Fin de règne et double jeu

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Editorial La Presse

 

LE revoilà de retour, le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken pour… la 8e fois au Moyen-Orient. Première destination, l’Egypte, puis Israël, la Jordanie… Cette fois, il arrive non pas avec une solution dans ses poches, mais pour tonifier une proposition qui ne bouge pas. Apparemment, il est décidé à en découdre avec Netanyahu. Au Caire, il annonce sa conviction : «une écrasante majorité d’Israéliens et de Palestiniens veulent la paix», et demande aux pays arabes concernés de faire pression sur le Hamas d’accepter une trêve. Evidemment, il pense à la trêve proposée par son chef Biden, qui est considérée comme incomplète, donc rejetée (sournoisement) par Israël. 

Ses chances de succès sont estimées incertaines, sinon aléatoires. La proposition de Biden du 31 mai stipule notamment un cessez-le-feu durable. Celle-ci s’éloigne de jour en jour, le gouvernement israélien l’a jetée par-dessus l’épaule, d’abord en voulant prolonger indéfiniment les négociations, alors que le mouvement palestinien a déclaré ne pas signer un accord ne garantissant pas un cessez-le-feu permanent. Ensuite, Netanyahu, qui voit son pays isolé de la communauté internationale ( la Slovénie a rejoint l’Espagne, l’Irlande et la Norvège, pays reconnaissant l’Etat palestinien), remué par des manifestations permanentes, sans se référer à personne, a pris sa décision de libérer les otages, aidé en cela par les renseignements généraux, des avions britanniques, d’une unité américaine spécialisée dans la libération des otages, etc. Au final, il a ratissé large, tirant sur tout ce qui bouge, faisant un massacre de 274 morts et de 400 blessés dans les bombardements intensifs et les tirs de chars soutenus (depuis l’air, la terre et la mer), en ciblant le camps de Nusseirat peuplé de dizaines de milliers de réfugiés qui ont fui Rafah. (Le bilan total de l’offensive militaire israélienne à Gaza s’élève à 37.124 personnes civiles, selon le dernier décompte). L’opération est une démonstration d’horreur sans suite et sans lendemain, selon les observateurs. Netanyahu félicite son armée en ces termes : «Vous avez prouvé qu’Israël ne cède pas face au terrorisme et agit avec une créativité et un courage sans limites pour ramener nos otages à la maison», et ajoute : «Nous ne lâcherons pas tant que nous n’aurons pas réussi la mission et ramené tous nos otages à la maison, les vivants et les morts». Il a gagné du temps, et puis ?

On ne peut plus clair, c’est sa façon de voir la paix, il a marqué quelques points, recueilli des félicitations (dont celles de Jake Sullivan, conseiller américain à la Sécurité nationale), mais il omet le point le plus important de la proposition de Biden : « l’après-guerre ». Il n’a en réalité pas de vision, ni aucune idée de « l’après-massacre ».

Soutenu par les Etats-Unis et profitant de la visite de Blinken, le ministre et rival Benny Gantz, membre du cabinet de guerre, est entré en jeu, demandant à Netanyahu un plan de l’après-guerre. Sans résultat, puisque ce dernier n’en a pas. Gantz remet sa démission et appelle à des élections. Un coup de tonnerre qui provoque une fracture et un bouleversement au sein du gouvernement.

Pendant ce temps, le Conseil de sécurité de l’ONU apporte son soutien au plan de trêve proposé par les Etats-Unis. Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, salue l’adoption du plan, le Hamas lui emboîte le pas. La balle est dans le camp du bourreau de Gaza, il est nu et sans soutien. Est-ce la fin de son règne, va-t-il démissionner ou continuera-t-il à massacrer des innocents ? Nous croyons qu’il ne démissionnera pas, mais il sera chassé du pouvoir et… probablement jugé.

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