Mes Humeurs: L’homme-livre

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Résumer la vie active de Bernard Pivot ? Seuls les nombreux écrivains qui l’ont longtemps fréquenté ou ceux qui lui doivent leur notoriété peuvent s’acquitter convenablement de cette tâche impossible.

Bernard Pivot a lancé à la télévision publique des émissions littéraires. Il a créé des championnats d’orthographe et des dictées qui remportèrent un immense succès populaire ; l’homme-livre est décédé lundi 6 mai ; comme un tonnerre à répétition, le bruit de sa disparition s’est aussitôt fait entendre dans toutes les sphères où le livre garde sa valeur. Radios, télé, journaux de l’Hexagone et des pays francophones ont célébré sa mort comme il se doit : avec respect, déférence, admiration et même de la vénération.

Chaque lecteur, fidèle aux émissions littéraires, avoue une dette envers l’homme qui a animé pendant 40 ans des émissions culturelles ; mais comment, dans la multitude d’émissions, d’hommages, parler de celui qui a fait aimer le livre ? En gardant dans sa mémoire une ou deux anecdotes, en racontant un passage ou deux visages, invités dans ses émissions, en se remémorant une séquence ou deux de ses humeurs, de décrire les attitudes des écrivains célèbres de la pensée, invités. En reprenant simplement quelques mots, quelques phrases, des moments qui ont fait date dans l’histoire d’«Apostrophes», son émission de référence qu’il a présentée pendant 15 ans, de 1975 à 1990.

Dire qu’il aimait les livres et les faisait aimer par les téléspectateurs est un euphémisme, à l’une des ses émissions, son ami, l’écrivain Jean d’Ormesson ( qui fut le plus fréquent invité par l’animateur), a pris sa place pour poser une question du questionnaire de Proust que Pivot avait introduit dans son émission «Quel est le son, le bruit que vous aimez ?». Réponse de Pivot «le son très discret des pages que je tourne en lisant un livre ou le son aussi discret du stylo sur la feuille». Ainsi, stylo et pages, lecture et écriture furent le sens de sa vie. Lui, lisait plus de 10 heures par jour c’est pour cela qu’un bon lecteur doit avoir de bonnes fesses, disait-il, ou encore les gens qui lisent sont moins cons que les autres, c’est une affaire entendue ou, ou… le florilège (il préférait ce mot à l’anglicisme Best of).Son mot préféré ? «le mot Aujourd’hui, avec une apostrophe au milieu». Remarquable ! L’apostrophe (un détail où le diable pourrait se cacher et surtout le mot est en rapport au titre de son émission). La saveur des mots est, pense-t-on, contagieuse : mercredi dernier 8 mai, à la Grand Librairie, l’animateur actuel Augustin Trapenard a invité son prédécesseur et producteur de l’émission à rendre hommage à Pivot. François Busnel a clos l’émission par un mot (préféré) adressé à Pivot : «Gratitude». C’est beau comme un livre, vrai comme une citation.

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