
Lorsque la troupe Sidi Lasmar prit place, les lumières des lanternes s’harmonisèrent avec le chant vibrant, projetant des ombres dansantes autour de nous. La musique, profonde et lancinante, s’infiltrait en chacun, réveillant quelque chose d’instinctif, d’ancestral.
Dès notre arrivée à l’Institut français de Tunis, une étrange énergie flottait dans l’air. A peine installés à Balthaz’art, espace donnant sur la scène, nous sentions que ce soir ne serait pas une simple soirée de spectacle, mais une véritable immersion dans un monde où les frontières du réel allaient s’effacer.
Dans le tumulte des conversations et le tintement des verres, un chant s’est élevé, d’abord discret, comme un murmure venu du fond des âges. Peu à peu, il a pris possession de l’espace, s’insinuant entre les tables, s’accrochant aux murs, vibrant dans les corps. Les bougies s’allumaient une à une, traçant un chemin doré d’où émergeait une procession d’artistes. Silhouettes en mouvement, instruments en main, ils avançaient lentement vers la scène, portés par la ferveur du moment. Organisée par Riadh Ezzawech, en collaboration avec l’Institut français de Tunis et Balthaz’art, cette soirée célébrait le Stambali dans toute sa splendeur mystique. Lorsque la troupe Sidi Lasmar prit place, les lumières des lanternes s’harmonisèrent avec le chant vibrant, projetant des ombres dansantes autour de nous. La musique, profonde et lancinante, s’infiltrait en chacun, réveillant quelque chose d’instinctif, d’ancestral. Tout le monde s’est mis à suivre le rythme, à bouger, comme envoûté, reproduisant inconsciemment les mouvements du Stambali, absorbé par la cadence hypnotique des percussions.
C’est alors qu’il est apparu. Sortie de la pénombre, une silhouette s’avança au cœur de la foule. Vêtu de noir, le visage dissimulé, il dansait avec une grâce étrange et magnétique. On aurait dit un mythe incarné, une figure surgie d’un autre temps. Lentement, il progressait entre nous, comme s’il complétait ce qui manquait, reliant les fils invisibles de cette nuit mystique.
Les regards étaient happés par sa présence. Il se mouvait avec une fluidité presque surnaturelle, en parfaite symbiose avec la musique, happé par la transe. A cet instant, il n’y avait plus de spectateurs, plus de scène. Juste un seul et même souffle, un seul battement partagé entre tous.
Cette nuit-là, nous n’avons pas seulement assisté à un spectacle. Nous avons vécu une expérience, un rituel où la musique, la danse et la lumière ont tissé un pont entre le passé et le présent. Et lorsque les dernières notes se sont éteintes, que les bougies ont vacillé une dernière fois avant de plonger la salle dans l’obscurité, nous avons su que quelque chose en nous venait d’être marqué à jamais.
Mariem Ayari