Championnat national – Le quota des joueurs de nationalité étrangère porté à huit : Un pas en arrière !

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La décision d’augmenter le quota des joueurs étrangers ne peut donc profiter qu’aux clubs riches. Elle ne fera que creuser le fossé entre clubs nantis (une petite minorité) et clubs démunis (la grande majorité).

Il n’y a pas eu de communiqué sur la page officielle de la Fédération tunisienne de football et la décision est presque passée inaperçue. C’est seulement dans la note circulaire adressée avant le début de chaque saison aux clubs qu’on s’est rendu compte que le quota de joueurs étrangers autorisé pour la saison sportive 2024/2025 dans l’effectif des clubs de la Ligue 1, composé de 30 joueurs d’âge senior, a augmenté. Ces clubs se sont vu accorder la possibilité d’engager ou de garder au total sept joueurs de nationalité étrangère contre six (6) la saison passée. Un 8e joueur étranger peut être qualifié et figurer dans la liste des 30 joueurs seniors arrêtée à la clôture de chaque période de transfert, et ce, à «condition que ce joueur ait été qualifié la saison précédente dans la catégorie Espoir ou Elite au sein du même club et qu’il ait atteint cette saison sa première année d’âge senior». Cette augmentation est contraire à la volonté et au processus déjà amorcé de limitation des joueurs étrangers en Ligue 1 après l’interdiction de leur engagement en Ligue 2 pour alléger le poids des dépenses colossales de leur recrutement et de leurs rémunérations. Et pour stopper l’hémorragie ravageuse des litiges auprès de la Fifa et mettre un terme à l’interdiction de recrutement allant jusqu’à trois périodes d’enregistrement et de transfert. Cette mesure visait à forcer les clubs à donner plus de chances aux joueurs tunisiens pour participer aux matches comme titulaires et ne pas se voir condamnés à rester dans l’ombre, dans l’attente de quelques apparitions sporadiques dans le onze rentrant. Car même si le nombre maximum de six (6) joueurs étrangers à inscrire sur la feuille de match est préservé, le seuil limite des 4 joueurs à participer en même temps durant tout le match n’a pas été touché, l’obligation de la présence sur le terrain de 7 joueurs tunisiens au minimum tout au long de la partie est maintenue, cette décision d’augmentation du quota ne pourrait être dans l’intérêt des joueurs tunisiens du fait qu’elle fait barrage à leur progression technique et les rend peu compétitifs, moins aguerris, moins rompus aux dures batailles de notre sélection. On se tournera toujours vers les joueurs qui évoluent dans les championnats étrangers avec plus de matches dans les jambes et plus de compétitivité.

Nos jeunes talents resteront toujours aux yeux des sélectionneurs des joueurs- maison. Les statistiques le montrent : avec deux changements en cours de jeu de deux joueurs étrangers parmi les quatre alignés au départ par deux joueurs étrangers parmi les six (6) inscrits sur la feuille de match, on est arrivés souvent à la participation de six (6) joueurs étrangers par match. Les joueurs tunisiens parmi les sept sur le banc n’ont eu droit la plupart du temps qu’à trois remplacements.

Pourquoi ce revirement ?

