On reprend le «contre» peut-être au moment le plus favorable à l’heure des JCC à l’entame d’une saison d’hiver qui n’a désormais rien à envier à son homologue d’été. Touffue. Ininterrompue, supérieure, voire, depuis la révolution. Depuis que libérés de leurs anciennes «contraintes», Arts et Artistes tunisiens ont déployé sans coup férir leurs propos et leurs énergies.
Pratiquement rien à redire sur l’impact, l’importance et la qualité des JCC. Cinquante années d’un parcours qui n’aura jamais failli ni à son projet ni à son ambition. Exemplaire en toute phase : débuts à résonance continentale, sessions en ascendance continue et, dans la foulée, une place et un écho notoires parmi les cinémas du monde, aujourd’hui.
Rien à redire, mais un reproche quand même: les commentaires exagèrent toujours; trop élogieux, à notre sens, se trompant, notamment, sur la dimension culturelle du septième Art dans notre pays. Certains critiques confondent, volontiers encore, dynamique cinématographique, c’est-à-dire volume de création, de production, de distribution, de fréquentation de films, avec l’état de la Culture en général. Or, reconnaissons, ceci n’implique pas forcément cela. Le cinéma a, certes, une belle dynamique en Tunisie, il a un public nombreux et remarquablement cinéphile à chaque JCC, mais son «essor» signifie-t-il que le niveau culturel de toute une population ne pose pas problème ? Exclut-il de nos préoccupations les 18% d’analphabètes, les presque 0% de lecteurs, les dizaines de milliers de défaillants scolaires annuels, le déficit flagrant de notre enseignement, la perte de crédit de nos diplômes universitaires?
Et ce qui vaut pour le cinéma l’est a fortiori pour des Arts moins «nantis», moins «courus». Les centaines de festivals qui essaiment nos régions en été portent bien la musique et la comédie théâtrale loin, parfois «haut», préservent-il, pour autant, nos vies du manque d’hygiène et de goût, du désordre sociétal, de la régression morale, éthique, écologique ?
La leçon pour tout dire : il y a loin des Arts à la Culture. On ne gagne jamais rien à la confusion.
Les Arts se définissent par la dynamique et le talent des individus. La Culture désigne le mode de vie, les capacités et l’intelligence d’une collectivité.
Les Arts, songeons-y de même, se limitent, en définitive, à des acteurs et à des publics d’élite. Les films présentés aux JCC sont pour la plupart des films d’auteur et à thèmes. Et leurs publics sont des publics instruits, «choisis», une minorité.
La Culture collective ne se réduit pas, elle, à construire des théâtres, à multiplier des spectacles, et à attirer des publics fidélisés. Elle s’accomplit à travers le concours harmonieux des institutions : écoles, maisons, médias. La chaîne vertueuse qui a vu si bien grandir ce pays.

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