Conférence internationale “Women Energize Women” | Energies renouvelables : Pour une transition juste et inclusive dans la région Mena

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“Les femmes du secteur de l’énergie dans la région Mena” est un événement qui s’est tenu en marge de la 2e édition de la conférence internationale “Women Energize Women”. Organisé par le ministère tunisien de l’Industrie, des Mines et de l’Energie (Mime) en coopération avec GIZ Tunisie, le  ministère fédéral de l’Économie et de l’Action pour le climat (BMWK) et le ministère fédéral de la Coopération économique et développement (BMZ), cet événement parallèle a permis de mettre à plat les enjeux de la transition énergétique  dans la région Mena et de braquer les lumières sur l’expérience tunisienne  en matière d’intégration de l’approche genre dans le secteur de l’énergie.

Rencontrée en marge de l’événement, Tanja Faller, cheffe du programme Energie et Climat à GIZ Tunisie, est revenue, dans une déclaration accordée à La Presse,  sur le partenariat tuniso-allemand de l’énergie. Elle a affirmé que ce partenariat sectoriel fraîchement renouvelé  a permis de mettre en œuvre plusieurs projets dans les domaines des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Elle a ajouté que la Tunisie dispose d’un grand potentiel en matière de production d’hydrogène vert, un vecteur énergétique qui est désormais dans la ligne de mire  des autorités allemandes. “Il revient au pays qui souhaite exporter l’hydrogène vert de décider s’il veut se positionner sur ce marché. Personnellement, je pense que la Tunisie est dotée d’un grand potentiel dans cette filière. Mais ça reste le choix du peuple et du gouvernement tunisien. C’est une question de création de marché”, a-t-elle indiqué. Faller a, par ailleurs, ajouté que l’intégration de l’approche genre dans le secteur des énergies renouvelables est un gage non seulement d’une transition économique juste et inclusive mais aussi d’une égalité de chances et des opportunités pour tout le monde.

La discrimination entre les deux sexes a la peau dure dans la région Mena

De son côté, Eman Adel, experte en énergies durables et renforcement capacitaire au Centre régional pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique (Recreee), a expliqué que le déséquilibre de genre est un phénomène qui persiste encore dans le secteur, et ce, malgré les avancées timorées qui ont été enregistrées au cours des dernières années. Pour l’experte, le renforcement de la place des femmes dans le secteur de l’énergie passe par leur participation à la prise de décision. Certes, la situation est en train de s’améliorer puisque le pourcentage des femmes occupant des postes de décision est passé de 5% en 2016 à 13,9% en 2022. Cependant, il reste beaucoup à faire pour atteindre la parité et garantir l’égalité des opportunités pour les deux sexes. “Comment les femmes peuvent-elles accéder aux  postes de décision, alors qu’elles n’arrivent pas à faire entendre leurs voix. La photo de famille des chefs d’Etat et de gouvernement qui a été prise lors de la Cop 27, sur laquelle ne figure qu’une  seule femme, est un exemple éloquent de l’absence des femmes dans le processus de prise de décision.  Pour faire entendre notre voix, nous avons besoin d’être impliquées dans les débats et les discussions”, a-t-elle indiqué.

Selon Adel, la discrimination entre les deux sexes dans le secteur de l’énergie a la peau dure dans la région Mena. Et pour cause: des normes sociales de genre bien ancrées. “ Dans le monde arabe, il y a cette image ancrée selon laquelle la femme ne doit pas exercer des métiers exigeants physiquement et même des postes nécessitant ces capacités intellectuelles”, a-t-elle ajouté, précisant que, dans certains pays de la région, cette attitude s’explique parfois par un sentiment de paternité protecteur qui considère qu’une femme doit être traitée comme une reine et ne doit pas donc travailler. Pour l’experte, les femmes doivent prendre conscience du rôle qu’elles jouent dans ces transformations pour qu’elles puissent  transmettre le flambeau aux générations futures. Elle estime que le manque de rôle-modèles dans la région Mena a été un facteur accentuant les inégalités entre les hommes et les femmes. Selon elle, il est important de braquer les feux des projecteurs sur des success stories de femmes qui ont pu réussir dans le domaine de l’énergie, telles que Leïla El Hares, directrice de Siemens Mena, Dr Anhar Higazi, cheffe de l’agence de transition en Egypte, l’ingénieure Maha Mostafa, présidente de Regional Center for Renewable Energy and Energy Efficiency (Rcreee) ou Nada Bostani, ex-ministre de l’énergie libanaise. Ces femmes peuvent servir de modèles inspirants pour les jeunes générations. Adel a ajouté que le renforcement capacitaire via les formations techniques, l’amélioration de l’accès des femmes au financement grâce à des mécanismes spécifiques et l’imposition de la parité, est à même de renforcer la place des femmes dans le secteur des énergies renouvelables. “Autonomiser les  femmes et les impliquer  dans le changement, contribuent à la réduction de  la pauvreté. En Egypte, les femmes représentent 36% des cheffes de famille. Donc, il est important de les autonomiser. De plus, en promouvant la diversité dans le secteur, on stimule la créativité et l’innovation”, a-t-elle indiqué.

L’expérience tunisienne: l’exemple de la Steg

De son côté, Asma Gadhi Bourourou, responsable des ressources humaines à la Steg, a présenté l’état des lieux de la représentativité des femmes dans la société. Les chiffres mettent l’accent sur les progrès qui ont été enregistrés au cours des dernières années en matière de réduction des déséquilibres de genre dans la société mais lèvent aussi le voile sur le chemin encore à parcourir pour atteindre la parité. Selon les données de la Steg, les femmes représentent 20% de l’effectif global de la société, un ratio qui n’a cessé d’évoluer depuis 2010, notamment pour le collège cadre. En termes de pourcentage, les femmes sont mieux représentées dans les directions support que dans les directions Production et Transport. La gent féminine ne représente que 18% des postes managériaux, un taux légèrement inférieur au benchmark international (20%).

Selon la responsable, la Steg a déjà engagé une politique favorisant l’égalité des sexes, via le programme de formation de cadres pour la conception et l’implémentation d’un plan d’action “Gender”. Parmi les mesures phares qui ont été prises dans le cadre de ce programme, Bourourou a évoqué, l’élimination des critères de présélection à tendance discriminatoire en recrutant pour la première fois des femmes dans des postes de “monteuses de ligne”; la mise en place d’un comité et d’une stratégie genre pour garantir l’égalité des chances pour les deux sexes au sein de la société; l’organisation de sessions de formation sur le thème ‘‘Engaging Male for Gender Equality” pour susciter la réflexion sur les conséquences des inégalités du genre qui peuvent entraîner des disparités sur le milieu du travail.

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