
Ce culte a été importé en Tunisie par une importante communauté sicilienne qui a vécu ici jusque dans les années 60. Bien que cette communauté soit partie, son héritage perdure.
La Presse — Chaque 15 août à 18h00, la paroisse des Saints Augustin et Fidèle de La Goulette devient le théâtre d’une célébration unique : la procession de Notre-Dame de Trapani. Cet événement est bien plus qu’une simple fête religieuse ; c’est un vibrant témoignage du passé multiculturel et de l’esprit de tolérance qui anime encore cette petite enclave portuaire de Tunis.
Ce culte a été importé en Tunisie par une importante communauté sicilienne qui a vécu ici jusque dans les années 60. Bien que cette communauté soit partie, son héritage perdure. Deux copies de la statue originale, attribuée à Nino Pisano, sont conservées en Tunisie : une à la cathédrale de Tunis et l’autre à La Goulette.
Autrefois, la procession de La Goulette était un événement majeur qui rassemblait non seulement les chrétiens, mais aussi les musulmans et les juifs. Cette tradition a été interrompue à l’époque du président Habib Bourguiba, mais n’a jamais été oubliée.
En 2017, grâce à l’énergie de la communauté chrétienne, désormais majoritairement africaine, la procession a repris, bien que sous une forme plus modeste. Cet événement attire des habitants et des visiteurs de toutes confessions, créant une atmosphère de curiosité et de convivialité.
Comme il a été souvent souligné par les différents archevêques, la Vierge a fait le voyage inverse, de la Sicile à la Tunisie, transportée par des pêcheurs siciliens. C’est un voyage qui symbolise l’attachement et le souvenir de la «Petite Sicile».
La Goulette est une ville particulière, un véritable carrefour de civilisations et de religions. Bien que la présence des communautés «non autochtones» ne soit plus ce qu’elle était pendant le Protectorat français, toutefois, l’esprit d’ouverture, de tolérance et de sympathie réciproque y demeure.
Dans un monde souvent marqué par la violence, la haine, le chaos et les conflits, la procession de Notre-Dame de Trapani est un puissant rappel que la Tunisie reste un îlot de paix, de respect de l’autre et de coexistence.
Le 15 août, une célébration de Notre-Dame de Trapani sera également organisée à Casablanca, au Maroc, dans l’église italienne du Christ-Roi, où une autre copie de l’image en marbre est conservée dans le sanctuaire de Trapani, dont le culte est répandu dans de nombreuses villes italiennes et méditerranéennes.
Il est à rappeler que le culte de la Madone de Trapani, comme en Tunisie, a été porté au Maroc par la communauté italienne, notamment sicilienne. Des articles récents du diocèse de Rabat confirment que des célébrations en l’honneur de la Vierge ont lieu à Casablanca, dans l’église italienne du Christ-Roi, ce qui témoigne de la persistance de cette dévotion au sein de la communauté italienne locale. C’est un autre exemple de la diaspora sicilienne qui a emporté ses traditions religieuses dans d’autres pays méditerranéens.
Il est intéressant de noter que le culte de la Madone de Trapani est un phénomène de diaspora qui s’est manifesté dans plusieurs régions, pas seulement en Afrique du Nord. Il est associé aux communautés de pêcheurs et d’immigrants siciliens, qui ont ainsi gardé un lien avec leur terre d’origine et leur foi.