Se protéger de la boîte de Pandore numérique !

2,510
Editorial La Presse

 

Nul n’ignore aujourd’hui les méfaits des  réseaux sociaux  qui sont devenus une menace  pour la santé mentale publique et pour la cohésion de la société. Le monde entier s’interroge sur cette boîte de Pandore des temps modernes et de la manière dont il faut limiter ses dégâts. Des spécialistes en psychologie et en sociologie ont mis en garde, cette semaine, contre les idées erronées prônées par ceux qui se disent coachs en développement personnel pour atteindre le bonheur… à travers les réseaux sociaux bien entendu.   

Les spécialistes ont souligné, lors d’une conférence organisée par la Société tunisienne de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent (Stpea) sur le thème “Confort psychologique”, que les idées véhiculées par ces personnes via les réseaux sociaux et largement reprises par les internautes sont trompeuses puisqu’elles ne contribuent nullement au bonheur.

Les réseaux sociaux regorgent, en effet, de contenus sur la manière d’atteindre le bien-être. Parmi les erreurs courantes, selon la sociologue et anthropologue Meryam Salami, l’homme doit se mobiliser pour mettre en valeur ses réussites et dynamiser son potentiel. Or «l’homme est composé d’éléments antagonistes : force et faiblesse, petitesse et grandeur…»

Elle a ajouté que les coachs en développement personnel appellent à la nécessité d’éviter les personnes négatives afin de se préserver. Cette recommandation est grave, a-t-elle dit, car elle encourage la rupture, la séparation et l’éloignement des autres, rejetant ainsi le principe de solidarité, de coopération et d’entraide.

L’initiative de la société tunisienne de psychiatrie est à saluer. Et  même si elle est tardive, mieux vaut tard que jamais. Le ver n’est pas complètement dans le fruit  à notre sens  puisque nous partons du principe que le tissu social de la Tunisie est encore solide et que le Tunisien est par nature sociable et tolérant. Mais une seule initiative de ce genre ne suffit pas. Pourquoi ? Parce qu’à l’instar de plusieurs pays développés qui ont détecté cette menace «lobotomisante» des réseaux sociaux, la Tunisie est appelée à accorder beaucoup plus d’importance à ce phénomène en multipliant par exemple les rencontres de think thanks pour imaginer  des solutions possibles ou en proposant une stratégie éducative pour apprendre à titre d’exemple aux enfants et aux adolescents de quelle manière de lire  une vidéo et comment distinguer le bon grain de l’ivraie dans ce capharnaüm numérique.

En outre, les académiciens et les chercheurs sont appelés aujourd’hui à travailler sur ces profondes mutations sociales dues aux réseaux sociaux et les transformer en débat public. Le résultat de ces recherches ne doit pas rester dans les laboratoires et les universités mais se transformer en force de proposition pour éclairer les  décideurs  et protéger nos jeunes contre l’effritement de leur personnalité.

Laisser un commentaire