Accueil Société Textile, habillement et… soldes : Un curieux paradoxe

Textile, habillement et… soldes : Un curieux paradoxe

Il existe autour de mille huit cents entreprises dans le secteur manufacturier tunisien. Plus de 1.500 d’entre elles  travaillent et produisent pour l’exportation.

Leur expertise est reconnue mondialement et le dernier succès connu lors du Salon «Première Vision Paris» est un témoignage en faveur de leur niveau professionnel.

Des milliers d’emplois ont été créés par ces entreprises, dont le dynamisme est porteur de nouvelles promesses.

Cela prouve si besoin est que nos ateliers de filature et de tissage, nos tanneurs, et accessoiristes, etc., sont de véritables artistes dans leur domaine.

L’édition de cette année, qui a eu lieu  dernièrement, a permis à la Tunisie de marquer de sa présence une occasion qui réunit tous les spécialistes et professionnels venus du monde entier.

Mais alors que nous possédons ce niveau de compétitivité, de savoir-faire,  pour quelles raisons notre marché intérieur demeure-t-il aussi timoré? Cette séduction qu’exercent nos entreprises à  l’échelle internationale, pour quels motifs obscurs est-elle sans effet sur le marché national?

Les exposants qui ont pris part au salon qui a eu lieu au parc des expositions de Paris représentaient presque tous les secteurs. Prêt-à-porter,  maille, jeans, sportswear, cuir, accessoires, tout y était.

Bien entendu, les entreprises qui ont pris part à cette plateforme unique dans le monde de la mode travaillent surtout pour l’exportation. Cela  explique-t-il le manque d’agressivité et l’absence d’initiative sur le marché national?

Pouvons-nous croire que les hommes et femmes qui opèrent au service  de ces entreprises exportatrices sont les seuls sur le marché ?

Bien sûr que non. Des jeunes et des confirmés sont là, mais demandent à se faire payer.

Pour expliquer le peu de succès de la période des soldes, on n’a pas trouvé mieux que d’évoquer les dernières décisions prises en ce qui concerne les… chèques.

Une preuve que l’on a peur de la vérité et qu’au lieu d’aller affronter les véritables problèmes, nous continuons à tourner autour du pot.

Il n’y a qu’à voir les vitrines. Certaines, si mal agencées avec une marchandise accumulée en désordre, des étiquettes énormes portant les rabais consentis, dont l’absurdité des chiffres prouvait leur peu de sérieux, des couleurs diffuses, un mélange  de vêtements pour enfants avec ceux pour adultes, etc. Aucun goût, aucune initiative pour surprendre et plaire.

Où sont donc nos spécialistes décorateurs de vitrines, qui ont conquis des places de vedettes et que l’on s’arrachait dans le milieu de la mode ?

Ceux qui veillent sur ce secteur des soldes, qui sont en fait une fin de saison qui annonce la suivante, ont-ils jamais pensé par exemple à faire coïncider cet événement avec le lancement de nouvelles collections, dont le design, la qualité et… les prix défieraient toute concurrence?

Le lancement de concours de la plus belle vitrine, la mise en place d’activités d’animation pour attirer la foule et les curieux, des acheteurs potentiels qu’il faudrait reprendre en main.

Les soldes, c’est un petit peu la fête.

D’après ce que nous avons vu, tout a été conforme à l’habitude. Des soldes mornes, avec des articles proposés peu motivants, aux prix peu encourageants et qui manquent d’attrait.

Les opérateurs concernés continuent de croire qu’ils sont en mesure de gagner ce qu’ils ont perdu ou ce qu’ils n’ont pu avoir. Au lieu de jouer sur la quantité, ils maintiennent des seuils que le pouvoir d’achat du Tunisien moyen (il n’en reste plus beaucoup), est incapable d’assurer.

Ce n’est donc pas une question de chèques ni de paiement à terme, mais bien de  pouvoir d’achat et de stratégie.

A ces conditions, nos périodes des soldes — l’Aïd Esseghir, c’est dans un mois — demeureront aussi peu rentables avec, d’un côté, une clientèle nullement motivée et, de l’autre, des commerçants qui donnent l’impression de se cramponner à des comportements dépassés, refusant le changement (avec des sacrifices à consentir) qui pourrait s’avérer salutaire.

La fripe a encore de beaux jours devant elle.

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