 14 titres sélectionnés par les analystes de Tunisie Valeurs.

En 2022, la baisse de l’investissement, la persistance des retombées du Covid-19 et de la crise russo-ukrainienne ont continué de peser sur l’activité des opérateurs économiques en Tunisie. Les indicateurs économiques de 2022 font état d’une croissance économique faible, d’une inflation galopante, d’un niveau de réserves en devises qui s’érode et d’un élargissement des déficits jumeaux (déficit courant et déficit budgétaire). La reprise économique est minée par l’absence de plan de relance, de réformes et de visibilité.

Une croissance en berne

Freiné par la baisse des investissements, la persistance des effets de la crise sanitaire et l’impact de la guerre russo-ukrainienne sur le tissu productif, le PIB courant l’année 2022 n’a progressé que de +2,4%, contre 4,3% en 2021.

Selon les projections du FMI qui datent de janvier 2023, la croissance du PIB en perte de vitesse devrait s’établir à 1,6% en 2023. Cette modeste croissance en 2022 a été tirée vers le bas par la mauvaise tenue, au cours de l’année, des activités du secteur des énergies et des mines (-6,3%). La bonne tenue du secteur des services (+3,3%) et des industries manufacturières et transformatrices (+5,3%) a compensé le fléchissement des autres activités. La croissance de la valeur ajoutée du secteur de l’agriculture a été modeste, s’élevant à 2% en 2022.

Nette accélération de l’inflation

L’inflation s’est nettement accélérée entre janvier et décembre 2022, passant de 6,7% à 10,1%, portant le taux d’inflation annuel moyen à 8,3%, contre une moyenne de 5,7% enregistrée en 2021. Cette évolution a résulté essentiellement du fort rebond de la composante sous-jacente (+7,9% après +5,4% en 2021), qui s’est conjugué à la flambée des prix des produits alimentaires frais (+14,1% après +7,1% en 2021), en relation avec la persistance des problèmes au niveau des chaînes d’approvisionnement (sécheresse, hausse des coûts des intrants,…). Egalement, le prix des produits administrés a poursuivi sa tendance haussière (+6,3% après +5,8%), sous l’effet de l’ajustement à la hausse des prix de certains produits et tarifs publics tout au long de l’année 2022.

Déficit commercial inédit

Les exportations préservent le même rythme de croissance que celui de l’année dernière: en 2022, les exportations ont progressé de +23,4% pour atteindre 57.573,2MDt contre une progression de +20,5% en 2021. Cette croissance à deux chiffres des exportations s’explique par l’amélioration des exportations de plusieurs secteurs, notamment : le secteur de l’énergie (+49,9%), celui des mines, phosphates et dérivés de (+56,1%), des industries agroalimentaires (+34,1%), celui des textile, habillement et cuir (+21%) et des industries mécanique et électrique de (+14,5%).Une hausse plus prononcée des importations qui ont évolué plus rapidement que les exportations, se hissant de +31,7% contre +22% durant l’année 2021 pour atteindre 82.789,2 MDt. L’augmentation des importations provient de la flambée enregistrée au niveau des importations des produits énergétiques (+83,1%), des matières premières et demi-produits (+33%), des biens d’équipement (+12%), ainsi que des biens de consommation (+13,8%).

Le déficit commercial s’est élargi en fin d’année à -25 216 MDt contre un déficit de -16.210,7 MDt une année auparavant. Il s’agit d’un déficit jamais atteint. Ainsi, le taux de couverture a perdu 4,7 points de pourcentage par rapport à 2021 pour s’établir à 69,5%. Sur l’année 2022, les recettes touristiques et les revenus du travail ont atteint 13.183 MDt (contre 9.879 MDt en 2021), ce qui a permis d’atténuer partiellement l’impact de l’élargissement important du déficit commercial et sa portée sur les paiements courants. Le déficit courant s’est établi, toutefois, à -12.366 MDt (ou -8,6% du PIB), contre -7.844 MDt (ou -6% du PIB) en 2021.

Des réserves de change en baisse

Pâtissant des pressions sur la balance des paiements, les réserves en devises se sont érodées pour s’établir à 22,9 milliards (ou 100 jours) à fin 2022 contre 23,3 milliards de dinars (ou 133 jours d’importation) à fin 2021. A fin janvier 2023, les réserves en devises ont poursuivi leur trend baissier pour s’établir à 97 jours d’importation.

Retard dans l’exécution du budget de l’Etat et  endettement alarmant

Selon la loi de finances rectificative pour 2022, le déficit budgétaire est attendu à 9,8 Mds de Dt (6,8% du PIB) à fin 2022, contre 10,4 Mds de Dt (8,3% du PIB) une année auparavant. Cette relative atténuation du déficit budgétaire s’explique par le retard accusé par l’Etat dans l’exécution de ses dépenses publiques.

