“La Villa Baizeau à Carthage”: La pratique de Le Corbusier, héritage et contemporanéité

4,345
Portrait Lucien Baizeau

A partir du mois de janvier, un événement d’une importance majeure autour de “La Villa Baizeau à Carthage” de Le Corbusier et Jeanneret aura lieu à Tunis. Plusieurs protagonistes se sont joints pour mettre sous les projecteurs une pièce unique et pour démontrer la valeur historique de la villa, de sorte que sa restauration et sa transformation en une œuvre ouverte puissent être entreprises. Un événement qui s’étalera sur les 4 mois à venir.

 

C’est une villa de vacances édifiée entre 1928 et 1930 sur la colline Sainte-Monique à Carthage, sur commande de Lucien Baizeau, entrepreneur de travaux publics installé à Tunis (Schwich & Baizeau). Elle est le seul projet architectural que Le Corbusier ait conçu en Afrique et qui fut nationalisée à l’indépendance pour sa proximité avec le nouveau palais présidentiel de Bourguiba. Inaccessible, à quelques exceptions près (architectes ou universitaires), cette villa fait l’objet d’un grand intérêt auprès des amateurs d’architecture et de Le Corbusier. Pourtant, jusqu’à ce jour, aucune exposition n’a fait état de cette construction figurant pourtant dans les œuvres complètes de Le Corbusier. Et c’est autour de cet édifice que tout un événement a pris forme et auquel plusieurs partenaires ont pris part.

 

Actualité d’architecture simple

Il s’agit d’une exposition d’architecture intitulée Actualité d’architecture simple qui sera inaugurée le 15 janvier 2024 à l’espace le 32bis. L’exposition et le catalogue sous la direction de Roberto Gargiani sont le premier événement qui traite de la Villa Baizeau. Le contenu explore l’aspect historique, le contexte, la relation entre Le Corbusier et Lucien Baizeau, avec un portrait inédit de ce dernier.

“Avant notre initiative, d’autres avaient consacré des études à la villa. Nous avons essayé d’offrir une image historique la plus complète possible des événements qui ont conduit à sa réalisation, de la manière dont elle a été conçue, de sa construction et de son utilisation au fil des ans. Et ceci dans l’espoir d’avoir rassemblé une documentation suffisante pour démontrer la valeur historique de la villa, de sorte que sa restauration et sa transformation en une œuvre ouverte puissent être entreprises”, s’exprime-t-il. Le but de l’événement est précisément d’attirer l’attention du public sur la valeur historique d’une villa à rendre visible, afin que chacun puisse commencer à réapprendre les principes essentiels d’une architecture simple et universelle que cette petite et prestigieuse œuvre de Carthage est encore aujourd’hui en mesure de véhiculer dans le monde.

Roberto Gargiani a souhaité introduire une dimension contemporaine en questionnant des architectes et leur interprétation des principes architecturaux corbuséens. Cette dimension a suscité la volonté de créer un colloque au sein de l’Ecole nationale d’architecture et d’urbanisme et d’aborder avec les étudiants la situation et le futur de l’habitat collectif en Tunisie.

Ainsi, l’unique villa de Le Corbusier en Afrique pourra devenir l’occasion d’échanges culturels qui concernent tous les pays de la Méditerranée, pour réfléchir aux enjeux de nos sociétés et envisager l’avenir de nos modes d’habiter.

Exposition d’art contemporain

Outre l’exposition architecturale, une autre d’art contemporain aura le 16 janvier à la chapelle Sainte-Monique (Ihec) Carthage sous la direction de Myriam Ben Salah et Aziza Harmel.

Portrait Le Corbusier

 

Les commissaires Myriam Ben Salah et Aziza Harmel ont invité six artistes contemporain.e.s à proposer des œuvres —projets existants et nouvelles commissions— qui répondent aux particularités de la Villa Baizeau et aux problématiques conceptuelles que cet objet architectural pose : l’inaccessibilité de son site, sa nationalisation précoce, la symbolique d’une villa carthaginoise dans un contexte de crise économique sévère, et enfin sa particularité dans la carrière-même de Le Corbusier. A travers des pratiques spéculatives, l’exposition propose un accès imaginaire à la villa, une fiction qui prend pour point de départ la position du regardant, depuis la chapelle Sainte-Monique. L’exposition agit comme un contrepoint à la présentation architecturale du 32bis en examinant la pratique de Le Corbusier à travers le prisme critique du contexte post-colonial. Les artistes participants sont Yesmine Ben Khelil, El Warcha, Niloufar Emamifar, Mohamed Harmel, Vlatka Horvat, Natascha Sadr-Haghighian.

