Fête de l’Aïd : La fête est déjà passée, vivement la prochaine !

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Tant en Tunisie qu’auprès des travailleurs et migrants à l’étranger, le rite a été accompli globalement dans de bonnes conditions. Solidarité, allégresse, mais aussi anecdotes sont au rendez-vous. Reportage.

«Cela fait longtemps qu’on n’a pas vécu un Aïd aussi calme et sans histoire», se réjouit Hattab El Ouni, 70 ans, figure populaire de la ville de l’Ariana. Ce vétéran de la guerre de Bizerte qui suit au quotidien l’actualité en Tunisie et à l’étranger, se dit soulagé cette année par l’absence de tristes nouvelles.

Et c’est vrai, puisque l’on parle de zéro drame au compteur de l’édition 2024 qui nous a fait oublier celles qui l’ont précédée. Il est vrai, on s’en souvient, on était  endeuillé par des tragédies, (meurtres, accidents de la route, incendies, naufrage d’embarcations de fortune en direction de l’île de Lampedusa). L’Etat a pris des mesures préventives, ne laissant rien au hasard.

Selon une source sécuritaire, «le traditionnel choc de l’asphalte qui nous oppose aux fous du volant et autres dangereux aventuriers de la route n’a pas eu lieu, cette fois-ci, puisque pas de graves accidents à déplorer. Et c’est tout à l’honneur des automobilistes qui semblent assagis. Peut-être aussi ils ont été impressionnés par la présence sans précédent des forces de l’ordre, dans les principaux axes routiers et le long des autoroutes du pays, carnets de PV à la main. «Toutefois, une seule ombre au tableau, d’après notre source : la conduite en état d’ébriété de jeunes imprudents qui n’ont pas trouvé mieux que de faire la fête en prenant le volant. Sinon, Rien à signaler, y compris dans les quartiers populaires où souvent à pareille occasion, les bacchanales abondamment arrosées tournaient au vinaigre et s’achevaient dans les commissariats de police».

S comme solidarité

Étant synonyme d’entraide, l’Aïd el-Idha 2024 n’a pas dérogé à la règle. C’est l’Etat qui a tôt annoncé la couleur à trois niveaux : la mise en vente publique des moutons vifs au kilo, la distribution de la prime accordée aux familles à revenu modeste et le déblocage des indemnités de remboursement dont bénéficient les affiliés à la Cnam.

Mettant la main à la pâte, des organismes publics et des ONG ont procèdé à des opérations de collecte qui leur ont permis de commander d’importantes quantités de viande qui ont été ensuite distribuées à qui de droit. Même les agents municipaux chargés du ramassage des ordures ménagères ont eu leur part de viande, de pattes et de têtes ovines offertes par les habitants.

Au quartier populaire de Jebel Lahmar, le président du club local a fêté, à sa manière, l’accession de son équipe à la première division, en égorgeant six veaux, avant d’aller, en compagnie de ses hommes, faire le porte-à-porte pour distribuer la viande aux habitants nécessiteux de la cité.

A Hammamet, on a appris qu’un homme d’affaires bien installé a fait mieux, en acquérant un troupeau de 52 moutons qu’il a offerts aux familles nécessiteuses de la région. Contacté par La Presse, ce Hammametois âgé de 78 ans a souhaité garder l’anonymat. «Je l’ai fait, explique-t-il, non pas pour un coup de pub ou à des fins politiques, mais tout simplement pour honorer et perpétuer la mémoire de mon père qui faisait généreusement la même pratique jusqu’à sa mort».

A la cité d’El Mourouj (Ben Arous), des habitants munis de couffins chargés de viande, se sont rendus, le jour de l’Aïd, au domicile de leur voisin pour ne pas le priver de la fête, après que son agneau a été volé la veille…

Comme si nous étions à la maison

Pour leur part, les travailleurs à l’étranger ont été fidèles au rendez-vous. En effet, des ambassades et consulats, renforcés par les amicales et les centres culturels et sociaux relevant du ministère des Affaires sociales, ont mobilisé les communautés, via la Toile, un peu partout dans le monde pour les inciter à célébrer à l’unisson cette fête du sacrifice. Des ONG tunisiennes basées à l’étranger se sont, dans la foulée, activées à travers des campagnes de collecte sur les réseaux sociaux, pour organiser des parties de Méchoui ouvertes aux migrants en situation irrégulière.

«C’est comme si nous étions à la maison, merci infiniment aux organisateurs» se réjouit Lamine, 26 ans, SDF de son état, dans la région parisienne. Manel, 34 ans, mariée et habitant à Nantes, est également contente. «Mon mari, notre enfant et moi-même avons fêté l’Aïd en compagnie de deux familles tunisiennes et d’une famille algérienne. Au menu, trois agneaux savourés dans une grande allégresse».

En revanche, pour Lamia, 44 ans, le tableau est moins radieux. «Étant donné, regrette-t-elle, que je vis avec les membres de la famille dans une zone reculée de l’île italienne de la Sardaigne, et comme nous n’avons pas de voisins ni d’amis tunisiens, nous étions contraints de passer l’Aïd dans le calme absolu, hélas loin de nos belles traditions qui nous sont si chères».

On joue les prolongations

Baisser de rideau donc sur l’Aïd, avec des rues presque désertes et l’absence de ces embouteillages monstres sur les routes du pays, en raison du retour «at home» de tous ceux qui sont allés le célébrer dans leurs villes natales. La vie reprend aujourd’hui son cours normal, sauf pour les bouchers et les municipalités condamnés à jouer les prolongations. Pour les bouchers, il va falloir encore suer pour pouvoir satisfaire la demande de dizaines de citoyens retardataires qui affluent pour le découpage du mouton, alors que les municipalités sont appelées à déblayer la montagne de déchets accumulés dans les points de vente du bétail.

Ainsi l’Aïd est-il passé, vivement le prochain !

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