En prévision de la saison estivale: Assainissement tous azimuts du littoral

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La dernière visite effectuée par le Chef de l’Etat dans la cité côtière de Hammamet semble avoir sonné le glas des abus dont souffrent nos plages. Il était temps.


A pareille période de chaque année, nos plages commencent à s’offrir leur toilette pour se débarrasser des séquelles engendrées par la rigueur d’un hiver généralement coléreux qui a appris, depuis la nuit des temps, à jeter son dévolu sur le littoral, causant, entre autres dégâts, l’érosion du sol, la démolition de murs et l’amoncellement de déchets déversés par l’avancée ravageuse des vagues. Ce décor maussade imposé par les caprices de Dame nature a toujours constitué un grand défi pour l’Etat qui, par obligation de résultat, fait tout pour le relever, afin de réussir la saison estivale et, conséquemment, assurer de beaux jours à l’un des piliers de l’économie nationale qu’est le tourisme. Pour l’été 2024, on ne dérogera pas à la règle, avec cependant un plus à marquer d’une pierre blanche, à savoir le renforcement de la lutte contre les constructions anarchiques érigées illégalement sur les plages. Il est vrai que ces constructions ont essaime’, ces derniers temps, aidées en cela par le laxisme des uns et la complaisance des autres. «A-t-on pensé aux conséquences fâcheuses de ce laisser-aller ?», s’inquiète Noureddine Lahmedi, un habitant de La Goulette qui évoque «un véritable fléau vieux de plus d’une décennie et qui fait mal non seulement à l’environnement et à l’autorité de l’Etat, mais aussi et surtout à la santé du citoyen, étant donné qu’on expose à la vente, à ciel ouvert et en pleine canicule, des produits de consommation qui échappent généralement à tout contrôle microbiologique».

Pour M. Yassine Mami, président de la commission du tourisme à la Chambre des représentants du peuple (ARP), «il est vraiment temps de mettre un terme à l’exploitation illégale des plages. Personnellement, poursuit-il, je suis impliqué corps et âme dans ce combat, avec la collaboration des autorités régionales et locales de Hammamet et des différents autres départements concernés», mettant en exergue notamment les grands efforts fournis dans ce sens par l’Agence de protection et d’aménagement du littoral (Apal).

Celle-ci a fait du travail sur le terrain son cheval de bataille. Son président, Mehdi Belhadj, a réaffirmé, lors de sa récente tournée des plages du Cap Bon, la volonté de son département de soutenir efficacement tous les efforts déployés pour améliorer l’environnement du littoral du pays, particulièrement dans les domaines de l’érosion du sol, de l’assainissement des eaux usées et de l’exploitation commerciale des côtes.

Quid de la loi 1847 ?

Justement, par quoi expliquer le fait, fort bizarre, de voir des points de commerce (cabines, box, restaurants..) continuer de pousser illégalement sur le littoral durant l’été ? Slim Ghodhbani, directeur général d’un hôtel de Sousse, impute cela au durcissement des conditions d’octroi ou de renouvellement de l’autorisation dite d’exploitation du domaine public maritime. «Je vois franchement, suggère-t-il, qu’il est urgemment recommandé de réviser la fameuse loi 1847 promulguée à la hâte en 2014 et qui prive les hôteliers de l’occupation des espaces abondants et tristement abandonnés dans le périmètre relevant de leurs territoires». M. Ghodhbani semble tenir mordicus à cette proposition qu’il motive par le retour en force de notre tourisme, l’opportunité de créer des postes d’emploi saisonniers supplémentaires, l’allégement de la pression sur les restos intérieurs de l’hôtel et l’obligation de satisfaire un tourisme local de plus en plus développé.

Dans ce contexte, il faut rappeler que l’Etat, dans sa quête inlassable d’imposer la loi à tout le monde, a dû, ces temps-ci, sévir sans merci, en ordonnant notamment la démolition de nombreuses constructions sauvages érigées irrégulièrement sur les côtes, particulièrement dans les zones balnéaires de Sousse, Bizerte, Hammamet, Mahdia, Monastir et Djerba. Voilà, les futurs aventuriers sont avertis !

