Accueil Economie Relancer l’investissement en Tunisie : L’attractivité à portée de main

Relancer l’investissement en Tunisie : L’attractivité à portée de main

La Tunisie dispose d’un potentiel économique remarquable et d’un écosystème entrepreneurial en pleine évolution. Pour renforcer son attractivité auprès des investisseurs et dynamiser l’esprit entrepreneurial, plusieurs leviers peuvent être actionnés : la simplification des procédures, des incitations fiscales adaptées, la valorisation du capital humain et une meilleure intégration régionale. Emel Tounsi, experte en entrepreneuriat et investissement, explore ces opportunités et propose des solutions concrètes pour faire de la Tunisie un hub économique compétitif et innovant.

La Tunisie peine encore à libérer pleinement son potentiel économique. Lourdeurs bureaucratiques, accès limité au financement et freins culturels entravent l’essor entrepreneurial et l’attractivité des investisseurs étrangers. Pourtant, des leviers existent : simplification des procédures, incitations fiscales ciblées, soutien aux secteurs innovants et intégration aux dynamiques régionales, notamment à travers la Zlecaf et le Comesa. La Tunisie peut-elle transformer ces défis en opportunités et bâtir un environnement propice à l’investissement ? Emel Tounsi, ingénieure financière de formation, évolue depuis 15 ans dans les domaines de l’entrepreneuriat et de l’investissement, animée par une passion pour l’accompagnement des projets à fort potentiel. Depuis près de cinq ans, elle dirige le « Réseau Entreprendre Tunisie », une association à but non lucratif qui soutient, finance et connecte les entrepreneurs dans six gouvernorats à travers le pays. Forte de cette expérience, elle nous apporte un éclairage précis sur les défis et les solutions pour améliorer l’environnement d’affaires tunisien.

Un changement de paradigme nécessaire

La Tunisie se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins, forte de ses atouts géostratégiques et de son potentiel humain. Pour transformer ses défis en opportunités, il est essentiel d’analyser les barrières à l’investissement, en commençant par la dimension culturelle. « Dans notre société, l’échec est trop souvent perçu comme une impasse définitive plutôt qu’une étape clé du parcours entrepreneurial. Cette perception freine la prise d’initiative et la créativité, limitant l’émergence de talents qui pourraient devenir des figures emblématiques inspirant une nouvelle génération d’entrepreneurs ambitieux ».

Tounsi explique que les délais d’obtention des licences, des accords et des documents administratifs sont trop souvent excessifs : le facteur temps, élément crucial dans le monde des affaires, n’est pas suffisamment intégré dans les procédures actuelles. « Chaque retard engendre des coûts supplémentaires, car, comme le dit l’adage, « le temps, c’est de l’argent » ». Cette réalité impacte négativement la compétitivité des entreprises et détourne des investisseurs potentiels. En outre, le système financier tunisien se heurte à des taux d’intérêt élevés et à un manque de financement adapté aux besoins des entreprises innovantes. Les crédits, souvent onéreux, et l’accès limité aux financements structurants constituent des freins supplémentaires au développement de projets ambitieux. 

L’ambiguïté des procédures administratives, qui peut donner lieu à des interprétations divergentes, complique encore davantage le paysage économique. L’expérience de pays comme Singapour ou le Maroc illustre qu’une réorganisation institutionnelle, couplée à une dématérialisation des procédures et une régulation transparente, peut considérablement renforcer la confiance des investisseurs et stimuler l’activité économique.

Par ailleurs, Tounsi affirme que la Tunisie dispose d’atouts non négligeables en termes de capital humain. Le pays forme annuellement des milliers de diplômés et compte un nombre important d’ingénieurs et de spécialistes dans divers domaines. Ces ressources, combinées à un coût de la vie compétitif, constituent un avantage concurrentiel majeur par rapport à d’autres pays. Tandis que certains Etats offrent des conditions climatiques attractives ou un faible coût de vie, la Tunisie se démarque également par la qualité de son accueil et l’hospitalité de sa population, faisant d’elle une destination particulièrement attractive pour les investisseurs et les talents internationaux.

