Les PPP dans les pays de l’Afrique du Nord (Suite et fin) | Salim Telidji, directeur général de la Caisse Nationale d’Équipement pour le Développement : «Donner un nouveau départ aux PPP en Algérie»

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En Algérie, la Caisse nationale d’équipement pour le développement est une institution du ministère algérien des Finances, chargée du développement et de la prise en charge des PPP. « Notre expérience est assez riche, mais elle est un peu ancienne parce qu’elle date du début des années 2000. Entre 2010-2015, on a essayé de faire avancer les choses pour passer à une étape nouvelle avec un cadre institutionnel et réglementaire dans le domaine», nous annonce Salim Telidji, directeur général de la Caisse nationale d’équipement pour le développement-Algérie.

Comment décrivez-vous l’expérience algérienne en matière de PPP ?

Avant de répondre à votre question, il est important de préciser que la Caisse nationale d’équipement pour le développement est une institution du ministère algérien des Finances, chargée du développement et de la prise en charge des PPP en Algérie.

Donc pour les PPP en Algérie, on a une expérience assez riche, mais qui est un peu ancienne parce qu’elle date du début des années 2000. Notre expérience a été initiée avec les stations de dessalement de l’eau de mer. Ce choix se justifie par les problèmes d’approvisionnement en eau potable et à l’époque, il y avait une urgence de lancer ce type de projets en PPP. Cela a été pratiquement une réussite et il y a plusieurs rapports de la Banque mondiale qui ont attesté de la réussite de ce type de projets.

Ensuite, entre 2010-2015, on a essayé de faire avancer les choses pour passer à une étape nouvelle avec un cadre institutionnel et réglementaire propre aux PPP. Cet objectif est toujours valable, étant donné qu’on travaille toujours sur la mise en place d’un cadre réglementaire convenable pour booster et développer les PPP en Algérie.

Où en êtes-vous aujourd’hui par rapport au reste des pays maghrébins ?

Par rapport à nos amis de la région, maghrébins et même africains, on est un peu en retard. Mais les opportunités ne manquent pas dans ce sens-là, car l’expérience africaine et maghrébine en la matière nous a permis de profiter des avancées et des expériences vécues sur le terrain pendant ces dernières années. D’où l’importance de notre participation à ce type d’événements.

Pour l’Algérie, les PPP s’inscrivent aujourd’hui, comme un objectif stratégique pour le développement des infrastructures. Dans ce cadre, un projet de loi, qui est en cours de validation, va essayer d’asseoir un peu le cadre réglementaire et institutionnel pour donner un nouveau départ aux PPP en Algérie tout en s’inspirant des expériences des pays de la région.

Quelles sont les autres raisons de ce retard?

Cette situation peut s’expliquer par le manque de connaissance de la partie privée, mais aussi publique en ce qui concerne les avantages et les obligations afin d’opter pour les PPP.

D’une manière générale, chez nous, c’est la nécessité qui nous pousse à mettre les cadres réglementaires. C’est-à-dire, lorsqu’il n’y a pas une nécessité, on a la facilité d’opter pour les marchés publics et on préfère le faire encore plus. Sur un autre plan, il existe cette aisance financière avec les revenus des hydrocarbures.

Donc, on n’a pas encore ressenti le besoin d’aller sur un mode un peu complexe, qui nécessite beaucoup d’intervention, d’experts… Des siècles durant, on a opté pour le choix des marchés publics, plutôt que dans le cadre de Projet Public-Privé.

Vous dites donc que la perception est là. Quels seront vos prochains projets en matière de PPP?

On opte pour des projets au niveau des collectivités locales, c’est-à-dire de petits projets.

En Algérie, il y en a beaucoup qui peuvent se faire au niveau des collectivités locales, en partenariat avec le privé. Il y a aussi des projets structurants en ce qui concerne le chemin de fer ou le transport public qui pourraient se faire aussi en mode PPP.Il suffit d’attendre l’approbation du cadre règlementaire qui est en cours de validation pour pouvoir passer à l’action et donner un vrai départ aux PPP dans notre pays car les idées et les projets ne manquent pas, il suffit d’oser le changement.

Aujourd’hui, on a listé l’ensemble des projets qui peuvent être réalisés dans le cadre des PPP et on a préparé les études de faisabilité avec l’assistance de la Banque africaine de développement. Actuellement, on est en train de se préparer et de préparer le terrain même avant la mise en place du cadre réglementaire. On a aussi fait beaucoup de formations pour le renforcement des capacités dans les différents secteurs, avec les ministères, mais également avec tous les acteurs du PPP.

Est-ce qu’il existe encore une réticence de la population algérienne pour ce mode de projet ?

Oui, il y avait cette perception, mais cela ne peut pas perdurer, car l’expérience a, bel et bien, montré le contraire. Pour vous citer un exemple, nous avons des expériences de contrat de management au niveau de l’eau qui ont bien réussi. Donc, en fin de compte, c’est la qualité du service qui a démontré l’efficacité de ce type de projets. Ce qui fait que les citoyens sont convaincus de l’utilité et de l’efficacité des PPP parce qu’ils ont saisi la différence et constaté un résultat concret sur le terrain. A travers ce type de projets, nous avons pu leur proposer des projets réussis où la qualité du service public a été nettement améliorée.

Il est vrai qu’il y a moins de réticences de la part des citoyens, mais il ne faut surtout pas oublier que même s’il s’agit de PPP, ce sont des projets qui passent toujours par l’Etat. Ainsi, le gouvernement est toujours présent et ne laisse pas le privé interagir directement avec la population.

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