Réforme du système éducatif : La dimension humaine, ce maillon manquant !

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L’un des aspects les plus occultés de la réforme de l’enseignement demeure le personnel administratif et d’encadrement. Pour tout dire, la dimension proprement humaine. Sans une restructuration à la base, il ne sera pas possible de parler de modernisation ou de rénovation des méthodes d’enseignement. 

Chaque fois que l’on évoque la question de la réforme, on ne pense qu’au temps scolaire, aux techniques pédagogiques, aux activités parascolaires, etc. Tous ces aspects ont été passés en revue dans les multiples consultations organisées il y a de cela près d’une décennie. On n’attend que leur mise en œuvre. Et au plus vite tant qu’à faire.

Encadrer le personnel… d’encadrement !

Certes, tous ces enjeux et d’autres sont à prendre en compte. Mais le côté humain et relationnel doit prévaloir et peser de tout son poids. On déplore, aujourd’hui, dans tous les établissements d’enseignement un manque flagrant de ressources humaines et particulièrement le volet formation continue, recyclage et mise à jour des personnels concernés.

En premier, il s’agit de la pénurie d’enseignants. Ensuite, il y a les différents autres postes comme les surveillants, les cadres administratifs, les conseillers pédagogiques ou les spécialistes en psychologie et en assistance et orientation, etc. A l’absence de ces personnels, il faut ajouter ceux qui devraient être chargés du gardiennage.

Justement, comment peut-on imaginer un établissement scolaire sans la moindre surveillance ? Si cela était, peut-être, possible il y a quelques années, il ne l’est plus actuellement. Les données ont totalement changé et les comportements se sont bouleversés de fond en comble. A un certain moment, les institutions scolaires bénéficiaient d’un relatif respect. Ce qui n’est plus le cas maintenant. Bien plus, ce sont ces lieux-là qui sont visés par tous les actes de vandalisme, de vols, de violence et de violations.

A preuve, ces nombreuses agressions commises à l’intérieur des établissements scolaires ou à proximité. Comment des élèves peuvent-ils s’armer de couteaux et les introduire dans le collège ou le lycée et, pis encore, s’en servir pour commettre des agressions ? De plus, comment expliquer ces innombrables violations des établissements scolaires et les vols qui y sont commis impunément ?

Laisser des institutions sans gardiens est totalement absurde. Les dégradations occasionnées et les préjudices causés par des inconnus dépasseraient les coûts de recrutement de gardiens. L’enjeu est de taille, surtout s’il s’agit de vol ou de destruction de documents importants, notamment en période de préparation des dossiers du bac. Une démission incompréhensible !

C’est comme si la société tunisienne était devenue allergique au Savoir. En effet, les nobles valeurs auxquelles on croyait au début de l’indépendance ont laissé place à un esprit individualiste et matérialiste. L’environnement social immédiat offre un profil tout à fait différent de celui dont on pouvait rêver.

Etre à l’écoute

Nos enfants, une fois scolarisés, n’appartiennent plus à leurs parents. Ils sont livrés à eux-mêmes et à divers réseaux (trafiquants de drogue, délinquants, embrigadement idéologique, prosélytisme politique ou religieux extrémistes…).

On n’oubliera pas, outre mesure, l’impact dévastateur des médias à travers les feuilletons diffusés sur nos chaînes TV ou les réseaux sociaux. Le degré de violence (verbale ou matérielle) qu’ils charrient est suspect. C’est pourquoi on a l’impression que nos enfants sont déconnectés du réel. Le monde virtuel dans lequel ils baignent les transforme, quasiment, en êtres insensibles et sans âme.

Or, pour améliorer les conditions de travail dans les établissements scolaires, il suffit  de penser à mettre à disposition les effectifs humains nécessaires en nombre suffisant. Il faut, en outre, leur assurer une formation continue de manière à les préparer à mener à bien les tâches qui les attendent et encadrer les élèves de la meilleure façon.  En effet, les rapports qui existent (si tant est qu’ils existent) entre les élèves et l’ensemble des personnels éducatifs, ainsi qu’avec les enseignants et les parents laissent à désirer.

Le personnel doit être formé selon les rôles qu’il doit remplir. On ne recrute pas n’importe qui pour l’affecter à un poste donné. Il n’est plus acceptable de voir un(e) surveillant(e) crier et vociférer dans la cour pour imposer l’ordre ou le calme. Quant à l’accueil et l’écoute des autres intervenants, ils doivent être à la base de toute réforme.

Il ne faut pas croire que l’enseignement supérieur est à exempter de ces reproches. Tout comme les personnels des autres niveaux d’enseignement, ceux du supérieur semblent avoir érigé un mur entre eux et la masse des apprenants. Effectivement, le courant ne passe pas entre ces parties. On peut expliquer cet état des choses par plusieurs raisons. En particulier l’absence totale de formation pour ce rôle. Parfois on impute cette déconnexion à l’ignorance ou à l’incompétence.

En effet, nos jeunes ne trouvent pas une oreille attentive de la part des différents personnels administratifs. Soit parce que ces derniers ne disposent pas de l’information, soit qu’ils ne sont pas d’humeur à communiquer. C’est ainsi que des établissements d’enseignement supérieur organisent des séminaires, des événements ou des manifestations culturelles, scientifiques, économiques, etc, sans que la majorité des étudiants en soient avisés.

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