Cruauté, mensonges et duplicité

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Editorial La Presse

 

IL fut un temps, pas lointain, où l’opinion internationale, le président des Etats-Unis, l’Union européenne, tous les organismes de l’ONU et les mouvements pacifistes dans le monde avertissaient le gouvernement le plus à droite de l’histoire de l’Etat hébreu de ne pas entrer dans Rafah, le dernier carré de la bande de Gaza, au risque d’une catastrophe humanitaire lourde. A ce moment, déjà tardif, Israël avait bombardé le nord, tué des milliers de civils palestiniens, détruit les hôpitaux. Les cris d’indignation ne cessaient de se faire entendre au sein des institutions internationales, réclamant le cessez-le-feu. Contre toute attente, les chars de Tsahal a investi la langue de terre, tuant sans distinction les civils, sous prétexte de sauver les otages. De la réclamation, l’opinion est vite passée à la dénonciation et aux menaces. L’armée est installée à Rafah, le plan de guerre de Netanyahu n’est pas fini, son armée demande l’évacuation des lieux, fait déplacer la population de force (800.000 personnes selon l’ONU). Rien n’y fait, les indignations, les menaces n’ont eu aucun effet ; en face de ses détracteurs, il se dresse en monstre, animé par son esprit de vengeance et de haine, qui avait et garde encore une seule idée en tête : réclamer plus de morts.
L’armée est à Rafah, Netanyahu a-t-il eu satisfaction ? Absolument pas. Il y va toujours, avec sa machine de guerre, sans hésitation ni regret. Dimanche 26 mai, dans l’enclave du sud, une frappe de son aviation a coûté la vie à 45 personnes, dont 32 enfants. Ces chiffres s’ajoutent aux 36 050 personnes mortes dans la bande de Gaza, plus de sept mois après le début de l’invasion de l’armée israélienne. Une vague de condamnations unanimes internationales s’en est suivie, exprimée en des termes fermes (l’ONU, le Haut-commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, Amnesty International, le Croissant-Rouge, la France, le Canada, la Chine, l’Egypte, le Qatar, etc.) ; des voix se sont également élevées en Israël pour dénoncer la frappe meurtrière.
Ce massacre actuel, comme celui qui l’a précédé, va, certes, être documenté dans l’Histoire, mais à notre avis, il sera émoussé, oublié et enterré et ne sera pas puni. Colère et impuissance dans l’opinion internationale !
Devançant toutes les critiques, les condamnations et autres menaces, Netanyahu évoque « un accident tragique », un mensonge de plus, un de trop. L’opinion internationale n’est plus dupe, c’est un affichage médiatique, rebattu et prosaïque, son aveu ne devrait pas passer ; lui, il n’arrêtera ses boucheries que lorsqu’il sera démis de ses fonctions. On l’a dit dans ces colonnes, on y croit. Y a-t-il des forces pour arrêter l’impunité d’Israël ?
De son côté, l’armée demande une enquête sur la frappe de dimanche, encore de la poudre aux yeux qui ne trompe plus, du mauvais cinéma, puisqu’elle continue dans le même temps à bombarder Rafah, tuant femmes et enfants, incinérant les véhicules et les frêles tentes des réfugiés. Malgré la colère d’Israël, de plus en plus isolé sur la scène internationale, l’Espagne, l’Irlande et la Norvège ont reconnu offi ciellement, hier, l’existence d’un État palestinien. Ce qui porte le nombre des pays à 146 membres de l’ONU qui reconnaissent ce statut.

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