Sévir, mais aussi esthétiser. En effet, le programme 2024 de nettoyage des plages a tôt commencé dans certaines communes côtières pour toucher, d’ici son achèvement le 15 juin prochain, tout le littoral. Bulldozers, tracteurs et autres engins seront mobilisés aux côtés d’une armée d’employés pour passer les plages au peigne fin. Déchets, remblais, détritus et autres ordures maritimes seront ramassés pour que plus tard un écolo, l’avocat numéro un de l’environnement, accepte qu’on puisse parler de «sables dorés et propres». En parallèle, un intérêt particulier est porté au talon d’Achille de l’écosystème que représentent l’érosion du sol et les réseaux d’assainissement des eaux usées déversées dans la mer. Le Président de la République y a d’ailleurs fait allusion lors de la visite qu’il a effectuée le 6 avril dernier à Hammamet où il a appelé à «la nécessité d’appliquer la loi et d’arrêter l’hémorragie du littoral», soulignant également que «ce qui se passe dans certaines plages du pays est synonyme de crime». Depuis, branle-bas de combat partout. A commencer par l’Apal qui a appuyé sur l’accélérateur, en redoublant d’efforts dans les zones maritimes les plus touchées et malmenées par les réseaux d’assainissement de l’Onas. Il en ressort que le problème se pose surtout pour les plages de Salloum (Enfidha), Monastir, Raoued, Radès, Ezzahra, Hammam-lif, Sousse, Soliman, Hammam-chott, Gabès, Takelsa et celles des îles Kerkennah. Concernant l’érosion du sol qui continue de faire des dégâts quasiment le long des 1600 kilomètres du littoral, le plan de sauvetage prévoit d’accorder la priorité aux plages les plus sinistrées : primo, celle de Sfax-Casino dont l’étude de réaménagement a été déjà élaborée par l’ONG «Association plage Sfax-Casino». Secundo, douze kilomètres de plage entre Gammarth et Carthage vont bientôt dire adieu à leur bête noire qu’est l’érosion, et cela à la faveur de l’Apal et financé par un prêt de 70 millions de rials alloué par le Fonds saoudien de développement. De quoi enjoliver ces plages et… atténuer l’ampleur des craintes alimentées par la Banque mondiale qui a indiqué dans son rapport annuel sur l’érosion en Afrique du Nord que cela coûte à la Tunisie plus de 1,1 milliard de dollars par an. Un chiffre relayé et confirmé par la plupart des 26 masters sur le littoral tunisien soutenus jusqu’ici par nos étudiants.

Pour ne pas bronzer idiot 

Dans certaines plages de réputation internationale dites «plages coup de cœur», telles que Bora Bora, Hawaï, Miami et Copa Cabana, c’est l’Eden qui vous accueille, les bras grands ouverts, tellement elles sont propres, animées et attrayantes. Bien évidemment, nous n’irons jamais jusqu’à exiger qu’il en soit de même pour les nôtres. Nous ne pouvons non plus rêver de « plages pour non-fumeurs», comme c’est le cas pour celle de la Principauté de Monaco qui a interdit, depuis voilà quatre ans, tant le tabac que les cigarettes électroniques. Par contre, ce qu’on veut chez nous, c’est au moins une plage où on ne bronze pas idiot, où les services sont irréprochables, où on n’est pas à la merci de l’humeur du jour du gardien du parking. Une belle baignade, c’est aussi une question de civisme, c’est-à-dire que la balle est dans le camp des estivants, dont certains (la plupart ?) se comportent malheureusement comme bon leur semble, en faisant fi de la loi et du respect d’autrui. Et là, l’on se demande pourquoi les 27 sortes d’infractions environnementales commises sur la plage et réglementées par l’Etat depuis des années, sont soit rarement appliquées, soit tout simplement ignorées ? Seront-elles «réhabilitées» cet été ? 

En attendant, posons l’inévitable question que d’aucuns martèlent déjà : au hit-parade 2024 des plages, combien de plages seront interdites aux baignades ? Ce sera vers la mi-juin, selon les prévisions du ministère du Tourisme et de l’Artisanat. Autrement dit au lendemain des visites d’inspection sur place qu’effectueront les services spécialisés pour analyser et vérifier la qualité de l’eau de mer. Si le diagnostic affiche un triste « bad water quality» (traduisez mauvaise qualité de l’eau) la plage sera déclarée interdite aux baignades et aux activités nautiques. En France, tout contrevenant sera poursuivi conformément aux lois en vigueur et sera également passible de peines prévues au Code pénal. Soit dit en passant…

2 Commentaires

  1. Cherif

    19/05/2024 à 11:07

    Est-ce qu’un contrôle rigoureux est prévu pour faire cesser les hôtels de Djerba de prendre la mer pour un grand égout en y déversant toutes leurs eaux usées ! À trois cents mètres de la « plage » ça pût les égouts à ciel ouvert !

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  2. Ftouh

    19/05/2024 à 17:48

    Un grand merci à Mohsen Zribi pour cet article fort intéressant, démontrant les problèmes de l’ensemble de notre littoral du nord au sud.
    Le tout est du aux manques de civisme d’une grande partie de nos citoyens, mais aussi du laisser aller des responsables des maires et de la police municipale qui sont complètement absents pour ne pas dure inexistant.
    Aucune poubelle n’existe aux abords des plages, parfois elles sont suspendu presque comme des paniers de basket, comment voulez vous que les jeunes enfants puissent ils y accéder…
    Je ne parle pas des détritus comme les épluchures de pastèques, des couches de bébés, etc etc…
    Pour arriver à assenir et éradiquer ce type de comportement, une seule chose, il faudrait taper dans le portefeuille…
    Souhaitons une année estivale bien propre et un été joyeux dans notre beau pays.

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