Depuis la Révolution, les finances publiques affichent un déficit primaire structurel, alors qu’historiquement, la Tunisie était dans une situation d’autonomie financière. Cette situation est la résultante d’une politique budgétaire expansionniste adoptée depuis la Révolution, favorisant la hausse plus proportionnelle des dépenses de gestion (dont notamment la masse salariale qui a triplé durant la dernière décennie).La loi de finances pour l’année 2023 prévoit une hausse de 15% du budget de l’Etat à 69,9 milliards de dinars, contre 60,8 milliards de dinars prévus dans la loi de finances rectificative de 2022. En 2023, le gouvernement prévoit un déficit budgétaire de 7.497 MDt, soit 4,7% du PIB, contre un déficit de 9.784 MDt prévu dans la LFR de 2022, représentant 6,8% du PIB. Cet apaisement, en 2023, reflète une hausse plus importante des recettes fiscales (+12,9%) que celle des dépenses de gestion (+2,6%). La loi de finances de 2023 suppose une révision à la baisse de -26,4% des dépenses de compensation à 8,832 milliards de dinars, et ce, grâce notamment à l’allégement de 25,7% des dépenses de compensation consacrées au carburant estimées à 5,669 milliards de dinars contre 7,628 milliards de dinars prévus dans la LFR de 2022.Les dépenses de l’Etat déjà insoutenables semblent incompressibles, constituant véritablement un frein à toute marge de manœuvre en vue d’une relance budgétaire. Le budget de 2023 ne prévoit qu’une révision insuffisante des dépenses d’investissement, qui devront s’établir à 4,692 milliards de dinars, ne représentant que 7% du budget de 2023 et 3% du PIB. En 2023, l’Etat aura un recours massif à l’endettement. Les ressources d’emprunt devront s’élever à 23,490 milliards de dinars,, dont 14,859 milliards de dinars de financements extérieurs. Le service de la dette devrait atteindre un summum de 21,1 milliards de dinars, dont 15,8 milliards de dinars en principal et 5,3 milliards de dinars en intérêts. Un niveau d’endettement inédit. Cette année, la dette publique devrait atteindre 142,1 milliards de dinars, soit 89,2% du PIB, contre 88,8% dans la loi de finances rectificative pour l’année 2022. Cette loi de finances suppose la conclusion de l’accord définitif avec le FMI, qui constituerait la clef pour l’obtention d’autres sources de financement. 

Perspectives

L’économie tunisienne traverse l’une des plus grandes épreuves qu’elle a connue depuis son indépendance. En plus des séquelles sanitaire et socioéconomique de la pandémie Covid-19, la Tunisie, à l’instar des économies mondiales, a dû subir de plein fouet l’onde de choc du conflit russo-ukrainien qui s’est matérialisé par une crise du coût de la vie et par des déficits jumeaux qui s’aggravent. Outre le contexte international morose, la relance économique en Tunisie est de plus en plus une tâche ardue au vu de la baisse des investissements courant la dernière décennie et de la précarité de plusieurs secteurs d’activité, notamment celui de l’agriculture souffrant de la sécheresse et de l’accentuation du stress hydrique et celui d’extraction du phosphate, du gaz naturel et du pétrole, souffrant d’une production toujours en baisse.Les pressions inédites sur la balance commerciale couplées à l’insuffisance des recettes du secteur extérieur (tourisme, transferts des travailleurs à l’étranger) et de l’investissement étranger accentuent les pressions sur les déficits jumeaux (courant et budgétaire) du pays.

En date du 27 janvier 2023, l’agence de notation Moody’s a révisé, à la baisse, les notations à long terme des émetteurs en devises étrangères et locales de la Tunisie de Caa1 à Caa2 et a placé la perspective à négative. Ces notations étaient auparavant en cours de révision pour déclassement.

L’agence américaine justifie sa décision par l’absence de financement extérieur pour répondre aux importants besoins de financement du gouvernement. Le communiqué se réfère notamment à l’accord sur le programme d’appui financier avec le FMI au titre du mécanisme élargi de crédit (Medc) d’une durée de 48 mois et pour un montant d’environ 1,9 milliard de dollars, qui reste à confirmer malgré l’accord obtenu au niveau du personnel depuis le mois d’octobre. Les besoins en financement extérieur et les pressions sur les réserves en devises s’aggravent selon Moody’s. Selon l’agence de notation, davantage de retard dans la finalisation d’un deal avec le FMI pourrait éroder les réserves de devises par le biais de prélèvement pour le paiement du service de la dette. Les conditions de financements intérieurs et extérieurs très stricts et le profil difficile du service de la dette du gouvernement tunisien augmentent les risques de refinancement et compromettent la capacité du pays à assurer le service de la dette, exacerbant, ainsi, les risques de la balance des paiements et augmentant le risque d’une restructuration de la dette.

L’agence précise que les risques pesant sur le profil de crédit de la Tunisie resteront orientés à la baisse, même dans le cadre d’une éventuelle amélioration des perspectives de financements extérieurs, ce qui est cohérent avec la notation Caa2.

Le faible espace budgétaire et la hausse notable des coûts de financement sur les marchés financiers mettront davantage de pression sur les dépenses d’investissement à court et à moyen terme, urgeant les autorités à effectuer des ajustements (à la hausse) plus importants et plus fréquents des prix de produits et services administrés, à libéraliser plus rapidement les prix administrés et à relever les taux d’imposition.Les perspectives d’obtention de financement extérieur restent tributaires de la mise en œuvre rapide et soutenue de réformes qui s’avéreront invariablement difficiles face aux faiblesses de la gouvernance et à l’exposition aux risques sociaux.Le pays, qui a commencé la levée graduelle des subventions généralisées et coûteuses des prix, en procédant à des ajustements réguliers pour aligner les prix nationaux aux prix mondiaux, doit offrir une protection ciblée adéquate aux catégories vulnérables de la population. Les autorités doivent accélérer les réformes structurelles visant à stimuler la concurrence et à créer un environnement transparent et équitable pour les investisseurs, en rationalisant et simplifiant les mesures d’incitation à l’investissement et s’engager dans un programme complet de réformes des entreprises publiques.

(Source : Tunisie Valeurs)

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