Grandes cultures : Un rendement mi-figue, mi-raisin

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Les grandes cultures sont de plus en plus affectées par le changement climatique comme le montre le rendement de la récolte céréalière qui ne cesse de faiblir d’une année à l’autre. Cette année, et bien que la saison des grandes cultures ait démarré sous de bons auspices après les premières pluies de fin d’automne, elle risque, comme l’année dernière, de s’achever en queue de poisson, à cause du manque de pluie enregistré au cours des mois de mars et avril.

Soucieux, les agriculteurs craignent que la récolte prévue mi-juin soit mauvaise notamment pour les cultures céréalières en régime pluvial qui ont subi des dommages considérables, à cause de la faiblesse et de l’irrégularité des précipitations observés depuis le début de l’année en cours.

Pas plus tard que la semaine dernière, des agriculteurs de Jendouba ont organisé un sit-in devant le siège du gouvernorat pour réclamer aux autorités de mettre à leur déposition le quota d’eau d’irrigation auquel ils ont droit, afin de pouvoir sauver leur récolte qui s’annonce mauvaise à cause des dommages provoqués aux grandes cultures en pluvial et irrigué, situées dans les gouvernorats du Nord-Ouest. Les protestataires reprochent notamment aux autorités d’avoir, comme d’habitude, privilégié la distribution d’eau potable à la population en privant les agriculteurs de cette ressource essentielle et vitale pour le rendement de leurs champs.

Pourtant, la saison agricole, dont le démarrage a été tardif, s’annonçait prometteuse du fait des quantités importantes des précipitations enregistrées au cours des mois de janvier et de février qui ont encouragé les agriculteurs à procéder à l’emblavement d’un million d’hectares.

Risque d’échaudage

Mais la quasi absence de pluie au cours du mois de mars a changé la donne. L’absence de précipitations et l’élévation des températures accompagnées d’un épisode de chaleur ont occasionné des dommages importants à une grande partie des cultures pluviales des régions du Nord-Ouest (dans le sud de ces régions) dont le rendement est essentiellement tributaire de la régularité des précipitations.

Comme toutes les plantes, le développement des céréales passe par différents stades, explique l’expert Ali Mhiri, ingénieur agronome et auteur du livre «L’Agriculture tunisienne à la croisée des chemins. Quelle vision pour une agriculture durable?». La montaison et l’épiaison, qui sont des étapes importantes dans le cycle de croissance des cultures de céréales, coïncident généralement avec le mois de mars, mais peuvent survenir plus tardivement en fonction des dates des semis qui varient en fonction des régions, de la nature du sol, et des précipitations.

Les cultures de céréales, qui ont été plantées cette année, sont, encore une fois, exposées au risque d’échaudage à cause du manque de pluie et des épisodes ponctuels de sécheresse. «A l’instar des autres plantes, il existe différents stades dans le développement des céréales, relève Ali Mhiri. Le semis, la levée, la montaison avec le tallage, l’épiaison et la floraison des graines ont généralement lieu au cours du mois de mars.  En l’absence de pluie, le risque d’échaudage est élevé dans le semi-aride inférieur des régions de Jendouba, Kef, Siliana, Gaafour, Béja, Mateur… dans le sud notamment de ces zones. Si l’engrais n’arrive pas à atteindre le haut de la plante à cause du manque d’eau, cela peut entraver la multiplication des graines dans les épis et leur remplissage».

Les quotas d’eau d’irrigation insuffisants

Malgré les promesses des autorités de fournir aux exploitants agricoles les apports en eau nécessaires pour favoriser le développement et la croissance des variétés de céréales, ces derniers n’ont pas reçu le quota d’eau complémentaire prévu au cours du mois de mars.

Dans la région de Jendouba, quelques agriculteurs ont reçu l’équivalent de trois à quatre jours, un volume largement insuffisant pour garantir un rendement efficient des dernières phases de développement de leurs cultures. Si les autorités n’interviennent pas d’urgence pour fournir à ces céréaliculteurs les quotas d’eau nécessaires afin de sauver ce qui peut être sauvé, les répercussions risquent d’être, encore une fois, désastreuses sur la récolte prévue pour le mois de juin prochain. «S’il ne pleut pas d’ici la fin de ce mois, le rendement des grandes cultures céréalières risque de chuter de 30 à 40%», note l’ingénieur agronome qui pointe du doigt un autre problème non moins épineux, à savoir celui du conflit d’intérêt autour de l’exploitation des nappes souterraines qui oppose les habitants, les agriculteurs et les sociétés de production et d’exploitation des eaux minérales. «Le manque de pluies et la fréquence de la chaleur ont de nombreuses conséquences, à savoir la surexploitation des nappes souterraines dont le niveau est en train de baisser. Aujourd’hui, à cause de la faiblesse des précipitations qui a entraîné un assèchement progressif des nappes, des conflits surgissent entre les agriculteurs, les habitants et les sociétés de production d’eau minérales autour de l’exploitation de ces dernières», fait-il remarquer.

«D’’un autre côté, le faible taux de remplissage des barrages va contraindre les autorités à restreindre l’exploitation des cultures qui consomment beaucoup d’eau. La situation est, en effet, inédite pour les barrages. On trouvera, cette année, moins, de légumes et de fruits sur les étals de marchés», conclut l’expert agricole.

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