Industrie pharmaceutique: Les génériques percent sur le marché tunisien

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“Les génériques sont en train de dominer le marché pharmaceutique en Tunisie, ce qui est un bon point puisque cela permet de réduire la charge budgétaire liée à la santé, aussi bien pour les citoyens que pour les autorités en général”, affirme Dr Sami Dridi.

La Tunisie figure parmi les pays africains qui ont le plus profité de la pénétration des génériques. C’est ce qu’a affirmé Dr Sami Dridi, manager à la société multinationale experte des données de santé IQVIA, lors de son intervention à la première édition des Journées internationales des médicaments génériques et des biosimilaires. L’événement, qui s’est déroulé les 17 et 18 mai à Tunis, a permis de rassembler tous les acteurs de l’industrie pharmaceutique en Tunisie et en Afrique en vue de réfléchir aux enjeux des médicaments génériques dans le continent.

Dr Dridi a fait savoir, dans ce contexte, que sur le marché pharmaceutique tunisien, qui croît à un rythme soutenu dépassant les 9%, la part des génériques est passée de 42% à 46%. Sur les cinq dernières années, la dynamique d’évolution des génériques était rapide avec une croissance moyenne de 12% contre 5,7% seulement pour les princeps. “La Tunisie reste un exemple assez édifiant en termes de pénétration du générique dans le marché pharmaceutique en général”, a commenté le spécialiste.

Sur le marché officinal tunisien, l’évolution de la part du générique est encore plus accentuée puisqu’elle est passée de 45% en valeur, en 2020 (contre 55% pour le princeps) à 55% en 2023 (contre 45% de princeps). “Au bout de trois ans, on est parvenu à inverser les tendances. Et sur les 12 derniers mois, cette tendance reste assez conservée puisqu’on passe à 56% de générique contre 44% de princeps”, a ajouté Dridi.

En volumes, les mêmes tendances sont observées. Les génériques représentaient 52% du volume des ventes officinales en Tunisie en 2020 alors qu’aujourd’hui, ils accaparent 57% du total des médicaments commercialisés. “Cela montre que les génériques sont en train de dominer le marché pharmaceutique en Tunisie, ce qui est un bon point puisque cela permet de réduire la charge budgétaire liée à la santé, aussi bien pour les citoyens que pour les autorités en général”, a-t-il précisé.

Les priorités de l’industrie pharmaceutique africaine

Revenant sur le contexte africain, Dr Dridi a souligné que le continent fait face à de multiples défis en matière d’accès aux soins et en particulier aux médicaments. Il a identifié six priorités majeures, qui, une fois mises en œuvre, contribuent à la mise en place d’un marché pharmaceutique africain moderne et soutenable. Tout d’abord, il y a la couverture sanitaire universelle qui est un élément très important à prendre en considération dans toutes les régions du continent, même si des disparités persistent encore entre les diverses sous-régions. Alors que les pays d’Afrique du Nord arrivent en tête des pays africains en matière de couverture sanitaire avec un taux aux alentours de 64%, grâce notamment à la forte implémentation de la sécurité sociale en Algérie et en Tunisie, à travers la Cnas et la Cnam, ainsi qu’aux développements rapides au Maroc pour l’implémentation de sa couverture sanitaire publique, les autres sous-régions ont encore du chemin à parcourir pour atteindre une meilleure couverture sanitaire (des taux avoisinant les 45%). “La population africaine prend également de l’âge, et l’âge moyen africain est en train d’augmenter grâce à l’amélioration de l’espérance de vie par la prise en charge santé qui s’améliore.

Et donc la prévalence des maladies non transmissibles représente un fardeau très lourd […]. Et pour que la couverture sanitaire universelle puisse atteindre ses objectifs, il faut investir énormément dans la génération des données aussi bien démographiques qu’économiques.

Et ce, afin de pouvoir suivre et anticiper les besoins du continent en matière de prise en charge universelle de santé”. La deuxième priorité, c’est la recherche clinique. “L’Afrique peut être un très bon terrain d’essais cliniques structurés à travers les investigateurs locaux. Ceci permet d’améliorer le savoir-faire et l’attractivité du continent et je pense que l’agence africaine du médicament aura un rôle important dans l’institutionnalisation et le développement des recherches cliniques”, a ajouté l’expert.

Il a, en outre, précisé que l’environnement des affaires est aussi un facteur très important et qu’il est nécessaire d’améliorer la coopération inter-pays afin d’harmoniser les législations, favoriser les échanges inter-africains et supprimer les barrières au commerce sur le continent.

Selon Dr Dridi, la priorité doit être également accordée au secteur privé qui a un rôle à jouer dans le développement des filières pharmaceutiques en Afrique. “On a une hétérogénéité au niveau des développements des secteurs privés à travers l’Afrique. Une mise à niveau s’impose”, a-t-il indiqué. Il a ajouté que la production locale de médicaments et de vaccins est aujourd’hui indispensable pour tous les pays du continent (seulement 3% des besoins en vaccins sont produits en Afrique) et devrait être pensée de façon stratégique par tous les intervenants de l’écosystème santé.

Le cinquième élément à renforcer, c’est celui du partenariat public-privé dans le secteur de la santé qui peut être appuyé par des agences internationales ou multilatérales. Enfin, Dr Dridi a mis l’accent sur l’importance de l’innovation digitale dans le secteur de la santé en Afrique, notamment dans un contexte où la santé digitale est en train de connaître un véritable essor dans le monde et de révolutionner la thérapeutique d’une manière générale.

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