Il serait grand temps de s’épancher sur le retour au système des coopératives agricoles pour barrer la route aux spéculateurs qui agissent au mépris des règles d’éthique et morales. Ces derniers perturbent durablement l’activité agricole dont la production du «zgougou» en fait partie. Au point que les consommateurs ne veulent plus s’en approprier.

Il ne reste qu’une poignée de jours avant que les Tunisiens de tous bords et les musulmans de la planète entière— de la Tunisie à l’Indonésie en passant par le Sénégal ou le Soudan— ne célèbrent l’anniversaire de la naissance du prophète  (salla allahou alih wa sallam). A chaque pays ses traditions, mais celle de la Tunisie pour célébrer le mouled et qui est traditionnellement colorée et sucrée est en train de perdre de son charme et de son goût.

En effet le mouled est souvent marqué par la préparation d’un dessert sucré et crémeux appelé « assida » qu’elle soit blanche, noire ou brune. Mais celle qui est la plus délicieuse et savoureuse est l’assidet zgougou à base de graines de pin d’Alep. Sauf qu’elle est en perte de vitesse dans les foyers tunisiens qui la préparent et la consomment de moins en moins, ces quatre dernières années. La cause ? Le prix, le prix et rien que le prix du précieux sésame qui fait valser toutes les têtes tunisiennes.

Les consommateurs ont décidé quasiment à l’unanimité de boycotter cet ingrédient devenu cher, trop cher pour le Tunisien qui ne peut plus assumer la frénésie acheteuse de certaines denrées alimentaires devenues au fil du temps inabordables sur le marché. Il y a quelques semaines alors que le prix affichait 31 D le kilogramme, il est redescendu à 24 D sans contenter les consommateurs qui en demandent plus, beaucoup plus. Le prix est actuellement affiché à 14,5 D dans certains endroits de la capitale même s’il faut prendre garde à la qualité et l’origine de cette denrée alimentaire.

Que nenni, sur la page facebook dédiée au boycott, les consommateurs exigent que le prix passe sous la barre symbolique des dix dinars.

Barrer la route aux spéculateurs

Le mal qui frappe le prix à la source est désormais connu avec l’implication de nombreux intermédiaires qui font grimper le prix de la production à la consommation. En effet il passe sans crier gare de cinq dinars à trente et un dinars le kilo à cause d’une chaîne de cinq intermédiaires du transport qui spéculent à leur guise avant de se partager le butin. Vingt-six dinars de différence de la vente à la consommation. Intolérable et inacceptable pour l’esprit et à la conscience commune. Des solutions radicales doivent être entreprises pour couper court aux agissements de «gacharas » véreux et sans foi ni loi !

Le système qui a permis la mise en place de points de vente du producteur au consommateur doit être renouvelé dans une plus large dimension. C’est le système de coopératives agricoles que revendiquent les syndicalistes de l’agriculture depuis un long bail. Seront-ils enfin entendus par les autorités locales pour sortir les petits exploitants du marasme qui frappe durement leur activité? Il serait grand temps de s’épancher sur le retour au système des coopératives agricoles pour barrer la route aux spéculateurs qui agissent au mépris des règles d’éthique et morales. Ces derniers perturbent durablement l’activité agricole dont la production du «zgougou» fait partie.

Au point que les consommateurs ne veulent plus s’approvisionner en grains de pin d’Alep.

 La coopérative garantit la qualité et le prix

En effet, la coopérative permettra de «casser» l’activité des transporteurs par la collecte de toute la production nationale des graines de pin d’Alep. Elle assurera une distribution contrôlée et licite vers les commerçants des souks et marchés. La Presse a contacté Karim Daoud, président du Synagri, Syndicat national de l’agriculture pour décrire la pleine mesure des bénéfices à tirer du système des coopératives.

Au-delà de l’impact sur le niveau des prix qui sera important et conséquent, c’est bien plus l’aspect sanitaire de l’aliment qui entre en jeu. Il affirme : « Sur le plan sanitaire, des substances nocives appelées toxines sont développées lorsque la conservation des stocks de graines de pin d’Alep est mauvaise. Ce genre de produits requiert une conservation dans un endroit sec et à l’abri de l’humidité pour préserver la santé des consommateurs ». Ceux qui permettront d’éviter les risques de contamination présumés dans le cas d’espèce. En outre, les conditions de stockage assurées par la coopérative permettront un entreposage dans de bonnes conditions et garantiront l’aspect sanitaire des graines de pin d’Alep qui seront propres à la consommation.

M Daoud rajoute que le contrôle des revendeurs est du ressort du ministère du Commerce qui doit veiller scrupuleusement au bon déroulement de la campagne de distribution et de commercialisation des graines de « zgougou ». La transparence de ce système garantira une meilleure prise en charge des coûts de production que consentent les agriculteurs qui ne tirent pas de bénéfices de leur activité actuellement.

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