Malgré la disparition de ses membres, grâce aux très nombreuses œuvres muséales de ses artistes, l’école de Tunis sera toujours présente comme une mémoire riche et indélébile que les générations montantes sauront apprécier à sa juste valeur.
La Tunisie, l’un des grands carrefours de l’Histoire en Méditerranée, a toujours exercé durant des siècles et des siècles une influence profonde sur les peuples riverains de la Méditerranée. La Carthage punique, notamment, qui a commencé par un drame et qui s’est achevée par un autre, à cause de l’emprise de l’Empire romain, ressemblait en tous points à une tragédie antique de la veine de Sophocle et d’Euripide, ou plus proche de nous du «Caligula» d’Albert Camus, interprété par feu Aly Ben Ayed et «qui cherchait la lune, la voulait» pour pouvoir rêver encore et encore. Rêver de cet Empire fondé par la Reine Elyssa-Didon et dont les vestiges, à travers nos régions, témoignent encore de la puissance créative et des bâtisseurs de l’imaginaire de tant d’artistes-artisans de l’ombre qui nous ont légué  ces richesses uniques au monde.

Durant l’ère contemporaine, depuis le début du siècle dernier, archéologues, chercheurs de ces trésors, savants, touristes en quête de dépaysement, et surtout les artistes peintres, les pionniers d’Occident et d’ici, se sont tournés aussi vers la Médina de Tunis «burnous du Prophète», comme le déclarait Pierre Demoutier, l’artiste-poète. Ils se sont offert, comme un réservoir de nos traditions arabo-musulmanes andalouses et berbères, une «civilisation artisanale» de haute main et qui a attiré (et attire encore) des artistes peintres et étrangers prestigieux (académiques et novateurs), dont les Pionniers de La Peinture en Tunisie, parmi lesquels les artistes de l’Ecole de Tunis et d’autres groupes plus tard.

Naissance et renaissance de l’Ecole de Tunis
C’est à l’aube de l’Indépendance que l’Ecole de Tunis est née. Dans son appellation, elle voulait faire «pendant» à l’Ecole de Paris dont plusieurs artistes autochtones fréquentèrent les chapelles de l’art parisiennes.

Et c’était aussi pour s’en démarquer, dans la mesure où ses membres encore  jeunes  cherchèrent à se ré-approprier leurs traditions à travers un regard et un esprit nouveau.

La douceur du climat tunisien, sa lumière à nulle autre pareille, la beauté de ses sites, son urbanité exquise, celle de la population tunisienne d’une mixité de longue date à travers les multiples strates de celles de la diversité d’autres peuples qui y ont vécu, la richesse des artisanats pleins de raffinements, ses souks bigarrés, parfumés, argentés où tous les métiers se le disputaient pour l’excellence en la matière, c’est tous ces signes et symboles — devenus ceux de la modernité — que l’on retrouve dans les œuvres des artistes de l’Ecole de Tunis. A travers des palettes auréolées de couleurs chaleureuses, de lumière, de poésie, de fantaisie…

Tout un art de vivre et de créer à l’envi. Une conception nouvelle (dans l’esprit de l’«Art Nouveau» en vogue à Paris, à l’époque de le Corbusier architecte-urbaniste et peintre et qui a grandement influencé nos plans des maisons dans le style art-déco ou Art Nouveau) qui a influencé cette génération, précisément. Stimuler les arts plastiques véritablement tunisifiés, telle a été la marque de naissance et de re-naissance de l’Ecole de Tunis.

Aux origines de l’Ecole de Tunis
Aux origines de la naissance de l’Ecole de Tunis, citons d’abord Pierre Boucherle, fondateur de cette Ecole, ainsi que les co-fondateurs : Yahia Turki, Abdelaziz Gorgi qui présidera cette Ecole après le départ de P. Boucherle pour la France, tout le restant de sa vie et qui la fortifiera, dans l’esprit et la lettre, avec ses compagnons de parcours: Zoubeïr Turki, figure emblématique de l’Ecole de Tunis, en tant qu’artiste et responsable de la situation des arts plastiques attaché au ministère de la Culture : les membres affiliés, tels que Jellal Ben Abdallah, le grand esthète de ce mouvement pictural, essentiellement, Ammar Farhat, une valeur sûre du patrimoine artistique tunisien qui a dépassé les frontières, Aly Bellagha qui a revalorisé les métiers d’art avec un talent et un raffinement dans ses œuvres gravés et peints sur bois; Nello Lévy qui avait créé le groupe des 4 et des 10 avant d’adhérer à l’Ecole de Tunis.

Le jeune Hassen Soufy (à l’époque), qui pratiquait à ses débuts l’art abstrait, puis avait changé de palette dans une figuration poétique jusqu’à ce jour.

Hédi Turki, frère de Zoubeïr, y avait participé au début pour revenir à son autonomie en navigant sans relâche de la figuration à l’abstraction, héritée de Rothko, le célèbre plasticien américain…

L’Ecole de Tunis aura été ainsi la première vitrine d’une Tunisie traditionnelle sous l’habit emprunté de la modernité ou bien, son contraire si l’on dit : la Tunisie moderne sous l’habit de nos traditions! Durant un demi-siècle, ou plus, cette école aura vu des mutations profondes dans le choix des thèmes de nos traditions locales et de leurs revalorisations, telles que les métiers d’art et l’Office national de l’artisanat et qui n’ont pas échappé à l’influence souveraine de celle-ci qui était bien reçue à l’étranger lors d’expositions circonstancielles dans les musées des grandes capitales occidentales.

La rétrospective actuellement de feu Abdelaziz Gorgi, au Palais Khéreddine dans la Médina de Tunis, en fait foi. Par la beauté de ses œuvres de différentes techniques et au raffinement des dessins naviguant de pair avec les couleurs. Tout cela pour nous faire entrer de plain-pied dans son univers onirique qui ne manque pas d’humour et de fantaisie, dans les scènes de la vie traditionnelle, les œuvres faisant figure de patchworks de portraits saisissants de citadins ou d’ouvriers, ainsi que d’animaux pour raconter en peinture ses propres fables.

Avec Gorgi, l’Ecole de Tunis a comme fini sa mission, dès le décès de cet immense artiste. Mais malgré la disparition de ses membres, grâce aux très nombreuses œuvres muséales de ses artistes, l’école de Tunis sera toujours présente comme une mémoire riche et indélébile que les générations montantes sauront apprécier à sa juste valeur.

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