Tribune – Conformément à une feuille de route hors des crises multiples pour les décideurs politiques: L’Afrique que nous voulons 

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Par Antonio M.A. Pedro | Secrétaire exécutif par intérim  de la Commission économique pour l’Afrique

La combinaison des chocs — les réactions en chaîne déclenchées par la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine et les graves catastrophes naturelles ont érodé les gains de développement de l’Afrique, mettant ainsi un nombre stupéfiant de 149 millions d’Africains — auparavant non pauvres — au risque de basculer dans la pauvreté. Le nombre croissant de nouveaux pauvres et de personnes vulnérables complique la réduction de l’écart entre les riches et les pauvres. De plus, l’Afrique compte désormais la plus grande proportion de pauvres au monde. Cette situation a inévitablement un impact considérable sur la réalisation des objectifs de développement durable et la vision de l’Afrique que nous voulons.

Les crises, aussi décourageantes soient-elles, offrent une opportunité aux ministres africains des Finances, de la Planification et du Développement économique réunis à Addis-Abeba du 15 au 21 mars 2023 de fournir des efforts concertés pour trouver des solutions concrètes. Le thème, «Favoriser la reprise et la transformation en Afrique pour réduire les inégalités et les vulnérabilités», devrait déboucher sur des actions à long terme pour que le continent puisse avancer vers la prospérité.

D’abord, il est nécessaire de prendre des mesures concrètes pour réduire le coût élevé du commerce. Ceci peut alléger le fardeau de l’accès à des biens abordables pour les ménages pauvres et durement touchés qui sont perdants sur les plans de la santé, l’éducation et d’opportunités significatives. Il est également temps d’accélérer la mise en œuvre de l’accord portant création de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) en tant que levier puissant de réduction de la pauvreté. La promesse de la Zlecaf concerne tous les secteurs économiques, ouvrant une voie nouvelle pour une croissance généralisée. Dans le secteur agroalimentaire, qui est essentiel pour surmonter les vulnérabilités associées à l’insécurité alimentaire pour les plus de 300 millions d’Africains affectés, les estimations de la CEA montrent que le secteur générera 43,3 milliards de dollars américains supplémentaires de revenus commerciaux d’ici à 2045 si la mise en œuvre de l’accord est accélérée. D’autres opportunités abondent dans des secteurs tels que les produits pharmaceutiques, les véhicules et le matériel de transport, les métaux et les produits textiles, l’habillement et le cuir.

Par ailleurs, aucun effort ne doit être ménagé pour intégrer l’action climatique actuelle dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques. Nous vivons les effets dévastateurs des événements climatiques qui ont entraîné la migration et le déplacement de quelque 85 millions de personnes dans la région. La hausse des températures a déjà contribué à réduire d’un tiers la croissance moyenne de la productivité agricole, tandis que les 38 pays côtiers du continent sont confrontés à des menaces climatiques sur leurs économies bleues. La crise climatique n’est pas une question marginale. Elle accentue la pauvreté par son impact sur les vies, les moyens de subsistance et les économies. Les gouvernements peuvent financer le développement par le biais de financements verts innovants, tels que l’investissement dans la séquestration naturelle de carbone qui peut fournir jusqu’à 30 % des besoins mondiaux de séquestration. À 120 dollars américains par tonne de carbone, près de 82 milliards de dollars américains par an peuvent être mobilisés à partir de crédits carbone fondés sur la nature en Afrique.

Avant tout, sortir le continent de ces crises nécessitera de résoudre les erreurs fondamentales qui sous-tendent l’architecture financière internationale et d’agir sur des réformes durables. Selon les termes du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, «les multiples crises d’aujourd’hui aggravent les chocs sur les pays en développement — en grande partie à cause d’un système financier mondial injuste, court-termiste, sujet aux crises et qui exacerbe les inégalités». La réforme du système est essentielle pour réduire le rétrécissement de l’espace budgétaire et permettre aux pays africains d’accéder à un financement à long terme abordable ainsi que de meilleures conditions de prêts des banques multilatérales de développement, dans un contexte de risques croissants de surendettement. Ces fonds sont nécessaires pour un nouveau cycle de croissance durable et un climat d’affaires et d’innovation revigoré. Les fonds sont également nécessaires pour répondre aux besoins les plus urgents des pauvres, par exemple par le biais de mesures de protection sociale. En outre, l’allégement du service de la dette et la restructuration des pays les plus pauvres les plus touchés et l’extension de l’Initiative de suspension du service de la dette (Dssi) du G20 contribueront également à créer l’espace budgétaire pour le type de dépenses urgentes nécessaires.

Les ministres africains ne doivent pas se lasser du travail long et complexe de plaidoyer en faveur d’un cadre commun du G20 modifié. Le continent a besoin d’une restructuration de la dette efficace, accélérée et à grande échelle. En outre, si les banques multilatérales de développement peuvent augmenter le volume des prêts, y compris celui des prêts concessionnels, cela pourrait changer la donne pour les pays en difficulté. Ceci peut être réalisé en augmentant leurs fonds propres, en tirant meilleur parti des capitaux existants et en mettant en œuvre les recommandations de l’Examen du régime d’adéquation des fonds propres du G20, et en réorientant les Droits de tirage spéciaux (DTS) via les Banques multilatérales de développement (BMD). En outre, tant que les pays africains auront besoin de ressources urgentes, la Relance des ODD du Secrétaire général nécessitera également une nouvelle émission de DTS, ce qui entraînera des taux de rendement économique élevés sur le développement durable.

Pour des millions de personnes auparavant non pauvres et pour les pauvres qui luttent contre une vulnérabilité chronique à l’avenir, les décideurs politiques africains peuvent s’inspirer de cette réunion, avant les réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI, pour faire pencher la balance vers un changement significatif et durable.

A.M.A.P.

Secrétaire exécutif par intérim

de la Commission économique pour l’Afrique

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