
La vie nocturne du mois de Ramadan a pris fin, les manifestations d’ordre religieux sont moins visibles. Retour sur le phénomène de la Hadhra (et apparentés) qui prend de plus en plus d’importance et de poids dans le paysage tunisien, à tel point qu’on croirait que le citoyen s’est fiévreusement amouraché avec l’esprit religieux.
L’origine des manifestations spirituelles remonte aux premiers siècles de l’islam, les compagnons du Prophète sont considérés comme les bâtisseurs du soufisme. Les saints, connus pour leurs vertus et leur conduite religieuse, sont vénérés, loués par des chants religieux (Edhikr et Elmadh), scandés par des hommes pieux.
Dans les marabouts qui dominent les villages, souvent à l’architecture épurée, les confréries se réunissent aux occasions religieuses, elles chantent et louent Dieu ; des marabouts, il en existe des centaines dans le pays, un grand nombre se trouvant dans les petits villages ne sont même pas connus ; le plus connu des saints protecteurs est Sidi Bou Saïd, la Kharja (sortie annuelle) de son maître et ses fidèles, est une démonstration de la vigueur et du dynamisme de cette confrérie.
Depuis le méga-spectacle de la première Hadhra de Fadhel Jaziri à Carthage qui a revu le phénomène, en y introduisant des instruments occidentaux et des mouvements de danse moderne et qui, au passage, a rencontré un succès foudroyant jamais démenti, ce genre spirituel s’est épanoui, endossant des formes diverses. On découvre ces spectacles durant les fêtes religieuses et dans les programmes des festivités des grandes villes et dans les petites agglomérations.
Le public, particulièrement les jeunes, se l’est approprié et l’a adopté. Des troupes par dizaines sont nées, du sud au nord, d’est en ouest, de formats différents, selon l’importance commerciale et culturelle de la cité. Commerciale ? En effet, les troupes se sont multipliées donnant place à des troupes d’amateurs dont la nature n’est pas nécessairement « artistique » mais du « commerce culturel ». Le temps fera le tri. Les soirées du mois de Ramadan sont une illustration de cet engouement pour ces cérémonies religieuses où le rituel religieux se mêle à l’improvisation folklorique. Petites et grandes villes participent aux différents (et nombreux) festivals nationaux
Parmi les troupes qui occupent le haut du pavé dans la mosaïque des Hadhra, la troupe Ziara de Sami Lejmi a conquis les publics, très sollicitée pendant les festivals d’été, dans chaque ville, il fait carton plein. D’autres troupes de formats plus réduits donnent de la voix et prennent de la graine.
Les dernières années, la ville de Nefta (sud-ouest) s’est particulièrement distinguée dans cette mosaïque soufie, la Hadhra de Sidi Bou Ali (XIIIe siècle), a désormais son festival qui se déroule en automne, appelé opportunément « Rouhaniyet ». En peu de temps, il est devenu un rendez-vous annuel dédié à la musique sacrée et aux traditions soufies. La ferveur justifiée de la jeunesse pour ce type de manifestation va-t-elle durer dans ce monde secoué par le commerce des spectacles ?