Mokhtar Ladjimi, président fondateur de «Master international film festival» Yasmine Hammamet, à La Presse : «Le Miff reporté à cause des tracasseries administratives»

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Avec son nouveau concept, le Master international film festival de Yasmine Hammamet a démarré sur les chapeaux de roues. Deux éditions et déjà un bon pedigree aussi bien en Tunisie qu’à l’étranger. Soit ! Mais voici que son directeur fondateur a repoussé cette édition prévue au mois de mai pour une date ultérieure. Mokhtar Ladjimi a répondu à nos questions.

Est-ce qu’il y aura une édition Miff 2024 ?

Le festival qui devait se tenir du 4 au 11 mai a été reporté. Tout ce que je peux confirmer, c’est que l’édition 2024 est en gestation. J’ai fait le tour des grands festivals un peu partout et j’ai une sélection exceptionnelle de films inédits. La troisième édition est d’ores et déjà prête aux deux tiers. Mais je le dis un peu par dépit parce que, pour une fois, j’ai réussi à convaincre des privés à investir dans ce festival qui est un atout pour la culture et le tourisme dans notre pays qui a gagné une renommée à l’étranger en un temps record et il est entré par la grande porte dans la cour des grands et, malheureusement, l’administration tunisienne nous ralentit.

Malgré le soutien des privés nous subissons les tracasseries administratives de la direction du cinéma, du ministère des Affaires culturelles et celui du Tourisme. Nous subissons également les effets des contradictions juridiques de cette administration. Il suffit de citer l’exemple de la nomination non encore officielle du directeur général du Cnci qui conduit à plusieurs blocages. Tout l’établissement est ligoté tant que M. Nomane Habbassi n’est pas encore nommé officiellement. Il ne peut même pas convoquer un conseil d’établissement.

Côté tourisme, nous étions bloqués par les diverses réunions tardives du Fodec qui n’a pas eu lieu pendant un an, mais apparemment, les choses sont en train de rentrer dans l’ordre. Les sponsors privés ont honoré leurs engagements contrairement aux deux ministères. Ce n’est pas encourageant pour les soutiens privés.

Le Miff Yasmine-Hammamet est un festival qui vient de naître avec beaucoup de succès et l’administration doit l’accompagner pour qu’il puisse grandir du moins à ses débuts jusqu’à ce qu’il arrive à s’autofinancer dans quelques années

On croit savoir qu’il y a le projet de rencontres cinématographiques au sein du Festival international de Hammamet

Je ne vois pas l’utilité d’autres rencontres de cinéma à Hammamet alors que le Miff a fait ses preuves sur le plan international. Normalement, chaque gouvernorat a son propre festival de cinéma. Pourquoi ne pas relancer le festival de Tozeur ou de Djerba ? Ou en créer un autre à Béja ou Tabarka par exemple.

A un certain moment, on vous a sollicité pour la direction des JCC et vous avez refusé, pourquoi ?

Ce n’était pas un refus de ma part, mais disons que j’ai un concept différent des JCC. Je ne partage pas le concept actuel des JCC qui a pris beaucoup de rides et qui ne peut aller plus loin sans une nouvelle vision ; aujourd’hui, les JCC ne peuvent plus aller plus loin parce qu’elles ont été dépassées par d’autres festivals (même s’ils n’ont pas la même identité) comme le RedSea, El Gouna, Le Caire ou Marrakech et surtout le Fespaco. Il y a aussi l’Algérie qui revient en force et son stand au dernier Festival de Cannes en était la preuve. Cela dit, j’ai été désagréablement surpris de voir la date des JCC repoussée de novembre à décembre comme si on attendait que les autres festivals fixent leurs dates. Comme si les JCC n’étaient plus prises en compte par les autres programmateurs de dates.

Vous pensez que les JCC vont ramasser des films de deuxième main ?

Bien entendu, si on débarque juste après le RedSea, Le Caire, ou Marrakech, on aura des films de deuxième main. Nous ne sommes plus capables de ramener des films en exclusivité. Depuis le souffle qui leur a été donné en 2008-2010 par Dorra Bouchoucha et suivi ensuite par Brahim Ltaief et Najib Ayed, les JCC n’ont fait que du surplace. Je souhaite tout le succès à l’équipe de l’année dernière et c’est bien de leur donner une seconde chance, mais c’est une grave erreur que d’avoir changé la date des JCC.

Où en êtes-vous avec votre film «Sabbat El Ghoula» ?

Vu que j’ai repoussé la date du Miff Yasmine-Hammamet, cela me donne un peu de temps pour m’occuper de mon film. «Sabbat El Ghoula» est financé aux trois quarts. J’espère que les privés expriment leur soutien pour les films tunisiens, toutes générations confondues. Cela tente d’apporter quelque chose de nouveau pour le cinéma tunisien. Il y a la participation de l’Etat avec une co-production internationale, mais j’essaie au plus vite de boucler le financement.

Dans «Bab el arch», vous avez traité de la liberté d’expression et de la castration intellectuelle, dans «Ksar eddahcha» de la métaphore de la dictature, quelle est la thématique du prochain film ?

C’est autour de la mémoire et de l’alzeihmer. Sans oublier qu’un peuple qui n’a pas de mémoire est un peuple qui n’a pas d’avenir.

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