Au cours de la décennie 90, il y a eu un certain engouement populaire pour l’investissement en Bourse. De ce fait, les transactions ont connu une embellie. Les cours de certaines actions ont, alors, affiché des records et les actionnaires, parmi les particuliers, ont pu en tirer des bénéfices satisfaisants.

Aujourd’hui et depuis 2011, la tendance s’est inversée. La Bourse des valeurs de Tunis (Bvmt) n’offre plus les opportunités qu’on attend d’elle. Il est vrai que le secteur se referme sur lui-même et les particuliers ne se sentent plus concernés par la Bvmt.
A l’exception de quelques spécialistes ou quelques professionnels, ce qui se passe dans la Bourse ne semble intéresser pas grand-monde.
Il faudrait, à ce propos, s’adresser davantage au grand-public afin de mieux l’impliquer dans cette opération d’épargne. Ce grand public n’attend que des précisions claires, des assurances et des garanties. Car, pour la plupart des gens, ce domaine reste très opaque. Il n’y a pas de raison qu’on fasse appel à la masse pour l’inciter à choisir ce mode d’épargne qui peut s’avérer porteur si on sait comment l’exploiter et en rationaliser l’utilisation par le simple citoyen.

Précautions à prendre
Beaucoup de personnes sont tentées par cette aventure mais elles ne savent pas par quel bout la saisir. De plus, elles ont encore quelques doutes sur les pratiques qui sont utilisées par les divers acteurs.
En vérité, l’adhésion de cette catégorie de la société n’est pas à négliger. D’où la nécessité de trouver les moyens adéquats d’en faciliter l’accès.
Malgré tout, il existe de nombreuses personnes qui prennent des risques et se lancent sans prendre toutes les précautions nécessaires et sans savoir choisir le meilleur intermédiaire en Bourse. Bien sûr c’est à leurs risques et périls. Sur ce point, la Bvmt a du pain sur la planche. Une plus grande mobilisation des moyens s’impose en vue de sensibiliser le plus grand nombre de gens à s’intéresser à la Bourse.
Mais il faudrait, également, entreprendre une autre action qui serait, peut-être, plus importante qui consisterait à faire appel aux entreprises publiques et privées pour qu’elles se sentent plus concernées par ce mode d’épargne. A l’instar des cotisations retenues sur les salaires on pourrait envisager la création d’une participation à l’épargne en Bourse.
De ce fait, chaque salarié peut adhérer, s’il le veut, à ce mécanisme. Il n’a qu’à en faire la demande pour que son employeur enclenche la procédure. Les sommes retenues, avec le consentement de l’employé, seront affectées à la création et à la gestion d’un portefeuille. Cette gestion se fera par un intermédiaire reconnu et engagé par l’entreprise en question.

Conseils des intermédiaires
Dans ce cas, l’employé deviendra, automatiquement, actionnaire soit en détenant des parts de l’entreprise qui l’emploie ou d’autres actions existants sur le marché. Les conseils des intermédiaires lui permettront d’avoir une vision plus précise sur les cours et sur le déroulement de toutes les transactions.
On sait qu’il existe, déjà, de telles pratiques dans quelques entreprises (notamment celles relevant du secteur privé). On ne voit pas, toutefois ,pourquoi cela ne s’appliquerait pas au secteur public.
De cette manière, l’actionnaire pourra avoir les moyens de disposer de fonds d’épargne qu’il aura le loisir d’utiliser quand il le voudra et, en même temps, être capable de mobiliser des ressources financières à moyen et long terme. En effet, l’entrée dans le marché boursier et l’implication de la grande majorité des salariés peuvent s’avérer fortement payantes moyennant une stratégie concertée entre toutes les parties. L’impact sur l’économie n’est pas à démontrer puisque les sources de financement seront plus facilement mobilisables pour les entreprises. En outre, il y aura une plus grande démocratisation de l’épargne par le biais du marché boursier.
Il n’est pas concevable que les transactions boursières continuent à rester confinées entre les mains d’une poignée d’initiés alors que l’écrasante majorité de la population en est exclue.
La BVMT fait de nombreuses études sur le phénomène boursier et son impact sur l’économie. Elle entreprend, par ailleurs, d’autres actions d’encadrement en coordination avec le secteur de l’enseignement. Elle gagnerait à aller encore plus loin pour parvenir à persuader les décideurs de créer des cellules dans toutes les entreprises économiques chargées de gérer les portefeuilles de leurs salariés. On aura, alors, un « Monsieur Bourse » auquel on confiera le travail de coordination entre les employés et la Bourse.
Une nouvelle tradition pourrait naître et le Tunisien aura une autre vision du marché monétaire et des pratiques financières. Si d’aventure ce projet venait à se concrétiser, on ne doute pas de ses retombées immédiates aussi bien au niveau de l’économie nationale qu’au niveau de l’épargnant en Bourse.  Rappelons que, lors de la création de la Banque tunisienne de solidarité (BTS), on avait sollicité l’adhésion d’un grand nombre d’employés et fonctionnaires. En retour de la participation on avait délivré des certificats attestant la détention d’actions. Jusqu’à aujourd’hui, les « actionnaires attendent la régularisation de leurs situations en leur donnant ce qui leur revient».
Espérons que cette histoire ne dissuadera personne.

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