Ahmed el Karm, expert économique et président d’honneur de l’Atcf à La Presse : «Nous pouvons gagner le pari économique»

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Sur le plan économique, 2024 s’annonce comme l’année de tous les défis. Entre impératifs de relance et efforts de stabilisation macro-économique, le gouvernement n’a pas, certes, la tâche facile, mais il est en mesure de se donner les moyens de ses ambitions. C’est en tout cas ce que pense l’expert économique, Ahmed El Karm qui a souligné dans une déclaration accordée à La Presse que la maîtrise des déficits jumeaux constitue l’une des principales priorités économiques pour l’année 2024.

«Les priorités sont toujours les mêmes, il s’agit d’abord d’assurer un assainissement de la situation économique du pays et je pense qu’on a déjà commencé à le faire. Nous avons des embellies en matière de déficit budgétaire qui, je pense, va être inférieur en 2023 par rapport à 2022. Il faut continuer dans toutes les actions nécessaires pour rationaliser les dépenses et éviter un peu les gaspillages et pour également augmenter les ressources de l’Etat sans, pour autant, augmenter les impôts et éventuellement aggraver encore la pression fiscale », a indiqué El Karm.

Il a ajouté que la situation économique du pays dépendra, en 2024, de la maîtrise du déficit budgétaire ainsi que de la situation du paiement extérieur, de l’inflation et de la capacité du gouvernement à impulser des investissements publics. 

Rétablir la confiance

Selon El Karm, il est nécessaire d’améliorer la situation du déficit courant qui commence à se rétablir  grâce principalement au tourisme et aux transferts des Tunisiens résidant à l’étranger. Pour ce faire, il est envisageable d’explorer de nouvelles pistes telles que  la dynamisation de l’exportation des biens et des services ainsi que des exportations novatrices, outre la réduction des importations d’énergie grâce au développement des énergies renouvelables.  « Si nous assurons à la fois l’assainissement du budget de l’Etat et des paiements extérieurs, il sera possible d’avoir des marges de manœuvre pour développer l’économie sur des bases  sereines. Il est aussi question de rétablir la confiance, arriver à maîtriser  l’inflation, assainir tout ce qui est réglementation obsolète et dépassée, digitaliser l’économie à une cadence très rapide… », a-t-il précisé. Et d’ajouter ; « Il y aura un appel assez fort pour que toutes les forces vives du pays (entreprises, travailleurs, société civile, citoyens) se mettent maintenant à travailler dur pour pouvoir effectivement donner à la Tunisie l’image qu’elle mérite dans la sphère internationale. Le maître mot est connu; nous devrons compter sur nous-mêmes  ce qui suppose  des plans d’action bien établis et une adhésion à des actions de réformes qui seront  acceptées par toute la population. Je pense que le pari est un pari que nous pouvons gagner ». 

Créer des stimulants de développement économique

Interrogé sur la question de l’indépendance de la BCT, l’expert a fait savoir qu’il s’agit d’un débat qui ne serait pas stratégique étant donné que la BCT — dont la mission  est de lutter contre l’inflation — est le prêteur en dernier ressort. Et donc, c’est l’institution qui assure l’équilibre financier du pays. « Je pense que la BCT ne laissera jamais le trésor mais il faut organiser les choses d’une manière rationnelle et s’assurer que les financements donnés par la BCT servent réellement à créer des stimulants de développement économique et qu’ils ne soient pas provocateurs d’inflation. La BCT et le gouvernement sont dans une dynamique commune mais chacun dans son rôle.  Je pense que nous avons actuellement d’autres débats largement plus importants pour l’avenir de la Tunisie », a-t-il conclu. 

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