Débat sur l’effectif de l’équipe de Tunisie : De quels joueurs locaux vous parlez ?

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Les expatriés, mieux formés et qui évoluent dans des championnats nettement meilleurs que le nôtre, sont l’ossature de l’équipe nationale, parce que notre championnat ne produit plus des joueurs de qualité.

Toujours dans cette lecture de la vague des commentaires post-matches de l’équipe nationale, des commentaires qui versent jusqu’à la lie dans un intenable «populisme footballistique» qui n’a rien de sensé et qui n’a aucune connexion avec la réalité du football tunisien. Après la mauvaise sortie de l’équipe nationale, des voix se sont élevées pour éveiller un débat qu’on croyait révolu et inconvenant après tant d’années. Celui des joueurs expatriés et ceux locaux, comme si les joueurs de nos clubs ont été lésés par Montassar Louhichi et ses prédécesseurs. Alors qu’en réalité et sans le moindre équivoque, on devrait dépasser et oublier ce faux débat qui attise le feu de la division en équipe nationale. Une sélection, c’est surtout un groupe qui représente les meilleurs éléments, ceux qui sont aptes à produire une performance durable. Qu’ils soient locaux ou expatriés, c’est une considération tout à fait secondaire. On n’est pas en sélection parce qu’on appartient à un championnat, mais parce que c’est un devoir national et aussi parce qu’on a des qualités. Et parce qu’on a accumulé de l’expérience en sélection.

Le mérite n’est pas d’où l’on vient, mais qu’est-ce qu’on vaut comme joueur. Aujourd’hui, on remet en cause, d’une façon malsaine, la valeur de certains éléments qui ont donné beaucoup à la sélection. Les Aidouni, Skhiri, Bronn, Sliti, Rafiaâ, Draguer et d’autres Tunisiens nés à l’étranger, mais qui ont la fibre nationale, ont une qualité intrinsèque indiscutable. Ce ne sont pas des «cracks» certainement, mais l’apport de ces joueurs en sélection depuis plus de 10 ans, et voire plus, est considérable. Ce n’est pas parce que l’équipe nationale a mal joué ou qu’elle n’est pas brillante (dans ce football africain actuel, les écarts entre grands et outsiders tendent à disparaître), qu’on va se tourner vers les joueurs expatriés binationaux. Achouri, par exemple, est un bon joueur et ayant une forte marge de progression qui joue la Ligue des champions. Saâd, Valéry, Ltaïef et toutes ces nouvelles découvertes, ont un talent que nul ne peut nier. Est-ce qu’en quelques apparitions ils peuvent exceller ? Bien sûr qu’on a besoin de temps et d’intégration pour trouver des repères. Ce qui est bien, c’est qu’ils sont encadrés par de fines structures techniques et de suivi en Europe. De plus, qui a dit qu’ils «trichent» en jouant en sélection ?

La démotivation qu’on a vu est générale, c’est une ambiance héritée et un «repositionnement» dans cette période transitoire par laquelle passe la sélection. Il va falloir attendre le départ d’autres «joueurs VIP» qui ont fait la loi dans les vestiaires pour des années.

Un championnat faible

En sélection, il y a un groupe de joueurs expatriés qui a grandi et a évolué en championnat tunisien. Ces joueurs ont migré pour améliorer leur carrière et leur statut pour devenir des joueurs-cadres en sélection. Est ce qu’on peut dire que ces joueurs manquent de motivation et de qualité? Les Abdi, Talbi, Haddadi, Dahmane, Kechrida, Ben Romdhane et avant eux M’sakni, Maâloul, Bguir, Meriah, sont tous des produits locaux, mais, à cette époque, le championnat pouvait exporter des talents. Parce que le championnat était plus crédible qu’aujourd’hui. Venons-en alors à cette fausse polémique soulevée sur les joueurs locaux. On a parlé de Manaï, Tka et des quelques joueurs locaux valables, mais justement, ces joueurs évoluent dans un championnat très faible. Aucune possibilité de s’améliorer, aucun moyen de se corriger dans ces stades, en grande partie mauvais et impraticables. Et de plus, est-ce que les joueurs actuels qu’on voit sont meilleurs que les expatriés ? Franchement, non. Nos clubs, engouffrés dans leurs crises financières, et dirigés par des personnes incompétentes ou tellement débordées par les problèmes n’ont plus le savoir pour encadrer et entretenir de grands joueurs pour la sélection. De quels joueurs locaux parle-t-on et de quel championnat également? Même l’EST, qui domine largement ses concurrents (s’ils sont encore concurrents !) compte principalement sur le duo brésilien Sasse et Rodriguez. Que dire alors du CA, de l’ESS et du CSS descendus si bas et qui n’ont plus de joueurs valables pour être déterminants en sélection. Laouani, Tka et d’autres joueurs issus de ce championnat «triste» vont devoir faire mieux et mériter leurs places non pas parce qu’ils sont locaux, mais parce qu’ils sont sélectionnables et capables d’évoluer au sein d’une sélection. Maintenant, le groupe actuel en équipe nationale paraît, à quelques éléments près, le plus apte à déclencher un nouveau cycle. Qu’on en finisse une fois pour toutes avec ce débat incongru sur les joueurs expatriés et locaux.

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