Parti de rien, il a débuté sa carrière dans la boxe avant de trouver sa voie dans le culturisme. Peu à peu, il s’est fait un joli nom dans le métier et a côtoyé les grands de ce monde. De Jean Paul-Belmondo au prince Albert de Monaco en passant par Arnold Schwarzenegger, son carnet d’adresses est fascinant. Reconnu en dehors des frontières de sa Tunisie qu’il a toujours portée dans le cœur, il s’est fait pourtant ignorer par les siens. Tour d’horizon avec l’un des pères fondateurs du culturisme en Tunisie.

Nul n’est prophète en son pays : voilà une expression qui s’applique à Raouf Masri, un des pères fondateurs du culturisme en Tunisie. Adulé sous d’autres cieux, il s’est introduit grâce au culturisme dans le gotha mondial du monde de la politique et du cinéma. Jean-Louis Debré, l’ancien ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, Alain Jupé le maire de Bordeaux ou encore le prince Albert de Monaco : tout ce beau monde de la politique française fait partie de son carnet d’adresses. Avec Jean-Paul Belmondo et Arnold Schwarzenegger, c’est une autre histoire, celle des cascades et du cinéma.
Raouf Masri est venu aux locaux de notre journal nous raconter son désarroi, lui qui a représenté la Tunisie à l’échelle mondiale, que ce soit sur les plateaux du cinéma ou du culturisme, mais sans être reconnu dans son pays : «En 2005, comme tous les culturistes qui viennent de décrocher, j’ai eu droit à mon heure de gloire, à l’échelle internationale je tiens à le préciser, quand la Fédération internationale m’a invité à Las Palmas en Espagne pour m’honorer pour l’ensemble de ma carrière de culturiste. Fabien Debecq, alors président de cette instance mondiale de culturisme, s’est étonné du fait que je n’étais pas accompagné par un ministre. Après mon retour en Tunisie, il m’a contacté pour que je lui procure des photos avec des officiels tunisiens pour les besoins d’un article qui devait paraître sur leur publication. J’ai répondu par la négative. Si ma mémoire est bonne, l’ambassadeur de Tunisie à Madrid était seul présent à la cérémonie organisée à Las Palmas. En Tunisie, l’hommage qui m’a été rendu par la Fédération internationale de culturisme est passé sous silence. Pourtant, comme tous les autres culturistes honorés, j’étais autorisé à faire la promotion de mon pays sur le double volet culturel et touristique. A l’époque, les officiels n’y ont pas accordé de l’importance.  Il faut dire que même après le 14 janvier 2011, j’étais ignoré par un ministre des Sports. Je m’abstiendrai à citer le nom, lui que je connaissais si bien et qui m’a laissé attendre une heure et demie avant de me recevoir. Mais il n’a rien fait pour m’accorder un hommage. Je ne demande rien à mon pays que d’être reconnu pour mon œuvre», s’exaspère Raouf Masri avant de poursuivre sur un ton amer : «Avec le temps, je ne sais pas si je dois regretter d’avoir refusé les nationalités belge, canadienne et française. Pourtant, j’ai fait de la compétition comme culturiste pendant quatre ans au nom de la France. On m’a même introduit au sein de l’UMP dans la perspective de me naturaliser. Sauf qu’à chaque fois qu’on me propose une naturalisation, je refusais par sentiment de nationalisme. Or, je n’ai jamais eu la reconnaissance que je pense mériter dans mon pays. J’ai dû, une fois, vendre un bijou appartenant à ma femme pour aller participer à une compétition de culturisme en France. J’ai failli divorcer à cause de cet incident», confia notre interlocuteur.

De la boxe au cinéma
Au départ, Raouf Masri n’était pas prédestiné pour faire du culturisme : «J’ai débuté comme boxeur à La Goulette à la fin des années 1950. J’ai fait de la boxe pendant quatre ans. Mon entraîneur de l’époque, Béchir Ben Messaoud, m’a proposé travailler mon corps en faisant du culturisme. Avec le temps, j’ai pris goût au culturisme et l’activité qui était censée m’apporter une plus-value dans la boxe est devenue le sport que je pratiquais. A la fin de l’année 1959, je suis parti à Nice où j’ai participé à ma première compétition internationale. Le culturisme m’a ouvert la porte du cinéma. Beau parleur avec un corps bien fait, j’ai fait une formation pour devenir cascadeur. J’ai tourné dans le film «Le voleur de Baghdad» avec Steve Reeves. Puis, j’ai fait un court métrage intitulé : «Le voleur de Kairouan» dont j’étais l’acteur principal. Le monde du cinéma m’a fait connaître Jean-Paul Belmondo, devenu un ami et qui m’a proposé de d’étudier à Paris l’art dramatique, chose qui me manquait pour percer dans le cinéma. Je me dis aujourd’hui avec regret que  j’aurai dû accepter la proposition de Belmondo d’avoir la nationalité française d’autant que les Français m’appréciaient pour ce que j’étais. En effet, le culturisme n’est pas un vulgaire sport où on se contente de façonner son corps et l’exposer fièrement sur les plateaux des compétitions. Le culturisme est un art de vivre. J’étais un bon poseur et un beau parleur qui ne ratait pas une occasion pour faire de la promotion à la Tunisie. J’ai toujours su parler aux personnalités que je côtoyais. Quand on est en présence du prince Albert, à titre d’exemple, il ne suffit pas d’être un beau poseur. L’art de se tenir, de parler : tout un savoir-être qui doit aller de pair avec ce qu’apporte le culturisme comme raffinement au corps», note Raouf Masri avant de conclure : «Plus qu’un simple sport, le culturisme est un art d’entretenir son corps, mais sans des stéroïdes anabolisants comme le font beaucoup de sportifs de nos jours. Le culturisme est aussi un art de vivre. Il ne suffit pas d’avoir un beau corps, mais également un esprit large et l’attitude adéquate face à une personnalité publique en tenant compte de son rang. Ce que je regrette, c’est que j’ai raté beaucoup d’opportunités dans ma vie. Le culturisme m’a ouvert les portes de la politique et du cinéma. J’aurais pu accepter une des nationalités qu’on m’a proposées et à chaque consécration, j’aurais pu porter parallèlement le drapeau de la Tunisie par sentiment de fierté nationale».
Comme Raouf Masri, il y a certainement d’autres Tunisiens qui se sont illustrés mondialement dans leurs domaines respectifs sans que les pays les reconnaisse à leur juste valeur.

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