Exposition personnelle de Sinda Belhassen : Tisser la terre

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L’artiste se transforme en metteur en scène : guidée par la flore, sa forme, sa couleur, ce qu’elle exprime, ce qu’elle en ressent, elle extrapole, compose et décompose la nature. Là est le processus créateur, là est l’œuvre de l’artiste.

Sinda Belhassen est rarement là où on l’attend. Nous découvrions ses « Ombres blanches », jeux de reliefs et de contrastes sur des surfaces planes que déjà elle était passée à ses «Portraits improbables». Plus tard, curieuse de techniques inédites, de matériaux nouveaux, elle s’exerce à retrouver une mémoire perdue en la traitant en pixels.

Et puis un jour, à l’occasion d’une excursion en montagne, elle regarde autour d’elle. Est-ce la maturité ? Le retour à l’essentiel ? L’air écologique du temps présent ? Le fait est que Sinda Belhassen s’inscrit aujourd’hui et inscrit son art dans une démarche nouvelle, celle du retour à la terre.

A ce nouveau regard qu’elle promène tout au long du chemin, tout est sujet d’éveil et découverte : plantes et graminées, branchages et racines, cosses et graines. Tout se fait matière, support, élément de composition du geste artistique.

Résonance : 1m 40/1 m 40, «Chbaka de Tozeur»

Gaïa, la déesse de la terre, s’est emparée d’elle et de sa créativité.

S’il fallait donner une chronologie à sa démarche, remontons à ce camping où elle ramasse des morceaux de liège présentant les formes de véritables sculptures. Ils seront suivis de nombreux déchets végétaux, écorces, fleurs séchées, plantes mortes, tous entassés dans son appartement en attente d’une vocation et une vie nouvelles.

Il ne s’agissait pas de s’inscrire dans une démarche environnementale de développement durable ou autre concept dans la mouvance actuelle, mais d’utiliser ces matériaux dans une recherche créative. Car là est le principal défi que se donne Sinda Belhassen : oublier les outils classiques pour expérimenter de nouveaux matériaux.

Transfiguration : 1 m 70/75 cm, écorce de palmier «Washintonia de Carthage».

Par respect à cette terre nourricière, celle enchantée des druides et des nymphes, Sinda décide que son rôle ne sera pas de la toucher ou déformer, mais de l’exalter par sa scénographie. L’artiste se transforme en metteur en scène : guidée par la flore, sa forme, sa couleur, ce qu’elle exprime, ce qu’elle en ressent, elle extrapole, compose et décompose la nature. Là est le processus créateur, là est l’œuvre de l’artiste.

Pour l’anecdote : l’élément le plus difficile à trouver a été…le support. La nature a été rebelle à toutes les propositions : ni le bois, ni le cuir ne furent acceptés. Seul le lin, fibre naturelle de couleur de terre, fut adoubé et sert de support aux mises en scènes, ou mises en images de Sinda Belhassen.

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