Wassef Jlaiel a donc fait marche arrière à la demande tout au plus de deux clubs. L’Espérance, la première, qui a besoin de renforts de poids pour la Coupe du monde des clubs en 2025 et pour la Ligue des Champions. Sans des joueurs étrangers de valeur, elle n’ira pas loin dans ses objectifs tracés. Sa sortie prématurée en Coupe de Tunisie, devant le modeste club de l’OCK, due en grande partie à l’absence dictée de ces étrangers par les règlements de la Coupe, lui a fait comprendre qu’elle a besoin de joueurs de gros calibre dans les trois compartiments de jeu. Ces joueurs piliers ne peuvent être qu’étrangers. C’est grâce à leur apport et à leur contribution qu’elle a été au-dessus du lot, avec une supériorité manifeste sur les autres clubs en championnat tunisien. Vient en deuxième position le CSS, qui est en train de retrouver son équilibre financier et qui entend rebâtir une équipe de haut niveau et reconquérir sa place à l’échelon africain. Il a emboîté le pas à l’EST et s’est rangé avec elle dans la requête pour cette augmentation de quota de joueurs étrangers. A part ces deux équipes, ni l’USM, ni le ST, ni l’ESS, ni le CA, qui ont du mal à résoudre et à éponger leurs litiges, n’ont affiché publiquement leur désir de recruter en masse des joueurs qui coûtent très cher et qui, à la première occasion et au premier retard de paiement, sollicitent la Fifa et obtiennent des verdicts assez généreux en leur faveur au vu des seuls engagements mentionnés comme avantages dans leurs contrats sans tenir compte de leurs obligations, en contrepartie, aux clubs acquéreurs. Le cas Hamdou El Houni est un exemple à méditer. Malgré toutes les indemnités raflées quand il était joueur à l’Espérance, il n’a pas hésité à courir derrière un jugement récent en sa faveur de 1, 3 milliard. La longue liste arrêtée par la Fifa le 1er juillet 2024 des 11 clubs tunisiens interdits de recrutement aurait dû inciter à une plus mûre réflexion avant la prise de la décision de l’augmentation du quota des joueurs étrangers. Le CA (7 dossiers à régulariser), l’ESS (5 dossiers), l’USM (2 dossiers), l’OB (2 dossiers), l’UST (2 dossiers), le CSS (1 dossier), l’USBG (1 dossier), l’ASS (1 dossier), l’ESM (1dossier), soit 9 clubs parmi les 16, qui composeront la Ligue 1 cette saison, n’ont pas les moyens de rivaliser et d’engager même 3 étrangers de grande envergure. Comme la saison passée, on sera devant le grand danger de l’inégalité des chances au niveau des compétitions nationales, du grand déséquilibre entre les équipes concurrentes dès les premières journées avec l’émergence d’un seul favori en puissance qui n’aura plus d’adversaires de même poids dans son rétroviseur et à ses trousses. Pour un championnat à poule unique, on sera privé du charme et du suspense qui sont l’essence même du football attrayant, à savoir une compétition fort disputée, incertaine qui retient le souffle jusqu’au bout. Les stades des équipes, dont le rêve partira en fumée très tôt, seront prématurément désertés. On verra des équipes comme l’OB, qui a été la belle surprise de la saison 2023/2024, incapable financièrement de rivaliser avec cette ruée pour les recrutements en masse de joueurs étrangers, obligé au retour à la case départ pour piocher de nouveau dans son réservoir de jeunes en vue de recomposer un effectif qui s’est effrité au lieu de travailler dans la continuité et de consolider son contingent de joueurs de la saison passée. Ce n’est pas un hasard si un technicien aussi ambitieux que Imed Ben Younes a tourné le dos à la belle équipe qu’il a façonnée et lui a préféré le CAB. Même le ST, qui a été très séduisant cette saison dans l’épreuve de Coupe notamment, a sauvé sur le fil sa participation en Coupe de la CAF à cause d’une dette d’un milliard. Sera-t-il en mesure de compter sur huit joueurs étrangers dans son effectif pour viser le titre cette saison ? Sûrement non. La décision d’augmenter le quota des joueurs étrangers ne peut donc profiter qu’aux clubs riches. Elle ne fera que creuser le fossé entre clubs nantis (une petite minorité) et clubs démunis (la grande majorité). On aurait aimé que ce Bureau fédéral, pour le moment sortant le 15 juillet, réfléchisse deux fois et longuement avant de faire ce pas en arrière dans la politique d’assainissement et de dégraissage des dépenses pour des clubs en crise financière qui croulent encore sous les dettes. Dire oui tout de suite à la requête d’augmentation du quota de joueurs étrangers, contre l’intérêt général de la compétition et du football tunisien, relève soit de l’insouciance, soit de la faiblesse. La force et le sens de la responsabilité auraient été de dire non même si on peut s’attirer la colère de quelques mécontents, fussent-ils de poids.

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