Jalel Tebib,  Directeur Général de l’Agence de Promotion de l’Investissement Extérieur (FIPA-Tunisia):  “Notre objectif est d’atteindre, d’ici fin 2024, plus de 2.800 millions de dinars  d’IDE”

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Les investissements directs étrangers remontent la pente en Tunisie. La tendance haussière se confirme, avec les résultats du premier trimestre qui révèlent, selon le DG de la Fipa Jalel Tebib, un regain d’intérêt pour la Tunisie. Le pays reste toujours dans les radars des investisseurs attirés par les avantages qu’il présente. Et le Tunisia Investment Forum représente, selon les organisateurs, l’occasion idéale pour les mettre en avant.


Comment ont évolué les indicateurs de l’investissement étranger au cours du premier trimestre ? Quelles conclusions en  tirer ? 

Pour comprendre la tendance générale, il faut remonter un peu le temps.  L’année 2022 a été marquée par une augmentation de près de 20% des IDE qui ont atteint, 2 221 millions de dinars. On peut supposer que cette évolution est tout à fait naturelle puisqu’on vient de sortir d’une crise et que la reprise aura forcément lieu.  En réalité, cette évolution n’est pas évidente, surtout si on tient compte de l’évolution du mouvement des IDE dans le monde qui n’était pas en faveur des pays en développement. En 2023, également, nous avons fini l’année avec une augmentation de 13,5%, où les IDE  ont atteint la barre symbolique de 2 500 millions de dinars. Cette tendance haussière  est conservée  pour l’année 2024, puisqu’au cours du premier trimestre, la hausse des IDE avoisine les  18 %. Les indicateurs sont toujours au vert. La bonne nouvelle, c’est que c’est dans le secteur  de l’industrie que les investissements  ont observé une constante évolution positive. C’est important parce qu’il est le secteur le plus pourvoyeur d’emplois. Il permet de résorber le chômage, notamment des diplômés du supérieur. Donc, en somme, si dans le secteur de l’industrie, les investissements sont à la hausse, c’est alors bon signe. Deuxième élément positif, c’est la croissance des investissements dans le secteur de l’énergie. Cela fait des années que ce secteur stagne. Rappelons que  l’énergie est un secteur capitalistique, c’est-à-dire qu’il nécessite des  investissements très lourds mais son impact sur l’emploi reste limité. Au cours du premier trimestre 2024, nous avons pu observer  un premier retour des investissements dans le secteur de l’énergie, en particulier les énergies renouvelables. La hausse des investissements dans le secteur de l’agroalimentaire a été aussi significative: le montant des IDE a été multiplié par 10 en comparaison avec les chiffres du premier trimestre de 2023. Malheureusement, c’est le secteur des services qui a accusé une baisse, mais d’ici la fin de l’année, on va la rattraper.  Et d’une manière générale, notre objectif est d’atteindre, d’ici fin 2024, plus de 2.800 millions de dinars  d’IDE. On est optimiste, mais on est réaliste. Au  vu de la multitude des  délégations d’hommes d’affaires,  du retour des investisseurs, mais aussi du rythme avec lequel les  opérations d’investissement sont en train d’être réalisées, entre  nouvelles créations et opérations d’extension, on est très confiant.

Que révèle l’analyse des chiffres par pays et par secteur?

La France reste notre premier partenaire. Les Français investissent dans plusieurs secteurs, en particulier l’aéronautique. Le carnet de commande des sociétés et des industriels dans ce secteur est au complet, et cela se traduit par des opérations d’extension et d’implantation et par de nouvelles créations. Cette tendance est en train de tirer vers le haut  le tissu industriel tunisien, en particulier les sociétés qui sont basées à El Mghira, et qui ont vu la cadence de leur production augmenter. D’autres secteurs, notamment le secteur automobile, mais aussi des industries électrique, électronique et mécanique, sont en plein essor. La politique de relocalisation en Europe et les avantages comparatifs de la Tunisie qui est très compétitive par rapport à d’autres pays en Europe de l’Est, font qu’aujourd’hui la Tunisie devient une destination qui s’impose.

En prévision du Tunisia Investment Forum, le ministère de l’Economie et la Fipa ont  lancé un roadshow  en Europe. Quel bilan tirez-vous de cette tournée ?

Le bilan est  positif puisque l’ensemble des rencontres de la ministre avec  ses homologues dans les  pays visités aussi bien au niveau multilatéral (la commission européenne)  que bilatéral étaient  très positives. Les forums organisés, à cet effet, ont vu la participation de plusieurs partenaires et hommes d’affaires qui ont exprimé leur souhait de s’installer en Tunisie. Il y a également des sociétés qui sont déjà implantées ici et qui ont confirmé leur volonté d’étendre leurs activités. 

Est-ce qu’il y a des pays européens particuliers qui misent un peu plus sur le site Tunisie?

