Bulletin de conjoncture économique de la BM : La Tunisie face à un avenir économique incertain

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Alors que la Tunisie cherche à se remettre des impacts économiques de la pandémie de Covid-19, le ralentissement de la croissance, l’incertitude liée à la sécheresse et les réformes structurelles en cours sont autant de facteurs qui influent sur son avenir économique.

La Tunisie, pays situé au carrefour de l’Afrique du Nord, a longtemps été un modèle de stabilité économique dans la région. Cependant, les récentes données de la Banque mondiale révèlent une réalité économique complexe. Le dernier bulletin de Conjoncture économique de la Banque mondiale offre un aperçu approfondi des perspectives de croissance en Tunisie, exposant les défis majeurs auxquels le pays est confronté en matière de financement extérieur et de réformes structurelles. Ce rapport plonge dans les chiffres et les données pour comprendre la réalité des défis actuels et futurs.

Un ralentissement de la croissance anticipé

Selon les données de la Banque mondiale, la Tunisie fait face à un ralentissement significatif de sa croissance économique. En 2023, la Banque mondiale prévoit une croissance du PIB de seulement 1,2 %, marquant une nette baisse par rapport aux années précédentes. Cette situation découle de plusieurs facteurs, dont les performances économiques enregistrées au premier semestre de 2023, les conditions difficiles liées à la sécheresse qui a frappé durement l’agriculture, ainsi que l’incertitude entourant le financement de la dette et le rythme des réformes structurelles prévues par le gouvernement.

Selon les projections, le PIB réel en 2023 serait encore inférieur de 1,3 % à son niveau d’avant la pandémie de Covid-19. Toutefois, la Banque mondiale évoque une lueur d’espoir pour l’année 2024, avec une croissance prévue de 3,0 %, sous réserve d’une atténuation de la sécheresse. Cette légère reprise permettrait à l’économie tunisienne de viser une croissance annuelle de 2,4 % au cours de la période post-Covid. Cependant, ces prévisions restent modestes, reflétant une économie freinée par des faiblesses structurelles préexistantes et par l’incertitude entourant les conditions de financement.

Risques importants à la baisse

La Banque mondiale souligne que les prévisions de croissance pour 2024 sont soumises à des risques importants à la baisse. Ces risques sont liés à l’évolution de la sécheresse, au rythme des réformes structurelles prévues par le gouvernement et aux conditions de financement. Si la Tunisie n’adopte pas des réformes budgétaires décisives favorables à la concurrence, ou si le financement disponible n’est pas suffisant pour couvrir les besoins extérieurs, les projections de croissance pour 2024 pourraient être nettement revues à la baisse. Cette situation pourrait entraîner une pénurie de devises, un rationnement des importations et potentiellement une dépréciation du dinar, ce qui aggraverait les pressions inflationnistes existantes.

En ce qui concerne les déficits budgétaire et courant, les données de la Banque mondiale indiquent une amélioration prévue. Le déficit budgétaire devrait diminuer légèrement pour atteindre 5,6 % du PIB en 2023, par rapport à 6,6 % en 2022. Cette réduction s’explique principalement par la compression des dépenses, notamment la masse salariale et les subventions des produits de base, qui bénéficieront de la baisse des prix internationaux.

Quant au déficit courant, il devrait également diminuer considérablement pour s’établir à 4,0 % du PIB en 2023, en raison de la vigueur des exportations de voyages, de l’amélioration des termes de l’échange et de la compression continue des importations.

“Les déficits jumeaux de la Tunisie devraient être plus modérés grâce à des prix plus favorables des matières premières et à une certaine compression des dépenses. Le déficit budgétaire devrait diminuer quelque peu pour atteindre 5,6 % du PIB en 2023 (contre 6,6% du PIB en 2022)… Le déficit courant devrait se réduire considérablement pour s’établir à 4,0% du PIB en 2023 (contre 8,6 % en 2022)… Cependant, la hausse des prix du pétrole depuis juillet 2023 présente un risque évident d’aggravation tant pour la balance budgétaire que pour la balance extérieure”, souligne le document.

Dépendance accrue au financement extérieur

Malgré la réduction des déficits, la Tunisie devrait faire face à une augmentation significative de ses besoins de financement extérieur en raison de l’amortissement de la dette. Près des deux tiers du financement nécessaire devront être consacrés à l’amortissement. Cela renforce la dépendance de la Tunisie à l’égard des sources de financement extérieur, qui devraient représenter environ 57 % du financement total.

“Malgré la diminution des déficits, les besoins bruts de financement devraient encore augmenter pour atteindre 16,0 % du PIB en 2023 (contre 12,6 % en 2022), principalement en raison de l’augmentation de l’amortissement de la dette. En fait, près des deux tiers du financement devraient être consacrés à l’amortissement, puisqu’un montant important de la dette arrive à échéance à la fin de l’année. Si cela contribue à réduire quelque peu le niveau de la dette publique (de 79,8 % en 2022 à 76,9 % du PIB en 2023), cela accroît également la dépendance de la Tunisie à l’égard des sources de financement extérieures, qui devraient représenter environ 57 % du financement total… Les IDE resteraient stables et les investissements de portefeuille minimes, les prêts souverains devraient encore couvrir les besoins de financement extérieur alors que la Tunisie continue d’être privée d’accès aux marchés de capitaux internationaux. ”, explique encore le document.

La même source indique que l’absence d’un programme du FMI soulève des incertitudes quant au financement extérieur, et qu’il est crucial de déterminer comment cela affectera la Tunisie. Bien qu’un accord ait été conclu avec les autorités tunisiennes en octobre 2022 en vue d’être soumis au conseil d’administration du FMI, ce programme n’a pas été finalisé, ce qui ajoute une couche supplémentaire d’incertitude.

Et d’ajouter que si la Tunisie parvient à accélérer le rythme des réformes et à maintenir un niveau de financement suffisant, une légère reprise de la croissance à moyen terme est anticipée, ainsi qu’une stabilisation des déséquilibres macroéconomiques et budgétaires. Cette reprise pourrait permettre à l’économie de converger vers une trajectoire de croissance à long terme, tout en réduisant l’inflation et améliorant les conditions de financement.

“Nous nous attendons à ce que l’économie accélère légèrement son rythme de croissance pour atteindre 3 % en 2025–2026. Cela impliquerait une lente convergence vers le milieu des années 2030 vers la trajectoire de croissance à long terme, dont l’économie s’est écartée pendant la crise du Covid-19. Nous prévoyons une légère diminution de l’inflation en raison de l’écart de production relativement important post-Covid et des légères augmentations des salaires publics suite à l’accord gouvernement-Ugtt de l’année dernière”, souligne le document.

En conclusion, les données de la Banque mondiale soulignent les défis économiques auxquels la Tunisie est confrontée et appellent à des réformes structurelles et à un financement adéquat pour stimuler la croissance et garantir la stabilité économique. La Tunisie doit travailler activement sur plusieurs fronts pour restaurer la confiance des investisseurs, encourager l’innovation et garantir la durabilité économique à long terme.

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