De la Villa Baizeau à la problématique du logement en Tunisie

Quant au colloque qui se tiendra à l’école nationale d’architecture et d’urbanisme du 16 au 19 janvier, il vient apporter le cadre scientifique et la dimension experte pour Questionner le logement en Tunisie De la volonté de faire reconnaître la Villa Baizeau comme valeur patrimoniale, à l’échelle nationale comme internationale, et lors de la conception de l’exposition et du livre qui l’accompagne, est apparue, comme une évidence, la nécessité d’organiser un colloque de réflexion sur la problématique du logement en Tunisie.

Pourquoi un pays riche d’une tradition multimillénaire en termes d’habitat se retrouve-t-il aujourd’hui face au mur quant à sa capacité à résoudre le problème du logement du plus grand nombre ?

Comment les expériences qui ont émergé avant même l’indépendance nationale, et qui se sont consolidées après son avènement, n’ont-elles pas permis d’aboutir à une production de logements cohérents avec les besoins de la population, son environnement naturel et ses habitudes culturelles ? Ce colloque a été programmé en deux volets : Le premier : un cycle de conférences/tables rondes où d’éminents intervenants, tunisiens et étrangers présenteront leurs réflexions, leurs expériences, leurs questionnements et leurs visons.

 

Le second volet : une série de cinq ateliers qui seront une sensibilisation au thème et un terrain d’expérimentation pour des groupes d’étudiants de 5e et 6e années (20 étudiants par groupe en moyenne). Ils seront encadrés par des équipes mixtes d’architectes invités et d’architectes enseignants chercheurs de l’Enau. L’objectif des ateliers est de développer une réflexion/proposition sur des sujets d’actualité qui concernent le logement, les modes d’habiter et leur impact urbain.

Les Promenades

Villa Baizeau en cours de construction

architecturales

Il s’agit de Visites Guidées dans la ville de Tunis qui auront lieu un samedi sur deux durant la période d’exposition du 15 janvier au 15 mai 2024.

La Villa Baizeau de Le Corbusier, objet de ce programme d’exposition, n’est pas l’unique exemple de l’architecture moderne en Tunisie. “Nous avons souhaité programmer des visites guidées, assurées par Docomomo Tunisie, dans les quartiers emblématiques de la modernité architecturale et urbaine. Des quartiers El Menzah à la Cité Mahragène, ces visites sont conçues pour offrir un regard approfondi sur le logement moderne de l’après-guerre, développé par plusieurs institutions, couvrant la période allant de 1943 à 1955, et son développement ultérieur après l’indépendance de la Tunisie, de 1960 à 1970”. Ce programme est une volonté de préservation de cet héritage précieux et de partage avec les générations actuelles et futures.

Architecture au cinéma

Dans le cinéma, l’architecture peut parfois jouer un rôle central, voire prendre la forme d’un personnage à part entière. Des films ont été réalisés dans des projets architecturaux de renom, tandis que d’autres ont critiqué l’architecture et le mode de vie d’une époque.

Ateliers

Dans le cadre du programme d’expositions autour de la Villa Baizeau, et en continuité avec le cycle de conférences et d’ateliers qui auront lieu à l’Enau, Zeineb Ben Haouela (fondatrice de Glibett) a imaginé un atelier créatif autour de la Villa Baizeau, adressé au jeune public, mettant en lumière l’héritage laissé par le célèbre architecte, et sa place dans notre identité tunisienne et méditerranéenne. Cet atelier organisé tous les samedis durant la période d’exposition du 15 janvier au 15 mai 2024 pour un jeune public à partir de 8 ans, un autre atelier est également proposé au public autour de Le Corbusier, figure emblématique de l’architecture du XXe siècle, qui a laissé un héritage complexe et novateur. Son univers, souvent qualifié «d’inexprimable», transcende les mots conventionnels pour exprimer une vision avant-gardiste où la fonctionnalité, la simplicité et l’harmonie sont au cœur de sa démarche.

Cet atelier offre aux participants une opportunité unique d’explorer cette vision créative audacieuse et à éveiller leur curiosité sur l’architecture. Ils seront invités à se confronter à la notion d’ordre versus désordre, à explorer les cinq points de l’architecture moderne et à appréhender les spécificités uniques de la Villa Baizeau, comparées à d’autres œuvres de Le Corbusier.

2 Commentaires

  1. Abidi

    22/12/2023 à 16:11

    Bonsoir,je suis certain que si cette œuvre était d’un architecte tunisien on l’aurait tourné en dérision mais puisque c’est celle d’un étranger cela devient la huitième merveille du monde et bien sûr on trouvera mille et une personne pour expliquer l’inexplicable et pour démontrer au ignares que c’est une œuvre unique et que seul qui ont vécu l’histoire de l’habit du roi comprendront

    Répondre

  2. Anacharsis

    27/12/2023 à 11:38

    Le choix d’une autre maison que la villa de Ste Monique est-il délibéré ou non??
    Pour le lecteur de l’article c’est une source de confusion incompréhensible.
    Pourquoi un tel choix ?

    Répondre

Laisser un commentaire