Pour être franc, je pense que l’intérêt est manifeste du côté des investisseurs français, allemands et italiens, viennent après les espagnols et les belges. Mais je pense que c’est en raison des liens historiques et des traditions qui unissent ces pays et la Tunisie et qui ont fait qu’ils la  connaissent mieux et donc s’y intéressent le plus.

Quelle est la spécificité de cette édition du Tunisia Investment Forum? Quelles sont les principales thématiques qui seront abordées?

Tunisie Investment Forum est un événement ouvert à tous les partenaires de la Tunisie, et à tous les investisseurs étrangers qui sont les bienvenus. Cette édition sera organisée en partenariat avec la délégation de l’Union européenne, ce qui témoigne du  soutien accordé par l’Union européenne aux efforts de développement de l’économie tunisienne. l’IFC, la Société financière internationale soutient également cet événement. Les partenaires de la Tunisie sont très favorables à une reprise de l’activité économique du pays. Mais à travers cette édition, nous comptons mettre l’accent sur   les relations historiques qui nous lient avec notre premier partenaire économique, à savoir l’Union européenne. Les thématiques abordées sont diversifiées: après l’Opening Ceremony qui sera assurée par le chef du gouvernement et qui sera l’occasion d’adresser un message de confiance aux investisseurs étrangers et aux partenaires de la Tunisie, une cérémonie de remise des prix pour les sociétés qui ont réussi leur implantation en Tunisie aura lieu. C’est une tradition du Forum qu’on voudrait festive pour récompenser et saluer les efforts des investisseurs qui ont donné confiance en notre pays, en les compétences tunisiennes. Après, place à la présentation de  deux thématiques importantes. La première, c’est  les réformes entreprises par le gouvernement tunisien pour favoriser un climat propice aux affaires et adapté aux exigences des investisseurs. Lors de ce panel, les débats porteront sur plusieurs projets de loi qui sont en cours de réalisation, en particulier la révision du code de change tant attendue par les opérateurs économiques nationaux et internationaux. Le deuxième panel portera sur la responsabilité sociétale des entreprises. A partir de ce thème, on voudrait adresser un message aux investisseurs que la Tunisie certes, encourage les investissements étrangers, mais surtout les investissements qui respectent l’environnement, qui utilisent les matières premières rationnellement et qui utilisent les énergies renouvelables. Ce panel fera également la part belle  aux  énergies renouvelables et probablement au mégaprojet que la Tunisie compte réaliser en partenariat avec l’Union européenne, à savoir le projet ElMed. Le forum sera également ponctué de quatre workshops qui s’intéressent respectivement  aux thèmes suivants: les composants automobiles et l’industrie aéronautique; l’industrie pharmaceutique; la diaspora tunisienne à l’étranger qui soutient les efforts de développement en Tunisie et en particulier les start-up, et enfin les énergies renouvelables. Il y aura également des événements parallèles pour mettre en avant le rôle d’accompagnement de  la Fipa au profit des entreprises installées en Tunisie et présenter le rapport de la qualité des investissements (qui aura lieu en partenariat avec l’Ocde). Le troisième side event sera organisé avec le ministère des Affaires étrangères et est consacré à la francophonie. Comme la Fipa était associée dans l’organisation du sommet mondial de la francophonie à Djerba en 2022 et qu’elle a organisé avec beaucoup de succès le forum économique qui s’est tenu en marge du sommet, nous avons voulu clôturer la présidence tunisienne de la francophonie qui sera remise à la France prochainement. C’est une occasion pour remercier tous les acteurs et organisateurs ainsi que  toutes les parties qui ont contribué à la réussite de ce sommet de la francophonie.

Donc à travers cet événement, la Fipa essaie  de mettre en avant les réformes engagées par la Tunisie pour améliorer son climat des affaires ?

Exactement, on voudrait montrer une nouvelle Tunisie, dynamique qui travaille. Une Tunisie qui attire les investisseurs étrangers, qui présente beaucoup de facteurs de compétitivité et un climat propice au développement des affaires. Notre  rôle à la Fipa est de soutenir les  investisseurs.

Mot de la fin ?

On est très confiant en le climat des affaires en Tunisie. Je pense que tout l’écosystème tunisien est conscient de l’importance des investisseurs étrangers. Evidemment, l’investisseur local tunisien est toujours prioritaire, mais on sait que l’investisseur étranger nécessite beaucoup d’attention. S’il ne trouve pas les conditions adéquates pour le développement de ses activités dans un pays, il peut délocaliser ses unités facilement. C’est pourquoi, on incite tous les acteurs à être très réactifs et à l’écoute des investisseurs étrangers. Depuis les années 1970, la Tunisie a cru en l’investissement étranger. Cela s’est traduit par la promulgation de la loi 1972 relative aux entreprises totalement exportatrices. La Tunisie a également été le premier pays qui a signé l’accord de libre-échange avec l’Union européenne. C’était un challenge. Je pense que la Tunisie restera toujours une destination qui encourage l’investissement étranger. On compte sur toutes les parties prenantes pour œuvrer à cet objectif et attirer les investisseurs étrangers.

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