Faut-il changer les billets de banque ?

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Editorial La Presse

Malgré la promulgation d’une loi pénalisant les transactions en espèces d’une valeur égale ou supérieure à 5 mille dinars, la fête de l’Aid El Kebir a démontré une forte propension des citoyens aussi bien que des éleveurs à recourir encore à ce mode de paiement cash.

C’est que parmi les facteurs qui n’encouragent pas au décashing en Tunisie, figure le taux de rejet des chèques qui a augmenté de 2,75 % par rapport au premier trimestre de 2022. En effet, bien que les chèques représentent un réel risque pénal pouvant entraîner des peines lourdes de prison en cas de non-paiement, ils détiennent encore 53% des parts du marché comme moyen de paiement favori dans notre pays. Les dernières données de la Banque centrale de Tunisie (BCT) qui ont révélé le faible recours aux moyens de paiement électronique démontrent que la culture du paiement en ligne ou par TPE ne fait pas encore florès dans notre pays. Pourquoi dès lors s’étonner de l’attitude des éleveurs ou des petits épiciers ou commerçants qui exigent du cash si nombre d’entreprises publiques ou d’institutions, à l’instar de la Steg, des bureaux de poste ou des recettes  des finances, n’acceptent pas encore les cartes bancaires. Ne nous voilons pas la face, le recours au cash révèle une politique financière de ces institutions similaire à celle adoptée par les éleveurs qui consiste à pouvoir disposer de l’argent frais pour pouvoir lubrifier leurs caisses et pour être à mêmes d’honorer des engagements envers leurs fournisseurs par le biais de comptes refuges, car ils n’ont souvent pas la possibilité de bénéficier de facilités auprès des banques.

Entre-temps, près de 13 milliards de dinars circulent en dehors du système bancaire en Tunisie. Cet argent sert à financer la contrebande, le commerce parallèle et même l’émigration irrégulière et la traite des humains ! Pour d’autres petits et moyens commerçants, le paiement en ligne ou par TPE pose un problème de transparence et favorise l’évasion fiscale. Il est grand temps de penser à changer les billets de banque pour remettre ce cash dans le circuit bancaire. Il faut des décisions tranchantes et irréversibles en matière de politiques monétaires afin d’encourager l’ouverture de comptes bancaires, surtout en milieu rural et dans les régions défavorisées. L’on se demande d’ailleurs pourquoi le projet de la banque postale a été enterré.

  

  

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