Le positionnement géostratégique de la Tunisie, au cœur de l’Afrique et membre actif du Zlecaf et du Comesa, lui confère une ouverture exceptionnelle sur un marché en pleine expansion. En facilitant les échanges régionaux et internationaux, cette intégration offre aux entreprises une plateforme de lancement pour leurs activités sur le continent africain. Ce réseau d’accords commerciaux, similaire à ceux qui ont permis à l’Irlande de devenir un centre d’attraction pour les multinationales, pourrait être un levier majeur pour renforcer l’attractivité économique du pays. 

Selon Tounsi, « la convergence vers les standards internationaux est un axe stratégique décisif : en se conformant aux normes environnementales et sectorielles globales, les entreprises tunisiennes se positionnent dans un environnement concurrentiel mondialisé et valorisent leur potentiel d’innovation ».

Des secteurs comme les énergies renouvelables, le numérique, en particulier la fintech et l’intelligence artificielle, offrent des perspectives prometteuses pour diversifier l’économie. En s’inspirant des succès estoniens en matière de digitalisation et des avancées technologiques observées dans les économies nordiques, la Tunisie pourrait se positionner comme le premier hub africain de l’IA et développer un écosystème innovant capable d’attirer investisseurs et startup.

Dans cette ère de bouleversements technologiques majeurs, il est crucial de capitaliser sur les opportunités pour en faire des réussites. Des chercheurs du Cnrs ont récemment montré qu’il est possible de fabriquer, à partir de memristors, un système d’IA autoalimenté à l’énergie solaire. Une aubaine pour un pays où le soleil brille plus de 3.000 heures par an. La Tunisie pourrait ainsi créer une IA plus écologique et se positionner sur un secteur en plein essor.

Pour renforcer cette dynamique, il est indispensable de travailler sur la marque pays et d’adopter une communication proactive à l’échelle internationale. La mise en place d’un réseau d’ambassadeurs tunisiens issus de la diaspora permettrait de promouvoir efficacement les atouts économiques, culturels et humains du pays. De plus, faciliter l’accès de la diaspora aux plateformes de crowdfunding encouragerait l’investissement direct dans des projets innovants répondant aux défis quotidiens.

Restaurer la confiance des investisseurs

Les incitations fiscales allègent la pression sur les entreprises et les investisseurs, les encourageant à s’implanter et à développer leurs activités. Tounsi souligne que, dans un contexte économique marqué par une forte concurrence pour l’attraction des capitaux, « ces mesures sont devenues un élément clé des stratégies nationales d’investissement ».

Plusieurs pays ont su tirer parti des incitations fiscales pour transformer leur économie. L’Irlande, par exemple, a attiré des géants technologiques comme Google, Facebook et Apple grâce à un impôt sur les sociétés réduit (autour de 12,5 %) et des exonérations temporaires pour les entreprises nouvellement installées. Ce modèle a permis au pays de devenir un hub technologique européen incontournable, générant des milliers d’emplois et dopant son PIB. En Tunisie, des incitations existent déjà sous forme d’exonérations fiscales pour les entreprises exportatrices ou opérant dans certains secteurs stratégiques (technologies, énergies renouvelables, industries manufacturières). Cependant, leur impact reste limité par une complexité administrative et un manque de visibilité à long terme. Une approche plus ciblée et compétitive serait nécessaire.

En définitive, la Tunisie dispose de tous les atouts pour convertir ses défis en opportunités et bâtir une économie moderne et inclusive. En combinant des réformes structurelles visant à alléger la bureaucratie avec la mise en valeur d’un capital humain qualifié et compétitif, le pays peut renforcer son attractivité et faire émerger des champions économiques capables d’inspirer et de dynamiser l’écosystème entrepreneurial. Cette synergie entre initiatives ambitieuses, réformes pragmatiques et stratégie de promotion proactive dessine une trajectoire prometteuse et résolument tournée vers l’avenir.

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