Crédit photo: Mustafa Yalcin – © Anadolu Agency/Getty Images


Avec le décès de l’ex-président français, Jacques Chirac à l’âge de 86 ans, le monde arabe a perdu l’un de ses meilleurs amis.

« Chichi » comme aiment l’appeler ses proches a, certes, régné sur la France durant douze ans de 1995 à 2007 et occupé l’espace politique français pendant près de 50 ans, mais il était aussi l’un des plus fervents avocats pour le respect de la souveraineté politique des États du monde arabe par la non-ingérence dans leurs affaires intérieures et surtout farouchement opposé au déclenchement de la guerre en Irak en 2003.

«Je ne vois pas de menace immédiate qui nécessite le recours à la force», répondit Jacques Chirac, le 7 février 2003, vers 19 heures (heure de Paris) à George W. Bush, lors de leur ultime conversation téléphonique avant que la guerre d’Irak ne soit lancée.

Le 23 septembre 2003, à New York, le président français rencontra son homologue américain pour lui confirmer sa détermination à ne pas entraîner les forces armées tricolores dans une intervention militaire sans fondement. Au cours de cette rencontre, en marge des activités de la 58e session de l’Assemblée générale de l’organisation des Nations unies (ONU), Jacques Chirac ne lâcha pas une once de ses convictions face au locataire de la Maison-Blanche, qui lui asséna : «Je suis en désaccord total avec votre analyse». Mais, le chef d’Etat américain aurait sans aucun doute entendu parler de la fameuse citation de Chirac sur ce sujet: «On n’exporte pas la démocratie dans un fourgon blindé».

 

Chirac
Jacques Chirac (à droite) et George W. Bush (à gauche), le 26 mai 2002, à l’Elysée, à Paris. (Crédit photo: Tim SLOAN – © AFP)

 

Il est vrai, l’histoire a fini par donner raison au président français car l’invasion de l’Irak s’est avérée par la suite un fiasco total entraînant la destruction d’un pays et la mort de plusieurs milliers de civils.

Mais voilà dans un livre paru en 2010, le journaliste français Vincent Nouzille, on apprend que l’administration Bush a fait payer 5,5 milliards de dollars (4 milliards d’euros) à la France comme prix de sa « trahison ». Comme la vengeance est un plat qui se mange froid.

On se souvient, également, du fameux « coup d’éclat » d’Al-Qods-Est en 1996, lors de la première grande tournée diplomatique de Jacques Chirac en tant que président de la République: une visite de huit jours à travers six pays — Syrie, Israël, Palestine, Jordanie, Liban, Egypte — pour repositionner la France au Proche-Orient.

Ainsi, lors de sa promenade, le 22 octobre 1996, dans les rues tortueuses de la Vieille Ville, la visite vira au vinaigre suite aux accrochages des journalistes avec les soldats israéliens. Ces bousculades finirent par sortir Jacques Chirac de ses gonds. Et son « coup de sang » face au responsable de la sécurité israélienne, avec un accent anglais approximatif, restera dans les annales de la diplomatie internationale: «Qu’est-ce qu’il y a encore comme problème ? Je commence à en avoir assez ! What do you want ? Me to go back to my plane, and go back to France ? Is that what you want ? Then let them go. Let them do. No, that’s… no danger, no problem. This is not a method. This is provocation. That is provocation. Please you stop now ! (Qu’est-ce que vous voulez? Vous voulez que je retourne à mon avion et que je rentre en France? C’est ce que vous voulez? Puis, laissez-les partir. Liassez-les faire. No, c’est… pas de danger, pas de problème. Ce n’est pas une méthode. C’est de la provocation. S’il vous plaît arrêtez tout de suite».

D’ailleurs, le célèbre reporter et éditorialiste français, Pierre Haski, qui fut l’envoyé spécial du quotidien Libération au Proche-Orient lors de cette tournée, souligna dans son récit le climat tendu au cours de cette visite des Territoires occupés: «Il y avait une grande méfiance du côté israélien vis-à-vis de Chirac, qui était perçu comme beaucoup plus pro-arabe que Mitterrand. On savait que ça allait être tendu, mais on pensait que ce serait plus dans les entretiens avec Netanyahu que dans la rue avec la police».

Sa colère noire ainsi que son refus d’entrer dans l’église catholique Sainte-Anne tant que des soldats israéliens qui l’accompagnaient n’en seraient pas sortis lui attirèrent immédiatement « la sympathie de tout le Moyen-Orient ».

«Le lendemain, on était à Ramallah, chez Arafat. Quand on entrait dans les boutiques palestiniennes, et que les commerçants voyaient qu’on avait le badge de la délégation française, ils nous faisaient 10% de réduction sur tous les produits, parce qu’on était avec Chirac. Lors de la suite du voyage, en Syrie, en Jordanie, partout où on allait, les gens connaissaient la scène par cœur, parce que CNN l’avait passée en boucle. C’était exactement ce que cherchait Chirac : le signal que la France est de retour et qu’elle comprend la souffrance des Arabes», conclut Pierre Haski.

Parallèlement, dans un autre registre, on ne pourra jamais oublier sa classe face à un malotru l’ayant traité de « connard », lors de l’une de ses nombreuses visites du Salon de l’Agriculture. Et Jacques Chirac surprit plus d’un en répliquant : «Enchanté, moi c’est Chirac ! » avant de se diriger vers son agresseur pour lui serrer la main. Rien à voir avec le «casse-toi pov’con» du président Nicolas Sarkozy, son successeur à l’Élysée, lors du salon de l’agriculture de février 2008. Toute la différence est là !

Enfin, pour rendre un dernier hommage à l’un des plus grands présidents de la France, on ne pourra pas zapper son dernier discours datant du 11 mars 2007, après deux mandats (un septennat et un quinquennat). Ces mots resteront à jamais gravés dans les mémoires, notamment son message adressé à son peuple: «Pas un instant, vous n’avez cessé d’habiter mon cœur et mon esprit. Pas une minute, je n’ai cessé d’agir pour servir cette France magnifique. Cette France que j’aime autant que je vous aime».

Adieu « Chichi » !


 

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