Malgré des négociations jusque-là trébuchantes, Imed Khemiri, porte- parole du parti, s’est montré confiant lors de la conférence de presse, estimant qu’il était “certain” que la formation du gouvernement ne dépassera pas le délai du mois accordé par la Constitution

Alors que le sablier du temps commencera à s’écouler dès l’annonce des résultats définitifs des élections législatives par l’Isie (ce qui pourrait intervenir plutôt que prévu selon Anis Jarboui), le parti Ennahdha paraît être de plus en plus dans l’impasse. Malgré ses tentatives, il n’arrive pas à fédérer les autres partis autour d’un gouvernement avec une présidence nahdhaouie. Hier, le parti a tenu une conférence de presse pour présenter ce qu’il a appelé un “projet de document pour la formation du gouvernement”.

52 sièges…seulement

Le parti avait repoussé la date de la présentation publique du projet en espérant trouver un accord avec les partis avec lesquels il était en pourparlers. Avec 52 sièges seu- lement, les députés d’Ennahdha seront certes les plus nombreux, mais pas suffisamment pour pou- voir agir sans le concours d’autres formations politiques. Mais jusqu’à présent, seule la Coalition d’Al- Karama, menée par Seifeddine Makhlouf, semble adhérer à la logique d’Ennahda. Les partis Al- Tayar, le Mouvement du Peuple (Chaâb) et l’Union Populaire Républicaine, eux, attendent encore qu’Ennahdha renonce à présider le gouvernement. Par ailleurs, Imed Khemiri, porte-parole du parti, a annoncé que des rencontres officielles avec le parti Tahya Tounes et les principales organisations nationales auront lieu dans les prochains jours. Mais malgré des négociations jusque-là trébuchantes, Imed Khemiri, porte-parole du parti, s’est montré confiant lors de la conférence de presse, en estimant qu’il était “certain” que la formation du gouvernement ne dépassera pas le délai du mois accordé par la Constitution de 2014. Au lieu des noms des personnes qui composeront le gouvernement, Imed Khemiri préfère parler d’un “projet commun”, une sorte de “contrat” entre Ennahdha et ceux qui voudraient bien faire partie du gouvernement.

D’abord parlons programme, clame Imed Khemiri, ensuite nous nous pencherons sur la composition qui devra être régie par deux critères, à savoir la compétence et l’intégrité”.

Un “contrat” pas encore signé

C’est un document de 20 pages, qui n’est “ni définitif, ni exhaustif”, selon les termes choisis par Khalil Amiri, l’un des dirigeants au sein d’Ennahdha. Le document met en avant les objectifs classiques pour les cinq prochaines années : la lutte contre la corruption, le renforcement de la sécurité, la modernisation de la gouvernance, la lutte contre la pauvreté, la modernisation de l’éducation, de la santé et des services publics, le renforcement des rythmes d’investissement, de croissance et d’emploi ainsi que la “finalisation du processus constituant” (notamment la Cour constitutionnelle) et la mise en place de la gouvernance locale. “Il s’agit principalement du programme électoral d’Ennahdha, auquel nous avons apporté quelques améliora- tions venant des programmes des autres partis gagnants”, a concédé Khalil Amiri. Mais à la question de savoir si le document s’est également inspiré du programme du parti Au Cœur de la Tunisie (deuxième parti à l’ARP), Khalil Amiri rétorque que conformément à la position officielle du parti, “nous refusons de traiter avec un parti sur lequel pèsent des soupçons de corruption et par conséquent, nous n’avons pas puisé dans le programme de ce parti”.

Dans l’ensemble, le document ne propose aucune innovation programmatique majeure, même s’il met sur la table un certain nombre de propositions intéressantes, mais somme toute classiques. Le document propose ainsi l’élaboration d’un projet de loi pour rendre plus rapide l’instruction et la délibération dans les affaires de corrup- tion. Dans le même document, les concepteurs utilisent également des termes « tendances », à l’instar de la mise en place de “delivery units” dans chaque ministères (une équipe en charge de veiller à la réalisation d’un certain nombre d’ob- jectifs jugés urgents), ou encore, la généralisation du CrowdFunding, autre expression anglo-saxonne qui signifie “financement solidaire et participatif” pour la réalisation de projets au profit de la communauté. Le “decashing”, déjà érigé en politique nationale depuis quelque temps : le terme désigne une poli- tique qui consiste à faire appel de moins en moins au paiement en cash et à privilégier les modes de paiement électronique.

D’autre part, Ennahdha propose de faire baisser les impôts pour tous, et d’élargir en même temps la base des personnes imposables. Pour les communes, le mouvement Ennahdha suggère un retour de la police municipale sous les ordres des maires.

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